Nicolas Fouquet, son château de Vaux-le-Vicomte et Louis XIV

Nicolas Fouquet (1615–1680), marquis de Belle-Île, vicomte de Melun et de Vaux, fut un homme d'État français qui occupa le poste de surintendant des Finances sous le règne de Louis XIV. Il est surtout connu pour son ascension spectaculaire et sa chute dramatique, qui lui valurent une condamnation à la prison à perpétuité. Il nous a laissé un magnifique château situé à 25 km au sud-est de Paris, ouvert au public.

Points clés sur Nicolas Fouquet

Sa vie peut se résumer en 4 points :

L'histoire de Fouquet est celle de l'ambition, de la richesse et de l'envie royale, ce qui en fait une figure fascinante de l'histoire de France. Souhaitez-vous en savoir plus sur son procès ou son rôle à la cour de Louis XIV ?

Note :
La forteresse de Pignerol se situe aujourd'hui en Italie. Il n'en reste aucune trace visible. Pignerol, située sur la ligne frontalière, a changé de nationalité à plusieurs reprises. Elle est italienne depuis la création de l'Italie actuelle en 1861.

La vie de Nicolas Fouquet avant son procès

Avant sa chute dramatique, Nicolas Fouquet (1615–1680) mena une existence marquée par la richesse, le pouvoir et l'ambition, gravissant les échelons pour devenir l'une des figures les plus influentes de France.


Jeunesse et ascension de Nicolas Fouquet

Comme le mot « fouquet » désigne un écureuil en angevin, la famille Fouquet portait un blason d’argent à l’écureuil rampant, accompagné de la devise « Quo non ascendet ? » (« Jusqu’où ne montera-t-il pas ? »). Cette devise, adoptée par Nicolas Fouquet, reflétait son ambition. Dès son plus jeune âge, Fouquet fit preuve d’intelligence, de charme et d’un talent pour le réseau, des qualités qui l’aidèrent à gravir les échelons du pouvoir.

Nicolas Fouquet, surintendant des finances de France

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À la mort du duc de La Vieuville, surintendant des finances, en janvier 1653, deux candidats se présentèrent pour lui succéder : le diplomate Abel Servien et Nicolas Fouquet, soutenu par l’abbé Fouquet, frère de Mazarin.

Pour limiter l’ambition de Fouquet, Mazarin partagea le poste entre les deux hommes le 10 février 1653 : Fouquet serait chargé des recettes, Servien des dépenses.
Mais Fouquet, devenu maître des recettes, prit progressivement le contrôle de toute l’administration. Il plaça le remboursement des avances qu’il avait consenties, ainsi que celles de sa famille, avant toutes les autres dépenses, détournant ainsi des fonds. Résultat : les finances royales se retrouvèrent dans un état désastreux. Après la mort de Servien le 21 février 1659, Fouquet resta seul surintendant.

Parallèlement, il se constitua un vaste réseau parmi les financiers du royaume. Le bilan de sa surintendance ne fut pas unanimement approuvé. L’État se retrouva ruiné par les intérêts des prêts qu’il avait contractés auprès de ses amis ou de sociétés dans lesquelles il avait des intérêts. Lui-même à la tête d’une fortune colossale, il pouvait entretenir une cour fastueuse et organiser des fêtes somptueuses. Ce contraste entre l’opulence de ses affaires et la ruine corrélative de son maître, Louis XIV, devait tôt ou tard précipiter sa chute.

Nicolas Fouquet, l’homme d’affaires

Suivant les traces de son père, actionnaire de compagnies coloniales, Fouquet était conscient des problèmes inhérents à ces entreprises, qui manquaient de ressources suffisantes et subissaient la concurrence des Anglais et des Hollandais.

Il décida rapidement d’intervenir plus directement dans les colonies en devenant armateur. Dès les années 1640, sa famille acheta ou fit construire plusieurs navires, dont des vaisseaux de guerre. Certains furent utilisés pour des courses, sous commission de la France et du Portugal. Des parents furent également placés à des postes stratégiques : en 1646, son cousin Président de Chalain devint gouverneur du port breton de Concarneau.

