Sorbonne de Paris : université historique au passé récent chaotique
La Sorbonne de Paris fut fondée en 1253, à l’initiative de Louis IX (saint Louis) … pour seize étudiants nécessiteux et pour étudier la théologie. Tout est mis en œuvre par Robert de Sorbon, chapelain et confesseur du roi saint Louis. Au début des années 1600, le collège de la Sorbonne était en réalité un ensemble de bâtiments disparates érigés le long de la rue Coupe-Gueule, aujourd’hui appelée rue de la Sorbonne.
La Sorbonne de Paris se situe à proximité immédiate du palais du Luxembourg et du Panthéon.
Le cardinal de Richelieu
Le cardinal de Richelieu avait été étudiant au collège de la Sorbonne en 1606-1607. Il en devint le principal le 29 août 1622. Il entreprit alors un ambitieux programme de rénovation du collège, devenu le siège d’une bibliothèque importante, un lieu d’enseignement, le siège des assemblées de la faculté de théologie de l’université de Paris, et bien sûr avec un nombre croissant d’internes.
Richelieu fit reconstruire les bâtiments dans un style classique, et lorsqu’il devint Premier ministre, il revit le projet dans une optique plus ambitieuse et décida de rebâtir la chapelle que l’on peut encore admirer aujourd’hui. Les travaux de reconstruction débutèrent en mai 1635 et la structure principale était presque achevée lorsque le cardinal mourut en 1642. Cet ensemble est considéré comme le chef-d’œuvre de son architecte, Jacques Lemercier. L’héritière et exécuteur testamentaire de Richelieu acheva les travaux. Le nouveau collège doubla sa surface et fut également doté d’une grande chapelle destinée à abriter le tombeau du cardinal. En plus de ces améliorations, Richelieu légua une partie de sa bibliothèque et sa fortune à l’institution.
La Sorbonne de Paris pendant la période révolutionnaire
Les bâtiments furent fermés aux étudiants en 1791 et la « société sorbonique » fut dissoute en même temps que les universités de Paris et des provinces, en application de la loi Le Chapelier. La chapelle, désaffectée et transformée en temple de la Raison, fut pillée en décembre 1794 et les tombes profanées. Plusieurs projets d’utilisation des bâtiments du collège échouèrent. Sous le Consulat, Napoléon Bonaparte transforma le site en ateliers d’artistes, sous le nom de « Musée des Artistes » (An VIII-1822).
Le début du XIXe siècle, siège des facultés des sciences, des lettres et de théologie de Paris
En 1806, l’empereur Napoléon réorganisa l’ensemble du système éducatif français en créant l’Université impériale, dotée d’une vision entièrement renouvelée. Elle regroupait tous les niveaux d’enseignement et comptait, à son sommet, des écoles spéciales et cinq facultés : Faculté des sciences, Faculté des lettres, Faculté de théologie, Faculté de droit et Faculté de médecine. Les deux dernières furent installées place du Panthéon et rue de l’école de Médecine, tandis que les trois autres furent logées dans les bâtiments de l’ancien collège du Plessis, puis en 1821 dans l’ancienne Sorbonne de Richelieu. Le bâtiment devint également le siège du rectorat de l’Académie de Paris.
Après la Restauration et durant le XIXe siècle : des améliorations insuffisantes face aux problèmes
Durant la Restauration, le duc de Richelieu (1766-1822), Premier ministre de Louis XVIII, voulut honorer la mémoire de son arrière-arrière-grand-oncle le cardinal de Richelieu en restaurant la Sorbonne dans sa gloire passée. Il fit construire un amphithéâtre d’une capacité de 1 200 places. Malgré ces améliorations, les vieux bâtiments du XVIIe siècle, abandonnés pendant les dix années de la Révolution, s’étaient considérablement dégradés. La concentration des étudiants en lettres, sciences et théologie de toute l’Académie de Paris dans ce seul collège devint rapidement un problème de manque d’espace. La rénovation du complexe devint une urgence qui s’étala tout au long du XIXe siècle.
Sous le Second Empire, Léon Vaudoyer se vit confier le projet de rénovation. Il conçut un palais doté d’une grande façade sur la rue Saint-Jacques et d’une tour d’astronomie. La première pierre fut posée en 1855, mais le projet ne fut pas mené à terme.
La création de l’École Pratique des Hautes Études mit en lumière les problèmes liés à l’exiguïté des locaux. Les nouveaux laboratoires d’enseignement et de recherche de la Faculté des sciences, financés par l’École pratique, durent être installés dans des appartements de la rue Saint-Jacques.
