Nicolas Fouquet (1615–1680), marquis de Belle-Île, vicomte de Melun et de Vaux, fut un homme d'État français qui occupa le poste de surintendant des Finances sous le règne de Louis XIV. Il est surtout connu pour son ascension spectaculaire et sa chute dramatique, qui lui valurent une condamnation à la prison à perpétuité. Il nous a laissé un magnifique château situé à 25 km au sud-est de Paris, ouvert au public.
Points clés sur Nicolas Fouquet
Sa vie peut se résumer en 4 points :
- Richesse et influence : En tant que surintendant des Finances (1653–1661), il accumula une immense fortune et une grande influence, finançant souvent les dépenses de l'État avec ses propres deniers.
- Vaux-le-Vicomte : Il fit construire le magnifique château de Vaux-le-Vicomte, en employant des architectes et artistes (Le Vau, Le Nôtre, Le Brun) qui travaillèrent plus tard sur Versailles.
- Chute : Son pouvoir croissant et son mode de vie extravagant éveillèrent la jalousie et la méfiance de Louis XIV. En 1661, il fut arrêté par d'Artagnan (oui, le vrai, pas celui des Trois Mousquetaires !).
- Procès et emprisonnement : Condamné dans un premier temps à l'exil, le roi commua sa peine en prison à perpétuité. Il passa le reste de sa vie à la forteresse de Pignerol, dans les Alpes du Sud, à la frontière italienne, où il mourut en 1680.
L'histoire de Fouquet est celle de l'ambition, de la richesse et de l'envie royale, ce qui en fait une figure fascinante de l'histoire de France. Souhaitez-vous en savoir plus sur son procès ou son rôle à la cour de Louis XIV ?
Note :
La forteresse de Pignerol se situe aujourd'hui en Italie. Il n'en reste aucune trace visible. Pignerol, située sur la ligne frontalière, a changé de nationalité à plusieurs reprises. Elle est italienne depuis la création de l'Italie actuelle en 1861.
La vie de Nicolas Fouquet avant son procès
Avant sa chute dramatique, Nicolas Fouquet (1615–1680) mena une existence marquée par la richesse, le pouvoir et l'ambition, gravissant les échelons pour devenir l'une des figures les plus influentes de France.
Jeunesse et ascension de Nicolas Fouquet
- Nicolas Fouquet était issu d'une famille originaire d'Anjou (près de la ville d'Angers), qui avait fait fortune dans le commerce du textile avant de se convertir à la magistrature. Contrairement aux affirmations de la famille Fouquet à l'époque, ses origines n'étaient pas nobles, mais il appartenait à la bourgeoisie marchande au XVIe siècle.
- Né dans une famille aisée et noble à Paris le 27 janvier 1615. Les Fouquet forment une famille catholique modèle. Il semble alors se destiner à l'état ecclésiastique.
- Mais il décida finalement d'étudier le droit à la Sorbonne, où il obtint son diplôme en 1631 à l'âge de seize ans. Il fut admis au Parlement de Paris en 1632.
- À dix-neuf ans, il fut nommé conseiller au Parlement de Metz, où le cardinal de Richelieu lui confia l'inventaire des papiers du Trésor de la Chancellerie de Vic et du duc Charles IV de Lorraine, dont le duché était convoité par Richelieu.
- À 26 ans, en 1636, son père lui acheta une charge de maître des requêtes à l’Hôtel du roi, une fonction clé au sein du gouvernement. Il associa également son fils à ses affaires, lui cédant une part dans la Compagnie des îles d’Amérique, dont il était directeur au nom de Richelieu, l’un des principaux actionnaires.
- De 1642 à 1650, il occupa divers postes en province. En 1650, Mazarin lui permit d’acheter pour 450 000 livres la charge de procureur général au Parlement de Paris.
- Pendant cette période, il reprit les activités de son père dans les différentes compagnies maritimes dont la famille détenait des parts : la Compagnie des îles d’Amérique, la Compagnie du Sénégal et la Compagnie de la Nouvelle-France.