Fouquet voulait aller plus loin et créer une puissance domaniale en Bretagne, susceptible de servir de base à de vastes entreprises coloniales et commerciales.

Dans cette optique, il s’allia à la prestigieuse maison bretonne de Rieux, dont il acheta plusieurs terres autour du golfe du Morbihan, dont la forteresse de Largoë. En 1658, par l’intermédiaire de Jeanne-Pélagie de Rieux, propriétaire de l’île d’Yeu, il fit fortifier l’île et y installa des vaisseaux armés.
La même année, il acquit Belle-Île pour 2,6 millions de livres, restaurant ses remparts et y construisant à grands frais un port, des magasins et des entrepôts.
Parallèlement, par l’intermédiaire d’un prête-nom, il créa une compagnie de commerce pour l’Espagne et les Indes, dont les navires utilisaient Belle-Île comme port d’attache et entrepôt.
À la tête d’une douzaine de navires, employés pour le cabotage et le commerce océanique, Fouquet figurait parmi les principaux armateurs du royaume. Selon le surintendant et ses amis, l’ambition était de faire de Belle-Île le successeur du port d’Amsterdam dans son rôle de plaque tournante de l’Europe du Nord.

Pour affirmer son autorité légitime, Fouquet acheta en 1660 la charge de vice-roi d’Amérique au duc de Damville, qu’il confia à un homme de paille : les lettres patentes accordées au titulaire lui permettaient d’exempter de taxes les marchandises et munitions destinées aux établissements existants ou futurs en Amérique. Le but du surintendant était de s’emparer du commerce des fourrures et des peaux en Acadie, ainsi que de la pêche à la morue.

La fortune de Nicolas Fouquet

Cela soulève la question de la fortune de Nicolas Fouquet. Entre 1651 et 1661, il accumula une colossale fortune qui fit de lui l’homme le plus riche de France en 1661, à la mort de Mazarin. En 1653, ses actifs s’élevaient à 2 millions de livres, et en 1661, ils atteignaient 19,5 millions de livres, bien que ses passifs s’élèvent à 16 millions. Ses revenus annuels en tant que surintendant étaient de 150 000 livres.

Carrière politique de Nicolas Fouquet


Mécène des arts & Vaux-le-Vicomte

Fouquet fut un grand mécène d’artistes, d’écrivains et d’architectes, façonnant la culture française :


Les liens entre Nicolas Fouquet et les grandes figures de l’Histoire

Nicolas Fouquet était un homme influent. Certains de ses contemporains l’ont soutenu et estimé.

1. Le cardinal Mazarin (1602–1661) – Son mentor politique

2. Molière (1622–1673) – Son admirateur

3. La Fontaine (1621–1695) – Son ami fidèle

Mais d’autres, comme Colbert, ont tout fait pour le discréditer auprès du roi. Le principal était Jean-Baptiste Colbert (1619-1683). Fouquet et Colbert se détestaient.

4. Jean-Baptiste Colbert

En octobre 1659, Colbert, chargé de superviser la gestion des finances de l’État, rédigea un mémoire accusant Nicolas Fouquet, surintendant des finances, d’empruntes massives, soulignant que « moins de 50 % des impôts collectés parviennent au roi ».

Peu avant sa mort (9 mars 1661), Mazarin recommanda à Louis XIV de s’attacher Colbert, avec la célèbre phrase : « Sire, je dois tout à Votre Majesté, mais je m’acquitte de ma dette en vous présentant Colbert. »
Colbert convainquit Louis XIV que Fouquet détournait les fonds de l’État et le fit arrêter. Le plan du roi et de Colbert fonctionna à la perfection. Colbert participa même à l’organisation de l’arrestation de Fouquet et supervisa personnellement les perquisitions de documents. Il veilla également à la composition du tribunal exceptionnel chargé du procès.
Le 5 septembre 1661, Fouquet fut arrêté à Nantes par d’Artagnan, lieutenant des mousquetaires. Son procès, très suivi par les Français, dura trois ans.

