Catacombes de Paris, un lieu de rencontre pour 6 millions de Parisiens

Catacombes de Paris – Présentation Les Catacombes de Paris s’étendent à 20 mètres sous terre, avec 131 marches pour descendre et 112 pour remonter. Le parcours de visite fait environ 1 500 mètres, tandis que près de trois cents kilomètres de galeries sillonnent sous Paris, parfois sur trois niveaux de carrières. La surface de l’ossuaire est de 11 000 m². Température constante : 14 °C. L’histoire des Catacombes de Paris remonte à la fin du XVIIIe siècle, lorsque les problèmes sanitaires majeurs liés aux cimetières parisiens ont conduit à décider le transfert de leurs contenus vers un site souterrain. Chronologie des Catacombes de Paris Il y a 53 millions d’années : fin de la sédimentation, Paris et sa région forment une vaste plaine marécageuse. Il y a 47 millions d’années : la mer recouvre le nord de la France, aplani par l’érosion. Début de la formation des bancs lutétiens. Premier siècle apr. J.-C. : premières carrières à ciel ouvert. XIVe siècle : premières carrières souterraines. 1774 : effondrement majeur de la rue Denfert-Rochereau ; 300 mètres sont engloutis. 15 septembre 1776 : Louis XVI signe un décret interdisant définitivement l’extraction de matériaux sous les voies publiques. 4 avril 1777 : Louis XVI crée le Département de l’Inspection générale des carrières, chargé de protéger les carrières parisiennes. 1780 : fermeture du cimetière des Saints-Innocents. 7 avril 1786 : bénédiction et consécration des carrières de Tombe-Issoire, qui deviennent l’ossuaire municipal, appelé « Catacombes ». 1787-1814 : transfert des ossements des cimetières paroissiaux de Paris. 1809 : ouverture de l’ossuaire au public. 1810-1814 : réaménagement de l’ossuaire par l’inspecteur Héricart de Thury. 1860 : derniers dépôts d’ossements à la suite des travaux d’urbanisme menés par Haussmann. 2002 : rattachement des Catacombes au musée Carnavalet – Histoire de Paris, qui continue de promouvoir le site. 2017 : inauguration de la nouvelle sortie et de la librairie-boutique. 2019 : inauguration de la nouvelle entrée dans la maison Ledoux restaurée. Les Catacombes de Paris, un musée et un lieu d’étude Lors de la visite, une inscription en surplomb indique : « Arrête ! C’est ici l’empire de la Mort. » L’ossuaire municipal des Catacombes de Paris est l’un des plus grands au monde et l’un des rares situés sous terre. Avant son ouverture au public en 1809, il a fait l’objet d’un réaménagement décoratif ambitieux sous la direction de l’inspecteur Héricart de Thury, qui a transformé le site selon une approche muséographique et monumentale. L’environnement souterrain des Catacombes a également fait l’objet de plusieurs études. Peu après leur ouverture, deux chercheurs du Muséum national d’Histoire naturelle ont montré un vif intérêt pour le site : Jacques Maheu, botaniste, qui a étudié la flore dans cet environnement privé de lumière, et Armand Viré, spéléologue et naturaliste, qui a découvert l’existence de crustacés cavernicoles. Aujourd’hui, des recherches pathologiques se poursuivent lors des travaux de consolidation de l’ossuaire. Garantir la conservation préventive des ossements dans un milieu souterrain très humide, respecter les restes humains et valoriser le patrimoine géologique, archéologique et historique constituent de réels défis pour les Catacombes de Paris. Parties publiques et non publiques des Catacombes de Paris Seule une petite partie des Catacombes est accessible au public. Parties publiques des Catacombes Ossuaire principal (Les Catacombes) : la partie ouverte aux visiteurs, gérée par les Musées de Paris (Paris Musées), commence place Denfert-Rochereau et s’étend sur un parcours d’environ 2 km, soigneusement entretenu. Cette zone présente des murs empilés de crânes et d’os disposés en motifs décoratifs, ainsi que des plaques portant des citations poétiques et philosophiques sur la mort et la vie. Historique : À la fin du XVIIIe siècle, Paris a transféré les restes des défunts des cimetières surpeuplés vers les carrières de calcaire abandonnées sous la ville, créant ainsi cet espace à la fois fascinant et poétique. Points forts : - Bas-relief de Port-Mahón : Une sculpture unique