En 1640, il fut l’un des premiers actionnaires de la Société du Cap-Nord, et en 1642, il rejoignit la Société des Indes orientales. Cependant, la mort de Richelieu, protecteur de longue date de la famille Fouquet, mit fin à ses rêves coloniaux et maritimes. Fouquet se tourna alors vers le service de l’État et du cardinal Mazarin, successeur de Richelieu.
Comme le mot « fouquet » désigne un écureuil en angevin, la famille Fouquet portait un blason d’argent à l’écureuil rampant, accompagné de la devise « Quo non ascendet ? » (« Jusqu’où ne montera-t-il pas ? »). Cette devise, adoptée par Nicolas Fouquet, reflétait son ambition. Dès son plus jeune âge, Fouquet fit preuve d’intelligence, de charme et d’un talent pour le réseau, des qualités qui l’aidèrent à gravir les échelons du pouvoir.
Nicolas Fouquet, surintendant des finances de France

À la mort du duc de La Vieuville, surintendant des finances, en janvier 1653, deux candidats se présentèrent pour lui succéder : le diplomate Abel Servien et Nicolas Fouquet, soutenu par l’abbé Fouquet, frère de Mazarin.
Pour limiter l’ambition de Fouquet, Mazarin partagea le poste entre les deux hommes le 10 février 1653 : Fouquet serait chargé des recettes, Servien des dépenses.
Mais Fouquet, devenu maître des recettes, prit progressivement le contrôle de toute l’administration. Il plaça le remboursement des avances qu’il avait consenties, ainsi que celles de sa famille, avant toutes les autres dépenses, détournant ainsi des fonds. Résultat : les finances royales se retrouvèrent dans un état désastreux. Après la mort de Servien le 21 février 1659, Fouquet resta seul surintendant.
Parallèlement, il se constitua un vaste réseau parmi les financiers du royaume. Le bilan de sa surintendance ne fut pas unanimement approuvé. L’État se retrouva ruiné par les intérêts des prêts qu’il avait contractés auprès de ses amis ou de sociétés dans lesquelles il avait des intérêts. Lui-même à la tête d’une fortune colossale, il pouvait entretenir une cour fastueuse et organiser des fêtes somptueuses. Ce contraste entre l’opulence de ses affaires et la ruine corrélative de son maître, Louis XIV, devait tôt ou tard précipiter sa chute.
Nicolas Fouquet, l’homme d’affaires
Suivant les traces de son père, actionnaire de compagnies coloniales, Fouquet était conscient des problèmes inhérents à ces entreprises, qui manquaient de ressources suffisantes et subissaient la concurrence des Anglais et des Hollandais.
Il décida rapidement d’intervenir plus directement dans les colonies en devenant armateur. Dès les années 1640, sa famille acheta ou fit construire plusieurs navires, dont des vaisseaux de guerre. Certains furent utilisés pour des courses, sous commission de la France et du Portugal. Des parents furent également placés à des postes stratégiques : en 1646, son cousin Président de Chalain devint gouverneur du port breton de Concarneau.
Fouquet voulait aller plus loin et créer une puissance domaniale en Bretagne, susceptible de servir de base à de vastes entreprises coloniales et commerciales.
Dans cette optique, il s’allia à la prestigieuse maison bretonne de Rieux, dont il acheta plusieurs terres autour du golfe du Morbihan, dont la forteresse de Largoë. En 1658, par l’intermédiaire de Jeanne-Pélagie de Rieux, propriétaire de l’île d’Yeu, il fit fortifier l’île et y installa des vaisseaux armés.
La même année, il acquit Belle-Île pour 2,6 millions de livres, restaurant ses remparts et y construisant à grands frais un port, des magasins et des entrepôts.