Après la chute de Fouquet, Colbert le remplaça et devint le principal ministre des Finances de Louis XIV, menant la France vers son Âge d’or.


Le principal investissement de Nicolas Fouquet : le château de Vaux-le-Vicomte

Le château de Vaux-le-Vicomte est un magnifique château français du XVIIe siècle de style baroque, situé près de la ville de Melun, en France, à 25 km au sud-est de Paris. Construit entre 1656 et 1661 pour Nicolas Fouquet, il devint le symbole du luxe, du pouvoir et de l’innovation artistique.

Il est préférable de réserver à l’avance la visite du château :

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Pourquoi est-il célèbre ?


Architecture & design

1. Le château lui-même

2. Les jardins (conçus par André Le Nôtre)

3. Points forts de l’intérieur


La goutte d’eau qui fait déborder le vase : la Légendaire fête de Vaux-le-Vicomte

Le roi se rendit à Vaux-le-Vicomte pour la première fois le 16 juillet 1659, puis le 17 juillet 1660. Le 11 juillet 1661, Nicolas Fouquet reçut à nouveau la Cour. Comme Louis XIV ne put assister à la fête, une autre fut organisée le 17 août 1661 pour le monarque accompagné de ses 600 courtisans. Ce fut cette date fatidique pour Nicolas Fouquet. La Nuit qui scella le destin de Fouquet


Le cadre


Le faste de la fête

1. Le château et les jardins somptueux

À l’époque, Vaux-le-Vicomte était plus beau que n’importe quel palais royal.

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La fête fut un événement somptueux, avec des fontaines d’eau, des feux d’artifice, un ambigu (buffet) pour plus de mille convives, supervisé par François Vatel, et la première représentation de la pièce de Molière Les Fâcheux. Un festin spectaculaire dont La Fontaine fit un récit détaillé à son ami Maucroix.

Louis XIV fut furieux de voir tant d’éclat alors que ses propres résidences étaient vides. L’origine de tant d’argent lui parut suspecte. L’offre de Fouquet de lui céder le château de Vaux n’apaisa en rien sa colère. Selon l’abbé de Choisy, Louis XIV aurait déclaré à sa mère Anne d’Autriche dans le carrosse qui les ramenait à Paris : « Ah, madame, ne faudra-t-il pas mettre tous ces gens-là au pas ? »


2. Le banquet fastueux

Fouquet n’avait épargné aucune dépense, donnant à Louis XIV l’impression d’être éclipsé.


3. La représentation théâtrale de Molière

Même cela irrita le roi : Fouquet avait sa propre cour artistique !


4. Les feux d’artifice et le grand final

Louis XIV, silencieux, n’en était pas moins furieux.


Pourquoi Louis XIV était-il en colère ?

  1. Vaux-le-Vicomte était plus grandiose que tous les palais royaux (à l’époque, Versailles n’était pas encore construit).
  2. Fouquet se comportait en roi – avec richesse et mécénat artistique.
  3. Soupçon : d’où Fouquet tirait-il tout cet argent ?
  4. Colbert, qui voyait les places fortes que Fouquet avait construites sur le littoral comme une menace : il y avait débarqué des hommes et de nombreux canons sur l’île d’Yeu et ailleurs, ainsi que plusieurs navires.
  5. Fouquet était aussi très populaire, avec un vaste réseau de clients dans tout le royaume, et passait pour un soutien zélé des partis dévots, que Colbert soupçonnait d’avoir tenté d’empoisonner le roi à Calais le 29 juin 1658.
  6. L’influence grandissante de Nicolas Fouquet inquiétait le roi, déjà échaudé par ses propres révoltes.

Cependant, deux facteurs ont retardé la chute du Surintendant : en tant que procureur général, Fouquet ne répondait qu’au Parlement, qu’il contrôlait. Deuxièmement, le Surintendant bénéficiait de la faveur d’Anne d’Autriche, mère de Louis XIV.
Mais Colbert contraria méthodiquement cette situation : d’abord, il fit en sorte que Fouquet propose lui-même au roi de vendre sa charge, afin de lui en remettre le produit. Ensuite, il gagna à sa cause la duchesse de Chevreuse, une proche amie de la reine mère.
Fouquet, informé de ces manigances, ne les comprit pas et commît au contraire une série d’erreurs.