représentant l’île espagnole de Mahón, taillée dans la pierre par un carrier. - La Barrique : Une curiosité architecturale formée de colonnes et d’arcades en ossements. - Mémoriaux et plaques : De nombreux panneaux et inscriptions apportent un contexte historique et émotionnel à l’ossuaire. Parties non accessibles des catacombes Réseaux de carrières étendus : Au-delà des parcours touristiques, les catacombes s’étendent sur un vaste réseau de tunnels et de chambres (plus de 300 km) largement inaccessibles. Ces zones, entretenues par les services municipaux pour des raisons de sécurité structurelle, ne sont pas ouvertes au public. Zone des cataphiles : Il s’agit d’un réseau non officiel de cataphiles (explorateurs urbains) qui accèdent aux parties restreintes des catacombes. Ils empruntent des entrées cachées ou scellées et parcourent des galeries non aménagées pour les visiteurs. Les cataphiles cartographient les zones explorées, réalisent des œuvres murales et organisent même des rassemblements dans ces espaces isolés. Salles secrètes et graffitis : Dans les sections non publiques, on découvre des salles cachées, des bassins et des fresques de graffitis réalisées sur plusieurs décennies. Certaines zones abritent des théâtres de fortune, des salles de réunion, voire des galeries d’art souterraines. Bien que ces lieux soient captivants, ils présentent des dangers en raison de sols instables, d’inondations ou de manque d’oxygène. Événements ayant conduit à la création des catacombes de Paris Au début de l’année 1780, des phénomènes étranges furent signalés dans les caves environnant le cimetière des Innocents (dans le centre de Paris). Les exhalaisons provenant de la décomposition des cadavres étaient si fortes qu’elles traversaient les murs et éteignaient les chandelles de suif. Le 30 mai de la même année, un incident spectaculaire illustra l’ampleur du problème : une cave située rue de la Lingerie, adjacente au cimetière, s’effondra sous la pression des milliers de corps entassés dans une fosse commune. Antoine-Alexis Cadet de Vaux, inspecteur de la salubrité de la ville de Paris, fit immédiatement combler la cave de chaux vive, la murer, puis ordonna la fermeture définitive du cimetière. En 1782, un projet anonyme publié à Londres et présenté aux autorités parisiennes ainsi qu’aux ecclésiastiques proposait une solution originale au problème. S’inspirant des nécropoles souterraines antiques, il suggérait de profiter des travaux de consolidation menés depuis des années par l’Inspection Générale des Carrières pour aménager un ossuaire dans une ancienne carrière souterraine. Le lieutenant de police Lenoir envisagea alors de transférer les ossements du cimetière des Innocents hors de Paris. Le développement des carrières souterraines de Tombe-Issoire, situées sous la plaine de Montrouge au-delà de la barrière d’Enfer, au sud de la capitale, semblait tout à fait adapté à cet usage. Dès les derniers mois de 1785, le transfert des ossements du cimetière des Innocents commença. Transfert des ossements du cimetière Saint-Innocents Le transfert des ossements du cimetière Saint-Innocents dura quinze mois et fut un succès. Suivant l’exemple des Innocents, d’autres cimetières parisiens, notamment ceux attenants aux églises, furent progressivement vidés jusqu’en janvier 1788, date à laquelle ils furent officiellement supprimés. L’opération se poursuivit de 1787 à 1814. Les transferts reprirent ensuite de 1842 à 1860, durant lesquels pas moins de huit cents charrettes transportant des ossements firent route vers l’ossuaire provisoire de Vaugirard, puis vers les catacombes de Tombe-Issoire. Dix-sept cimetières, cent quarante-cinq monastères, couvents et communautés religieuses, ainsi que cent soixante lieux de culte dotés de leurs propres cimetières, alimentèrent les carrières souterraines. Enfin, quelques années plus tard, les grands travaux haussmanniens mirent au jour des ossements oubliés, qui furent à leur tour transportés dans les catacombes. Il est estimé que plus de six millions de dépouilles ont été transférées de cette manière au cours d’un siècle dans une série d’ossuaires du 14e arrondissement qui existent encore sous Paris, ce qui en fait la nécropole la plus