Parallèlement, par l’intermédiaire d’un prête-nom, il créa une compagnie de commerce pour l’Espagne et les Indes, dont les navires utilisaient Belle-Île comme port d’attache et entrepôt.
À la tête d’une douzaine de navires, employés pour le cabotage et le commerce océanique, Fouquet figurait parmi les principaux armateurs du royaume. Selon le surintendant et ses amis, l’ambition était de faire de Belle-Île le successeur du port d’Amsterdam dans son rôle de plaque tournante de l’Europe du Nord.
Pour affirmer son autorité légitime, Fouquet acheta en 1660 la charge de vice-roi d’Amérique au duc de Damville, qu’il confia à un homme de paille : les lettres patentes accordées au titulaire lui permettaient d’exempter de taxes les marchandises et munitions destinées aux établissements existants ou futurs en Amérique. Le but du surintendant était de s’emparer du commerce des fourrures et des peaux en Acadie, ainsi que de la pêche à la morue.
La fortune de Nicolas Fouquet
Cela soulève la question de la fortune de Nicolas Fouquet. Entre 1651 et 1661, il accumula une colossale fortune qui fit de lui l’homme le plus riche de France en 1661, à la mort de Mazarin. En 1653, ses actifs s’élevaient à 2 millions de livres, et en 1661, ils atteignaient 19,5 millions de livres, bien que ses passifs s’élèvent à 16 millions. Ses revenus annuels en tant que surintendant étaient de 150 000 livres.
Carrière politique de Nicolas Fouquet
- En 1641, il devint intendant des Finances, gérant une partie du Trésor royal.
- Dès 1650, pendant la Fronde (guerres civiles), il resta fidèle au cardinal Mazarin et au roi Louis XIV, ce qui consolida son avenir.
- En 1653, à seulement 38 ans, il fut nommé surintendant des Finances, faisant de lui l’un des hommes les plus puissants de France.
Mécène des arts & Vaux-le-Vicomte
Fouquet fut un grand mécène d’artistes, d’écrivains et d’architectes, façonnant la culture française :
- Il a engagé l’architecte Louis Le Vau, le peintre Charles Le Brun et le paysagiste André Le Nôtre pour construire son magnifique château, Vaux-le-Vicomte. Les trois furent ensuite recrutés par Louis XIV après la chute de Fouquet.
- Il a soutenu des écrivains comme Molière et La Fontaine, qui l’admiraient. Molière a même créé sa pièce « Les Fâcheux » à Vaux-le-Vicomte en 1661 ! La Fontaine a perdu sa pension de Louis XIV après avoir pris la défense de Fouquet. Il a écrit des poèmes où il qualifiait Fouquet de « phénix tué par un roi jaloux ».
- Il organisait des fêtes somptueuses, attirant poètes, intellectuels et haute société.
Les liens entre Nicolas Fouquet et les grandes figures de l’Histoire
Nicolas Fouquet était un homme influent. Certains de ses contemporains l’ont soutenu et estimé.
1. Le cardinal Mazarin (1602–1661) – Son mentor politique
- Fouquet était fidèle au cardinal Mazarin, le puissant ministre qui gouverna la France pendant la jeunesse de Louis XIV.
- Mazarin lui faisait confiance pour gérer les finances de l’État, ce qui a contribué à son ascension.
- À la mort de Mazarin en mars 1661, Fouquet perdit son protecteur, se retrouvant vulnérable face à des ennemis comme Colbert.
2. Molière (1622–1673) – Son admirateur
- Le dramaturge Molière appréciait la générosité de Fouquet et a joué dans son château.
- Après l’arrestation de Fouquet, Molière a dû faire preuve de prudence : Louis XIV n’aurait pas toléré un soutien trop visible.
3. La Fontaine (1621–1695) – Son ami fidèle
- Jean de La Fontaine, l’auteur des fameuses fables, fut l’un des plus fidèles partisans de Fouquet.