La construction de la Sorbonne de Paris par Henri-Paul Nénot
Il reprit l’idée de Léon Vaudoyer de bâtir non pas un collège, mais un véritable palais de la science et des lettres.
La démolition des bâtiments, à l’exception de la chapelle, dura dix ans, de 1884 à 1894. L’église de la Sorbonne de Paris avait été édifiée entre 1635 et 1642 par Jacques Lemercier, sur la volonté de Richelieu. Le tombeau de Richelieu se trouve dans l’église, sculpté par François Girardon en 1694. Le dôme est l’œuvre de Philippe de Champaigne.
La première pierre du nouveau bâtiment de la Sorbonne fut posée en 1885. Le président de la République Sadi Carnot put inaugurer la première partie du complexe, au nord, en 1889, à l’occasion du centenaire de la Révolution française. L’ensemble des travaux ne fut achevé qu’en 1901.
Le projet de Paul Nénot : la Sorbonne de Paris, à la fois sobre et grandiose.
Au nord, sur la rue des Écoles, il créa un vaste palais universitaire, destiné à abriter l’administration du rectorat, la chancellerie de l’université et les secrétariats des deux facultés qui devaient occuper le site ;
au sud, un ensemble de bâtiments bas, organisés autour de cours nombreuses et modulables, destinés à accueillir les laboratoires de la faculté des sciences. Chaque discipline disposait de locaux spécialement adaptés ;
entre les deux, un ensemble polyvalent centré sur une cour principale, avec de vastes salles, de grands amphithéâtres et une bibliothèque centrale, capable d’accueillir toutes sortes d’enseignements, mais en particulier ceux de la Faculté des lettres.
Les espaces initialement prévus pour la faculté de théologie, supprimée en 1885, furent attribués à l’École nationale des chartes, qui devint ainsi la deuxième école spéciale, après l’École pratique des hautes études, à s’installer dans le complexe de la Sorbonne.
À l’époque de son inauguration, le complexe imaginé par Nénot parut à certains à la fois grandiloquent et surdimensionné. En 1914, l’Université de Paris ne comptait que 17 308 étudiants, mais il fallut rapidement l’adapter à l’afflux croissant d’étudiants.
La « Nouvelle Sorbonne » universitaire de la période 1896-1970
En 1896, une loi regroupa les facultés de droit, des lettres, de médecine et des sciences au sein d’une même académie, sous l’entité juridique « l’Université de la Sorbonne ». Déjà siège du rectorat de Paris, elle devint également le siège de la nouvelle université de Paris.
Après 1885, la Sorbonne devint l’université la plus importante de France. Cette organisation de l’Université de Paris dura jusqu’en 1970 et fut dissoute après les événements de Mai 1968. Elle fut remplacée par 13 universités indépendantes, numérotées Paris 1, 2, 3, etc. Et, aujourd’hui, même après la division en 13 universités autonomes, ce qui subsiste sous le nom de « Sorbonne » reste l’une des principales universités de Paris.
La Sorbonne de Paris : mai 1968, le bastion des manifestations. Les conséquences
En mai 1968, elle fut le bastion des manifestations étudiantes, dont le mouvement avait débuté avec celui du 22 mars à la faculté de Nanterre.
L’Assemblée nationale élue en juin 1968 après la dissolution décidée par le général de Gaulle s’est immédiatement attaquée à la réforme universitaire. En 1971, l’Université de Paris est scindée en treize nouvelles universités, tandis que les annexes sont réparties entre les différentes universités issues de cette division. Le complexe de la Sorbonne, propriété de la ville de Paris, est placé sous un régime de copropriété géré par la Chancellerie des universités de Paris.
À partir de 1970, six établissements d’enseignement supérieur restent installés sur le site : les universités désignées Paris I, Paris III, Paris IV et Paris V, ainsi que l’École des Chartes et l’EPHE. Cette multiplication des acteurs a favorisé l’accumulation de difficultés et d’inégalités dans la gestion du bâtiment « monument ».
La marque « Sorbonne » disputée par différentes institutions
Le nom « Sorbonne » est connu dans le monde entier. Le « découpage » de l’université « d’avant 1968 », réparti en partie entre des enseignants aux sensibilités politiques variées, a conduit à une « spécialisation » des universités. Par ailleurs, la marque « Sorbonne » est revendiquée par différentes institutions. Il s’agit d’un enjeu majeur, car ce nom concentre une grande partie de la réputation de l’ancienne université de Paris – qui remonte à 1253. Cette confusion a donné lieu à de nouveaux « regroupements », concrétisés par la réforme de 2019-2020.
