Square-du-Vert-Galant romantique au cœur de Paris. La légende des Templiers
Le square du Vert-Galant est situé à l’extrémité ouest de l’île de la Cité, dans le quartier Saint-Germain-l’Auxerrois du 1er arrondissement. Son niveau se situe 7 à 8 mètres en contrebas du premier étage du pont Neuf et des autres parties de l’île de la Cité. Il correspondait au niveau naturel du sol, c’est-à-dire très peu au-dessus de celui de la Seine. Cela explique pourquoi il est facilement inondé lors des crues du fleuve.
Origine du square du Vert-Galant : Henri IV encore
Le square doit son nom à Henri IV (1553 - 1610), surnommé le « Vert-Galant » en raison de ses nombreuses maîtresses malgré son âge avancé (toujours vert malgré la vieillesse). Il est dominé par une statue équestre d’Henri IV, elle-même en bronze et patinée par le temps, qui repose sur le pont Neuf.
Usages successifs de l’espace gagné sur la Seine
Le square du Vert-Galant a été créé par la réunion de plusieurs petites îles, dont l’île aux Juifs. À l’emplacement du square, les architectes proposèrent de réaliser de vastes constructions :
En 1662, l’architecte Nicolas de l’Espine conçut un projet, à la demande de Sieur Dupin, aide des cérémonies de Louis XIV, sous le ministère de Colbert qui souhaitait magnifier les abords de la statue équestre du grand-père de Louis XIV. L’idée était d’y établir une sorte de forum à l’antique, aménagé sur le terre-plein, qui aurait été élargi et percé, à l’ouest, par une loggia surmontée de deux obélisques. Les statues des grands capitaines, qui de règne en règne, avaient vaillamment défendu le royaume de France, devaient être érigées sur la balustrade qui aurait entouré la nouvelle place. Un bassin aurait été creusé derrière la statue d’Henri IV ; en son centre, la statue de Jeanne d’Arc aurait été installée sur un piédestal. Le roi ne donna pas suite à cette proposition.
Avant de devenir une place, les 2 665 m² furent utilisés pour des bains vers 1765, puis pour un café-concert en 1865. Ce dernier fut détruit par une inondation en 1879. En 1884, l’État céda le terrain à la ville de Paris.
En 1804, l’architecte Guy de Gisors présenta un projet de création de bains thermaux qui auraient porté le nom de « Napoléon Ier ». Il s’agissait d’un vaste bâtiment à quatre niveaux d’arcades et deux ailes en retour d’équerre, au centre duquel jaillissaient les eaux d’une fontaine. Le bâtiment devait abriter cent soixante-seize cabines de bains. Il était également prévu d’y construire une piscine en plein air pour les baigneurs, accessible par un double escalier. L’empereur ne donna pas suite à ce projet. Cependant, en 1810, l’empereur lança un concours, conformément à un décret signé au camp de Schönbrunn : l’idée était d’ériger un obélisque en granit de Cherbourg sur le pont Neuf, portant l’inscription « Napoléon Empereur aux Français » ; l’obélisque devait mesurer 180 pieds de haut.
L’Exposition universelle de Montréal de 1967. Quel lien avec le square du Vert-Galant ?
À l’occasion de l’inauguration de l’Exposition universelle de Montréal en avril 1967, une cérémonie amicale organisée par la ville de Paris eut lieu en présence de l’ambassadeur du Canada, Jules Léger, et de son homologue de la délégation du Québec à Paris, Jean Chapdelaine. Le maire de Montréal, Jean Drapeau, ne put s’y rendre et fut représenté par Léon Lortie et Jean Vinant, publiciste de l’Exposition en France. Une pierre de l’île Sainte-Hélène (Montréal) fut déposée dans le square du Vert-Galant. Selon l’auteur Yves Jasmin, dans *La Petite Histoire de l’Expo 67*, plus de 30 000 spectateurs assistèrent à cet événement, lorsque le bateau *Saint-Laurent* accosta au quai où la pierre fut transportée, en présence du préfet de Paris.
Un square romantique et écologique en plein cœur de Paris, avec un embarcadère pour des croisières sur la Seine
En 2007, le square a obtenu le label « Espaces verts écologiques » décerné par ECOCERT.