- Après l’emprisonnement de Fouquet, La Fontaine a écrit des poèmes pour le défendre, ce qui a irrité Louis XIV.
Mais d’autres, comme Colbert, ont tout fait pour le discréditer auprès du roi. Le principal était Jean-Baptiste Colbert (1619-1683). Fouquet et Colbert se détestaient.
4. Jean-Baptiste Colbert
En octobre 1659, Colbert, chargé de superviser la gestion des finances de l’État, rédigea un mémoire accusant Nicolas Fouquet, surintendant des finances, d’empruntes massives, soulignant que « moins de 50 % des impôts collectés parviennent au roi ».
Peu avant sa mort (9 mars 1661), Mazarin recommanda à Louis XIV de s’attacher Colbert, avec la célèbre phrase : « Sire, je dois tout à Votre Majesté, mais je m’acquitte de ma dette en vous présentant Colbert. »
Colbert convainquit Louis XIV que Fouquet détournait les fonds de l’État et le fit arrêter. Le plan du roi et de Colbert fonctionna à la perfection. Colbert participa même à l’organisation de l’arrestation de Fouquet et supervisa personnellement les perquisitions de documents. Il veilla également à la composition du tribunal exceptionnel chargé du procès.
Le 5 septembre 1661, Fouquet fut arrêté à Nantes par d’Artagnan, lieutenant des mousquetaires. Son procès, très suivi par les Français, dura trois ans.
Après la chute de Fouquet, Colbert le remplaça et devint le principal ministre des Finances de Louis XIV, menant la France vers son Âge d’or.
Le principal investissement de Nicolas Fouquet : le château de Vaux-le-Vicomte
Le château de Vaux-le-Vicomte est un magnifique château français du XVIIe siècle de style baroque, situé près de la ville de Melun, en France, à 25 km au sud-est de Paris. Construit entre 1656 et 1661 pour Nicolas Fouquet, il devint le symbole du luxe, du pouvoir et de l’innovation artistique.
Il est préférable de réserver à l’avance la visite du château :
- Cliquez sur Entrée du château (Le château se trouve à 25 km de Paris)
- Comme le château est situé à 25 km, une excursion d’une journée au départ de Paris permet de visiter le château de Vaux-le-Vicomte et le magnifique château de Fontainebleau. Pour réserver, cliquez sur Château de Fontainebleau & Château de Vaux-le-Vicomte

Pourquoi est-il célèbre ?
- Il a inspiré la conception du palais de Versailles. L’architecte, peintre, décorateur d’intérieur et paysagiste du château de Vaux-le-Vicomte a ensuite travaillé à Versailles pour construire le château de Louis XIV.
- Il fut le théâtre de la légendaire chute de Fouquet après y avoir organisé une fête somptueuse en l’honneur de Louis XIV le 17 août 1661.
- Il met en valeur le travail de trois des plus grands artistes français :
- Architecte : Louis Le Vau
- Peintre & décorateur d’intérieur : Charles Le Brun
- Paysagiste : André Le Nôtre
Architecture & design
1. Le château lui-même
- Conçu dans le style baroque français, alliant symétrie, grandeur et élégance.
- Un dôme central (unique pour l’époque) lui confère une silhouette distinctive.
- Des intérieurs richement décorés avec des plafonds peints, des dorures et des boiseries raffinées.
2. Les jardins (conçus par André Le Nôtre)
- L’un des premiers jardins à la française, qui inspirera plus tard ceux de Versailles.
- Comporte des terrasses parfaitement symétriques, des fontaines et des illusions d’optique.
- Un axe de 2,5 km offre une perspective spectaculaire depuis le château.
3. Points forts de l’intérieur
- Le Grand Salon : une salle ovale sous un dôme offrant une vue panoramique à 360° sur les jardins.
- La chambre du Roi : décorée au cas où Louis XIV viendrait (mais il n’y mit jamais les pieds après l’arrestation de Fouquet !).