En effet, Louis XIV avait décidé avant le 17 août d’arrêter Fouquet pendant les festivités. Il avait été « conditionné » depuis 1659 par Colbert, ennemi juré de Fouquet. Selon certains historiens, c’est sa mère qui l’en dissuada à cette occasion. D’où la décision du roi d’assister aux États de Bretagne trois semaines plus tard et d’arrêter Fouquet à Nantes, loin de Paris.

Louis XIV aurait dit à sa mère : « Madame, il faut faire rendre gorge à cet homme. »

Le procès de Nicolas Fouquet

Le procès de Nicolas Fouquet fut l’un des plus célèbres cas judiciaires et politiques du XVIIe siècle en France. Voici comment il se déroula :

1. L’arrestation (1661)

2. Les chefs d’accusation (1664)

3. Une procédure judiciaire longue (1661-1664)

Les deux crimes reprochés sont la concussion (détournement de deniers publics par un comptable public) et le crime de lèse-majesté, tous deux passibles de la peine de mort.

Le procureur général Pierre Séguier présente 120 articles d’accusation.

Fouquet se défend avec brio, aidé par son avocat, François de Chauvelin, arguant que sa fortune lui a été transmise par héritage ou acquise légalement.

3. Verdict et condamnation (1664-1665)

Après trois années de débats intenses, le verdict tombe le 20 décembre 1664 :

La vie de Nicolas Fouquet à la forteresse de Pignerol

Après son procès, Nicolas Fouquet passe les quinze dernières années de sa vie dans une captivité sévère à la forteresse de Pignerol (aujourd’hui en Italie). Son emprisonnement est marqué par un isolement strict, des contacts limités et des rumeurs mystérieuses. Voici ce que l’on sait de sa vie sur place :

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1. Des conditions rudes et un isolement total (1665-1680)

2. Compagnons de cellule et le mystère du « Masque de fer »

3. Déclin de la santé et mort (1680)

Les descendants de Nicolas Fouquet

Charles Fouquet, petit-fils de Nicolas devenu maréchal de France sous Louis XV

À qui appartient aujourd’hui le château de Vaux-le-Vicomte ?

En 1875, Alfred Sommier, raffineur de sucre, habitant au 20 rue de l’Arcade dans le quartier de la Madeleine à Paris, acheta le château de Vaux-le-Vicomte aux enchères. Le 20 rue de l’Arcade appartient toujours aux descendants des Sommier. En 2018, Richard de Warren de Rosanbo, l’un des descendants d’Alfred Sommier, transforma l’hôtel particulier en un hôtel cinq étoiles de 80 chambres, dont 16 suites.

Le château, construit au XVIIe siècle pour Nicolas Fouquet, était alors dans un état de délabrement avancé, ayant été en partie abandonné après la chute de Fouquet.

Le propriétaire actuel du château est Jean-Charles de Vogüé, comte de Vogüé, qui gère les affaires du château de Vaux-le-Vicomte avec l’aide de sa famille. Il est le descendant de la cinquième génération d’Alfred Sommier. La famille continue de préserver le patrimoine historique du domaine tout en l’ouvrant au public pour des événements culturels et des visites.

La famille de Vogüé remonte au Moyen Âge, mais les premières traces écrites datent du XIVe siècle. Elle est originaire de la région du Vivarais, dans le sud-est de la France. La famille de Vogüé n’est pas directement apparentée à la famille Fouquet.

Le nom « Vogüé » provient probablement de la ville de Vogüé, un petit village de l’Ardèche connu pour son château médiéval.

La famille de Vogüé a joué un rôle clé dans la restauration et la préservation du château, redonnant à ce joyau du patrimoine baroque français tout son éclat. Elle a mené d’importants travaux de rénovation, faisant appel à des architectes et artisans spécialisés.

Héritage et spéculations