visitée au monde. Parmi elles figurent tous les grands noms de la Révolution française. **La mort dans les Catacombes** Seule une mort a officiellement été recensée à l’intérieur des Catacombes. En 1793, Philibert Aspairt, concierge de l’hôpital du Val-de-Grâce, y trouva la mort. On suppose qu’il avait perdu sa source de lumière et fut abandonné à mourir dans l’obscurité. En 1804, onze ans plus tard, son corps fut retrouvé, à quelques mètres seulement d’un escalier menant à une issue. Il ne fut identifié que grâce à son trousseau de clés d’hôpital et aux boutons de sa veste. **Personnalités enterrées aux Catacombes de Paris** Les cimetières dont les dépouilles furent transférées aux Catacombes incluent Saints-Innocents (de loin le plus important avec environ deux millions d’inhumations sur six cents ans d’activité), Saint-Étienne-des-Grès (l’un des plus anciens), le cimetière de la Madeleine, celui des Errancis (utilisé pour les victimes de la Révolution française) et Notre-Dame-des-Blancs-Manteaux. Les Catacombes abritent les ossements de plus de six millions de Parisiens, dont de nombreuses figures célèbres de l’histoire de France enterrées à Paris. Mais leurs restes se mêlent à ceux de millions d’anonymes, et à ce jour, aucun n’a été identifié. Charles-Axel Guillaumot, premier Inspecteur général des carrières et responsable du transfert des ossements, fut enterré en 1807 au cimetière Sainte-Catherine, dont le contenu fut ensuite déplacé aux Catacombes. Nicolas Fouquet, surintendant des finances sous Louis XIV, inhumé au couvent des Filles-de-la-Visitation-Sainte-Marie, fut transféré en 1793. Le ministre Colbert, enterré dans une crypte de l’église Saint-Eustache profanée pendant la Révolution, fut également transféré aux Catacombes. On y trouve aussi les restes de Rabelais, François Mansart, Jules Hardouin-Mansart, l’Homme au masque de fer et Jean-Baptiste Lully. De l’église Saint-Étienne-du-Mont furent transférés ceux de Racine, Blaise Pascal et Marat, ainsi que ceux de Montesquieu depuis Saint-Sulpice. Du cimetière Saint-Benoît, ceux des graveurs Guillaume Chasteau et Laurent Cars, de Charles et Claude Perrault, et d’Héricart de Thury, oncle de Louis-Étienne, inspecteur des carrières. Le cimetière de la Ville-l’Évêque renferme les corps des 1 000 Gardes suisses massacrés aux Tuileries en 1792, ainsi que les 1 343 personnes guillotinées au Carrousel ou place de la Concorde entre 1792 et 1794, dont Charlotte Corday. Avec le transfert des ossements du cimetière des Errancis sous la Restauration, Danton, Camille Desmoulins, Lavoisier et Robespierre rejoignirent également les Catacombes. Pour finir sur une note plus anecdotique, deux curiosités retiennent l’attention : le poète Nicolas Gilbert, enterré au cimetière de l’Hôtel-Dieu de Clamart, fut transféré aux Catacombes lors de son évacuation. Un monument en forme de tombeau célèbre sa mémoire. Le martyr saint Ovide, inhumé dans les catacombes de Rome, fut ramené à Paris par le pape Alexandre VII. Ses restes furent placés au couvent des Capucines, dont les ossements furent transférés à l’ossuaire le 29 mars 1804. Il est ainsi la seule personne à avoir été enterrée dans deux catacombes. Also les morts de la Révolution Par ce chemin, les ossements de plusieurs victimes notables de la Révolution française furent transférés aux Catacombes, parmi lesquels (la date indiquée est celle du décès) : Charlotte Corday (18 juillet 1793) 22 Girondins (31 octobre 1793) ; parmi eux Jacques Pierre Brissot et Pierre Victurnien Vergniaud Louis Philippe II, duc d’Orléans (6 novembre 1793), père du roi Louis-Philippe Ier Madame Roland (8 novembre 1793) Madame du Barry (8 décembre 1793) Jacques Hébert (24 mars 1794) Georges Jacques Danton (5 avril 1794) Camille Desmoulins (5 avril 1794) Philippe Fabre d’Églantine (5 avril 1794) Marie-Jean Hérault de Séchelles (5 avril 1794) Lucile Duplessis (13 avril 1794), veuve de Camille Desmoulins Marie Marguerite Françoise Hébert (13 avril 1794), veuve de Jacques Hébert Antoine-Laurent de Lavoisier (8 mai 1794) Madame Élisabeth (10 mai 1794), sœur des rois Louis XVI, Louis XVIII et Charles X François Hanriot (28 juillet 1794) Maximilien Robespierre (28 juillet 1794) Louis Antoine de