- Les plafonds peints par Le Brun, représentant des scènes mythologiques qui glorifient Fouquet.
La goutte d’eau qui fait déborder le vase : la Légendaire fête de Vaux-le-Vicomte
Le roi se rendit à Vaux-le-Vicomte pour la première fois le 16 juillet 1659, puis le 17 juillet 1660. Le 11 juillet 1661, Nicolas Fouquet reçut à nouveau la Cour. Comme Louis XIV ne put assister à la fête, une autre fut organisée le 17 août 1661 pour le monarque accompagné de ses 600 courtisans. Ce fut cette date fatidique pour Nicolas Fouquet. La Nuit qui scella le destin de Fouquet
Le cadre
- Hôte : Nicolas Fouquet, surintendant des Finances
- Lieu : château de Vaux-le-Vicomte, la plus belle demeure de France
- Invités : le roi Louis XIV, la reine Marie-Thérèse, nobles, diplomates et artistes
- Objectif : une célébration pour honorer le Roi
- Issue : au lieu d’être impressionné, Louis XIV, jaloux, décida l’arrestation de Fouquet. Le 5 septembre 1661, alors que la cour se trouvait à Nantes pour les États de Bretagne, Louis XIV ordonna à d’Artagnan d’arrêter le surintendant pour détournement de fonds. Le 7 septembre, Fouquet fut transféré au château d’Angers.
Le faste de la fête
1. Le château et les jardins somptueux
- Conçus par Le Vau (architecture), Le Brun (décors intérieurs) et Le Nôtre (jardins)
- Symétrie parfaite, vastes salons et jardins à la française
- Des milliers de torches illuminaient les jardins
À l’époque, Vaux-le-Vicomte était plus beau que n’importe quel palais royal.

La fête fut un événement somptueux, avec des fontaines d’eau, des feux d’artifice, un ambigu (buffet) pour plus de mille convives, supervisé par François Vatel, et la première représentation de la pièce de Molière Les Fâcheux. Un festin spectaculaire dont La Fontaine fit un récit détaillé à son ami Maucroix.
Louis XIV fut furieux de voir tant d’éclat alors que ses propres résidences étaient vides. L’origine de tant d’argent lui parut suspecte. L’offre de Fouquet de lui céder le château de Vaux n’apaisa en rien sa colère. Selon l’abbé de Choisy, Louis XIV aurait déclaré à sa mère Anne d’Autriche dans le carrosse qui les ramenait à Paris : « Ah, madame, ne faudra-t-il pas mettre tous ces gens-là au pas ? »
2. Le banquet fastueux
- Préparé par François Vatel, le plus grand chef de l’époque
- Vaisselle en or et en argent – un luxe rare
- Nourritures et vins exotiques venus de toute l’Europe
Fouquet n’avait épargné aucune dépense, donnant à Louis XIV l’impression d’être éclipsé.
3. La représentation théâtrale de Molière
- Première de « Les Fâcheux », une comédie spécialement écrite pour l’occasion
- Molière lui-même joua pour le roi
- Un mélange de satire et de divertissement
Même cela irrita le roi : Fouquet avait sa propre cour artistique !
4. Les feux d’artifice et le grand final
- Un spectacle pyrotechnique époustouflant illuminant le ciel nocturne
- Musique, danses et réjouissances qui se prolongèrent jusqu’à l’aube
Louis XIV, silencieux, n’en était pas moins furieux.
Pourquoi Louis XIV était-il en colère ?
- Vaux-le-Vicomte était plus grandiose que tous les palais royaux (à l’époque, Versailles n’était pas encore construit).
- Fouquet se comportait en roi – avec richesse et mécénat artistique.
- Soupçon : d’où Fouquet tirait-il tout cet argent ?
- Colbert, qui voyait les places fortes que Fouquet avait construites sur le littoral comme une menace : il y avait débarqué des hommes et de nombreux canons sur l’île d’Yeu et ailleurs, ainsi que plusieurs navires.