Flore
La place est plantée de 1 642 m² de châtaigniers, d’ifs, de prunus pissardii, de noyers noirs, d’érables negundo, de pommiers à fleurs, de saules pleureurs, d’oliviers de Bohême, de sophoras panachés, de catalpas, de robiniers, de ginkgos bilobas, d’arbustes ardents et d’arbres à perruque
Faune
On y observe des cygnes muets, quelques canards comme le milouin et le fuligule morillon, des bergeronnettes grises et des chevaliers guignettes, des grèbes huppés. En hiver, on y voit aussi des foulques à front blanc, des poules d’eau, des goélands argentés et des goélands railleurs. En 2009, elle abritait même une importante population de muridés urbains.
Ce Square-du-Vert-Galant est devenu l’un des lieux les plus prisés pour les promenades romantiques où les amoureux peuvent embarquer pour des croisières fluviales et admirer une vue magnifique sur la Seine, le musée du Louvre et l’Hôtel de la Monnaie.
Et pour finir sur une note rétro, la place abrite une fontaine Wallace à poussoirs.
Le Square-du-Vert-Galant est aussi un lieu de mémoire : le Mémorial du Templier Jacques de Molay
Le 18 mars 1314, Jacques de Molay, emprisonné depuis sept ans à la suite du grand coup de filet mené par Philippe IV le Bel, fut conduit sur l’île de la Cité, devant la cathédrale Notre-Dame. C’est là qu’il devait entendre le verdict de son procès, en compagnie de Geoffroy de Charnay, précepteur de Normandie, et de deux autres figures templières, Hugues de Payraud et Geoffroy de Gonneville. Le tribunal le condamna à la prison à vie pour le crime d’« hérésie et de pratiques obscènes ».
Mais, bien qu’il n’eût jamais renié ses aveux en six années de détention (probablement sous la torture), le Grand Maître protesta contre sa condamnation, affirmant n’être coupable d’aucun des crimes dont on l’accusait et se disant victime d’un complot ourdi par Philippe IV le Bel et le pape Clément V. Ces propos furent corroborés par ceux de Geoffroy de Charnay, son second. Les deux hommes savaient que cette protestation leur vaudrait une condamnation bien plus sévère : en tant que relapse, ils n’étaient plus protégés par le pape et devaient être condamnés au bûcher.
Ils furent effectivement brûlés vifs le même jour, pratiquement sous la statue d’Henri IV – qui, bien sûr, n’existait pas encore à l’époque. Une plaque commémorative visible au Square-du-Vert-Galant rappelle que c’est en ce lieu que fut brûlé vif, le 18 mars 1314, « le dernier Grand Maître de l’Ordre du Temple », Jacques de Molay.
Mais l’histoire des Templiers ne s’arrête pas là…
Selon la légende la plus connue(1), alors qu’il agonisait sur le bûcher, Jacques de Molay maudit ses bourreaux, le roi Philippe le Bel et le pape Clément, ainsi que Guillaume de Nogaret, qui avait fait arrêter les Templiers et les avait livrés au tribunal :
« Pape Clément !… Chevalier Guillaume !… Roi Philippe !… Avant un an, je vous cite à comparaître devant le tribunal de Dieu pour y recevoir votre juste jugement ! Maudits ! Maudits ! Maudits ! Maudits jusqu’à la treizième génération de vos races ! »
La suite est connue : le pape Clément, déjà malade, mourut quelques semaines plus tard, le 20 avril 1314, Philippe le Bel le 29 novembre 1314, et Guillaume de Nogaret était déjà mort depuis un an. Du côté des descendants du roi (la branche capétienne), il y eut effectivement de nombreux décès parmi les générations suivantes (mais les gens mouraient alors normalement, facilement et jeunes). Quant à la treizième génération, certains historiens estiment que Louis XVI, guillotiné, en était le treizième descendant après Philippe le Bel. En réalité, si l’on compte bien, la treizième génération correspondrait plutôt aux enfants de Louis XIV.
(1) Cette légende a été entretenue jusqu’au roman historique *Les Rois maudits*, écrit par Maurice Druon entre 1955 et 1977. Ce cycle et ses adaptations télévisuelles ont contribué à populariser davantage Jacques de Molay et sa malédiction.
Le Square-du-Vert-Galant dans la culture populaire
Une célèbre photographie de Robert Doisneau, prise en 1950, porte le titre *Square du Vert-Galant*. Eugène Atget et Marcel Bovis ont également immortalisé la place.
Une grande toile de Maurice Boitel, réalisée en 1989, représente l’inondation de la Seine dans le Vert-Galant à la fin du XXe siècle.
En 1990, la place a aussi inspiré Frédéric Marbœuf pour un court-métrage intitulé *« Square-du Vert-Galant »*.