Saint-Just (28 juillet 1794) Georges Couthon (28 juillet 1794) Antoine Simon (28 juillet 1794) Les Catacombes et les temps modernes Pendant la Seconde Guerre mondiale, des membres parisiens de la Résistance française utilisèrent le réseau de tunnels et y établirent le quartier général depuis lequel le colonel Rol-Tanguy mena l’insurrection pour la Libération de Paris en juin 1944. La Wehrmacht installa un bunker souterrain sous le lycée Montaigne, un établissement scolaire du 6e arrondissement. En 2004, la police découvrit une salle de cinéma entièrement équipée dans une zone des catacombes située sous le Trocadéro. Elle était dotée d’un écran géant, de places assises pour le public, d’un projecteur, de bobines de films récents de thrillers et de classiques du film noir, d’un bar bien approvisionné ainsi que d’un restaurant complet avec tables et chaises. Le groupe les UX revendiqua la réalisation de cette installation. Le film *As Above, So Below*, sorti en 2014, fut la première production autorisée par le gouvernement français à tourner dans les catacombes. Les réalisateurs s’engagèrent à ne pas modifier l’environnement, à l’exception d’un piano et d’une voiture qui furent descendus dans les catacombes et incendiés. En 2015, Airbnb versa 350 000 € dans le cadre d’une opération publicitaire offrant à des clients la possibilité de passer une nuit dans les Catacombes. En août 2017, des voleurs s’introduisirent dans une cave accessible depuis les catacombes et dérobèrent plus de 250 000 € de vin. Entretien et surveillance des Catacombes Comme les catacombes se trouvent directement sous les rues de Paris, il est impossible d’y construire de grands édifices, et des effondrements ont déjà détruit des bâtiments. C’est pourquoi on n’y trouve que peu de bâtiments de grande hauteur. Inspection Générale des Carrières (I.G.C.) : Créée au XVIIIe siècle, cette organisation inspecte et entretient régulièrement les Catacombes afin d’éviter les effondrements et de garantir la sécurité structurelle de Paris. Elle surveille et sécurise les zones fragiles et restreint l’accès à certaines parties des catacombes pour préserver leur intégrité. Accès et aspects juridiques Restrictions légales L’accès aux zones non ouvertes au public des Catacombes est interdit et passible d’amendes. La police patrouille dans ces zones, et les risques de se perdre ou de se blesser sont élevés pour ceux qui n’ont pas l’équipement et l’expertise nécessaires. Les zones non publiques situées hors des catacombes sont strictement interdites. Une force de police spéciale est chargée des catacombes. Elle est particulièrement active la nuit, période où les infractions sont les plus fréquentes. En plus d’une amende pouvant aller de 60 à 3 750 €, vous vous exposez à de nombreux dangers : éboulements, mauvaises rencontres ou simplement vous perdre ne sont que quelques exemples des risques encourus. Et bonne chance pour trouver de l’aide, car il est peu probable que vous captiez un signal à 20 mètres sous terre. Accès aux événements spéciaux et à la recherche Occasionnellement, un accès limité et non public est accordé pour des projets de recherche, des tournages ou des événements exclusifs. Anecdotes sur les Catacombes Il existe de nombreuses anecdotes sur les catacombes. Voici quelques-unes d’entre elles : Les crânes de chats En 1896, Émile Gérards rapportait une découverte surprenante : des centaines de crânes de chats avaient été retrouvés dans les carrières souterraines près du théâtre de l’Odéon. Après quelques recherches, on s’est aperçu qu’un puits reliait les catacombes à la cour d’un restaurant réputé pour sa gibelotte de lapin. On imagine aisément que le chat aurait largement remplacé le lapin dans les assiettes des clients : on dit que la chair de chat a un goût très proche de celle du lapin ! La plage Certaines galeries des catacombes ont servi d’espaces de production, comme en témoignent les traces de chaux ou de peinture noire encore visibles aujourd’hui. La brasserie de l’Espérance a fermé ses portes en 1970, et d’importantes quantités de sable y ont été injectées. D’où le nom de « plage », car le sol de ces galeries situées sous le 14e arrondissement est recouvert de sable à cet endroit.