- Fouquet était aussi très populaire, avec un vaste réseau de clients dans tout le royaume, et passait pour un soutien zélé des partis dévots, que Colbert soupçonnait d’avoir tenté d’empoisonner le roi à Calais le 29 juin 1658.
- L’influence grandissante de Nicolas Fouquet inquiétait le roi, déjà échaudé par ses propres révoltes.
Cependant, deux facteurs ont retardé la chute du Surintendant : en tant que procureur général, Fouquet ne répondait qu’au Parlement, qu’il contrôlait. Deuxièmement, le Surintendant bénéficiait de la faveur d’Anne d’Autriche, mère de Louis XIV.
Mais Colbert contraria méthodiquement cette situation : d’abord, il fit en sorte que Fouquet propose lui-même au roi de vendre sa charge, afin de lui en remettre le produit. Ensuite, il gagna à sa cause la duchesse de Chevreuse, une proche amie de la reine mère.
Fouquet, informé de ces manigances, ne les comprit pas et commît au contraire une série d’erreurs.
En effet, Louis XIV avait décidé avant le 17 août d’arrêter Fouquet pendant les festivités. Il avait été « conditionné » depuis 1659 par Colbert, ennemi juré de Fouquet. Selon certains historiens, c’est sa mère qui l’en dissuada à cette occasion. D’où la décision du roi d’assister aux États de Bretagne trois semaines plus tard et d’arrêter Fouquet à Nantes, loin de Paris.
Louis XIV aurait dit à sa mère : « Madame, il faut faire rendre gorge à cet homme. »
Le procès de Nicolas Fouquet
Le procès de Nicolas Fouquet fut l’un des plus célèbres cas judiciaires et politiques du XVIIe siècle en France. Voici comment il se déroula :
1. L’arrestation (1661)
- Le 5 septembre 1661, Louis XIV ordonna l’arrestation de Nicolas Fouquet, puissant Surintendant des Finances. Son arrestation, effectuée par le mousquetaire d’Artagnan, fut orchestrée par Jean-Baptiste Colbert, qui cherchait à éliminer Fouquet et à centraliser le pouvoir financier sous l’autorité du roi.
- Fouquet fut emprisonné au château d’Angers, puis transféré à la Bastille à Paris.
- Le 12 septembre, Louis XIV supprima la Surintendance, la remplaçant par un Conseil royal des finances. Colbert prit la place de Fouquet au Conseil d’en haut, avec rang de ministre.
- Sous couvert d’une justice parfaitement légale, le Conseil instaura par édit royal de novembre 1661 « une chambre de justice, pour rechercher les abus et malversations commis dans les finances de Sa Majesté depuis 1635 ». Cette chambre de justice, constituée le 15, fut finalement présidée par le chancelier Séguier. Elle était composée de magistrats issus de la Cour des aides et de la Chambre des comptes. Ainsi, le procès de Fouquet se déroula devant une juridiction d’exception, et non devant le Parlement de Paris, afin d’éviter toute influence politique.
2. Les chefs d’accusation (1664)
- Le procès de Fouquet débuta le 3 mars 1662. Dès lors, la procédure s’enlisa.
- Les interrogatoires commencèrent le 4 mars, bien que Fouquet n’eût pas eu connaissance des documents saisis ni n’eût été informé des actes de procédure.
- En mai, il fut renvoyé en accusation.
- Le 6 juillet, un arrêt du Conseil d’en haut lui interdit de faire appel au Parlement, malgré son statut d’ancien procureur général.
- Il ne fut confronté aux témoins que le 18 juillet et ne bénéficia d’un avocat qu’à partir du 7 septembre.
- Enfin, le 18 octobre marque une étape importante du procès : la cour rend un décret de nomination, exigeant que les débats se déroulent désormais par écrit.
- Enfin, le 3 mars 1663, la cour accepte de fournir à Fouquet les documents de son choix et de n’utiliser que ceux qu’il a étudiés. Entre-temps, plusieurs complices de Fouquet sont jugés et condamnés.
- Le 14 novembre 1664, Fouquet est conduit à la Chambre de Justice de l’Arsenal pour y être interrogé sur le siège chaud. Il se défend avec véhémence lors des débats oraux.
- Les chefs d’accusation retenus contre lui incluent le détournement de fonds, la corruption et le crime de lèse-majesté, car il est accusé d’avoir détourné des fonds publics et conspiré contre le roi.
3. Une procédure judiciaire longue (1661-1664)
Les deux crimes reprochés sont la concussion (détournement de deniers publics par un comptable public) et le crime de lèse-majesté, tous deux passibles de la peine de mort.
Le procureur général Pierre Séguier présente 120 articles d’accusation.
Fouquet se défend avec brio, aidé par son avocat, François de Chauvelin, arguant que sa fortune lui a été transmise par héritage ou acquise légalement.
3. Verdict et condamnation (1664-1665)
Après trois années de débats intenses, le verdict tombe le 20 décembre 1664 :
- Le 20 décembre 1664, la cour condamne Fouquet à l’exil, une peine relativement clémente au regard des charges retenues.
- Cependant, Louis XIV n’est pas satisfait et alourdit la peine en la transformant en emprisonnement à vie dans la forteresse alpine de Pignerol.
- Fouquet passe le reste de ses jours en captivité à Pignerol (aujourd’hui en Italie).
- Il y meurt le 23 mars 1680 – à 65 ans.
La vie de Nicolas Fouquet à la forteresse de Pignerol
Après son procès, Nicolas Fouquet passe les quinze dernières années de sa vie dans une captivité sévère à la forteresse de Pignerol (aujourd’hui en Italie). Son emprisonnement est marqué par un isolement strict, des contacts limités et des rumeurs mystérieuses. Voici ce que l’on sait de sa vie sur place :

1. Des conditions rudes et un isolement total (1665-1680)
- Fouquet arrive à Pignerol en 1665 sous la garde de Bénigne Dauvergne de Saint-Mars, le gouverneur strict de la forteresse. Fouquet est emprisonné dans deux pièces des cachots de Pignerol. On lui assigne deux valets, Champagne et La Rivière, avant de les lui retirer.
- Louis XIV ordonna que Fouquet soit tenu en totale isolation, craignant qu’il ne puisse continuer à conspirer depuis sa prison. Il lui fut interdit de recevoir des visites et ne pouvait communiquer qu’avec son geôlier.
- Pourtant, il lui fut accordé quelques livres, des conseils religieux et des commodités de base.
- À partir de 1677, Louis XIV assouplit ses conditions de détention, lui permettant de se promener dans le donjon et de recevoir des visites de sa famille et de ses amis.
2. Compagnons de cellule et le mystère du « Masque de fer »
- Avec le temps, d’autres prisonniers politiques furent incarcérés à Pignerol, notamment Eustache Dauger, un détenu mystérieux dont on suppose qu’il était le Masque de fer (voir notre article « Le Masque de fer et Louis XIV »).
- Fouquet eut également des contacts limités avec le ministre de la Guerre disgracié, le marquis de Lauzun.
- Certains pensent que Fouquet aurait appris des secrets d’État sensibles en prison, ce qui aurait justifié une surveillance encore plus stricte.
3. Déclin de la santé et mort (1680)
- Après près de quinze ans de captivité, la santé de Fouquet se détériora. Il mourut en mars 1680, officiellement de causes naturelles, bien que certains soupçonnent que la négligence et les mauvais traitements aient pu jouer un rôle.
- Lorsque Fouquet mourut officiellement dans la forteresse le 23 mars 1680, le roi envisagea de libérer le vieillard malade. Il expira sous les yeux de son fils, le comte de Vaux, venu lui rendre visite. Sa mort mit fin à toute possibilité de grâce royale ou de retour à la vie publique.
- Le corps de Fouquet fut inhumé dans l’église Sainte-Claire de Pignerol, selon la coutume réservée aux anciens prisonniers décédés dans la forteresse. Il fut ensuite transféré dans la chapelle Fouquet du couvent de la Visitation-Sainte-Marie à Paris (aujourd’hui temple protestant du Marais, rue Saint-Antoine).
Les descendants de Nicolas Fouquet
- De son premier mariage avec Louise Fourché de Quéhillac, Nicolas Fouquet eut une fille, Marie, qu’il maria à Armand de Béthune, marquis de Charost, en échange d’une dot de 600 000 livres. Ce mariage, contracté à la fin des années 1650, confirma l’ascension sociale de la famille.

- Le second mariage a assuré une descendance masculine. Nicolas Fouquet eut cinq enfants avec Marie-Madeleine de Castille. Mais seul Louis, le benjamin, marquis de Belle-Isle (1661-1738), qui épousa Catherine-Agnès de Lévis, fille du marquis de Charlus, eut une descendance. De ce mariage naquirent Charles Louis Auguste Fouquet (1684-1761) et Louis Charles Armand (1693-1747).
Ces deux fils, par leurs carrières militaires – une nouveauté pour la famille Fouquet (!) –, restaurèrent la réputation de leur lignée et obtinrent les plus hautes distinctions : Charles Louis Auguste devint gouverneur des Trois-Évêchés, place forte majeure aux frontières du Saint-Empire romain germanique, et fut nommé duc et pair sous Louis XV, en reconnaissance de ses services loyaux.
- La famille Fouquet est aujourd’hui une famille noble française éteinte.
À qui appartient aujourd’hui le château de Vaux-le-Vicomte ?
En 1875, Alfred Sommier, raffineur de sucre, habitant au 20 rue de l’Arcade dans le quartier de la Madeleine à Paris, acheta le château de Vaux-le-Vicomte aux enchères. Le 20 rue de l’Arcade appartient toujours aux descendants des Sommier. En 2018, Richard de Warren de Rosanbo, l’un des descendants d’Alfred Sommier, transforma l’hôtel particulier en un hôtel cinq étoiles de 80 chambres, dont 16 suites.
Le château, construit au XVIIe siècle pour Nicolas Fouquet, était alors dans un état de délabrement avancé, ayant été en partie abandonné après la chute de Fouquet.
Le propriétaire actuel du château est Jean-Charles de Vogüé, comte de Vogüé, qui gère les affaires du château de Vaux-le-Vicomte avec l’aide de sa famille. Il est le descendant de la cinquième génération d’Alfred Sommier. La famille continue de préserver le patrimoine historique du domaine tout en l’ouvrant au public pour des événements culturels et des visites.
La famille de Vogüé remonte au Moyen Âge, mais les premières traces écrites datent du XIVe siècle. Elle est originaire de la région du Vivarais, dans le sud-est de la France. La famille de Vogüé n’est pas directement apparentée à la famille Fouquet.
Le nom « Vogüé » provient probablement de la ville de Vogüé, un petit village de l’Ardèche connu pour son château médiéval.
La famille de Vogüé a joué un rôle clé dans la restauration et la préservation du château, redonnant à ce joyau du patrimoine baroque français tout son éclat. Elle a mené d’importants travaux de rénovation, faisant appel à des architectes et artisans spécialisés.
Héritage et spéculations
- L’emprisonnement de Fouquet devint un symbole de l’absolutisme de Louis XIV, illustrant comment le roi éliminait les menaces à son pouvoir.
- Certains estiment que l’histoire de Fouquet est liée à la légende de l’Homme au masque de fer, bien que rien ne le prouve.
- Son destin reste un exemple tragique de chute politique, passant de la richesse et du pouvoir à l’oubli total dans une cellule de prison.
- Conclusion : un homme qui a trop joué avec le feu !