Université Sorbonne-Nouvelle
Après Mai 68, le 1er janvier 1970, l’Université Sorbonne Nouvelle est créée à partir de l’ancienne Faculté des lettres de l’Université de Paris.
En 2010, les universités Paris 3 « Sorbonne Nouvelle », Paris 5 « Paris-Descartes » et Paris 7 « Paris-Diderot » se regroupent pour former l’université Sorbonne Paris Cité. Elles décident en 2017 de principe d’une fusion prévue pour le 1er janvier 2019. Ce projet porté par la présidence de Paris 3 est fortement contesté par les étudiants et le personnel de l’université, qui ont manifesté par plusieurs consultations leur rejet massif de cette perspective. La fusion, effective en 2020 pour les autres universités, n’a pas concerné la Sorbonne Nouvelle. Le siège de l’Université Sorbonne Nouvelle se trouve dans la Sorbonne, un bâtiment historique qu’elle partage avec deux autres universités (Panthéon-Sorbonne et Sorbonne Université).
Cette université enseigne principalement la littérature, les sciences du langage, les langues, les arts du spectacle, la communication et les études européennes.
Les trois « sous-universités » Paris 3, 5 et 7 comptent au total environ 18 000 étudiants.
Université Panthéon-Sorbonne
L’Université Panthéon-Sorbonne, dont le nom officiel est « Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne », est un établissement d’enseignement supérieur pluridisciplinaire français, spécialisé dans les domaines de l’économie et de la gestion, des arts et des humanités, du droit et des sciences politiques.
L’Université Paris I Panthéon-Sorbonne est créée en 1971 par la fusion d’une partie de l’ancienne Faculté de droit et d’économie (Panthéon) et d’une partie de la Faculté des lettres et sciences humaines (Sorbonne). Dans le cadre des négociations sur le partage des locaux historiques avec les autres universités voisines, l’Université Paris I peut utiliser des salles dans la partie sud de la Sorbonne, anciennement occupées par la Faculté des sciences. De même, les universités Paris I et Paris II ont convenu de localiser leurs présidences dans les locaux historiques de la Faculté de droit, place du Panthéon, et de partager le site. Le siège et la présidence de l’Université Panthéon-Sorbonne se trouvent au 12, place du Panthéon, 75005 Paris.
L’université compte aujourd’hui environ 40 000 étudiants répartis dans dix unités de formation et de recherche (UFR) et quatre instituts. Répartie sur quinze sites différents, ses centres administratifs sont situés au cœur du Quartier latin à Paris. Les deux principaux sites sont la Sorbonne et Censier (rue Santeuil).
Sorbonne Université
Cette université a été créée le 1er janvier 2018 par la fusion des universités Paris-Sorbonne (Paris-IV) et Pierre-et-Marie-Curie (Paris-VI), auxquelles sont notamment rattachées l’école des sciences de l’information et de la communication CELSA et l’École supérieure du professorat et de l’éducation de Paris. Elle est organisée en trois facultés réparties sur 26 sites et cinq campus principaux :
la Faculté des Lettres
la Faculté de médecine
et la Faculté des Sciences et d’Ingénierie
En 2019, Sorbonne Université compte 55 600 étudiants, dont 10 200 étudiants internationaux, ainsi que 6 700 chercheurs et enseignants-chercheurs. Sorbonne Université figure régulièrement parmi les meilleures universités d’Europe et du monde. Sa première reconnaissance en tant qu’université intégrée remonte à 2018, lorsqu’elle s’est classée 29e au classement mondial CWUR 2018-2019 et 1re en France.
Son siège social est situé au 21, rue de l’École-de-Médecine. La présidence de l’université se trouve sur le site des Cordeliers, dans l’ancien couvent des Cordeliers.
L’université de la Sorbonne : il y a Sorbonne et Sorbonne !
Il existe en effet aujourd’hui l’université Paris I Panthéon-Sorbonne, l’université Paris 3 - Sorbonne Nouvelle et Sorbonne Université.
Par ailleurs, dans le bâtiment de la Sorbonne, l’ancienne université Sorbonne Paris Cité est également présente à travers la « Faculté des Humanités et Sciences sociales - Sorbonne » de l’ancienne université Paris Descartes (Paris V), qui regroupe des départements d’anthropologie culturelle, de linguistique et de sociologie.
Oui, c’est un peu compliqué ! Et enfin, trois ComUE (Communautés d’universités et établissements) utilisent les bâtiments de la Sorbonne et portent le nom de Sorbonne :
Sorbonne Universités, une structure qui a été supprimée et remplacée par l’association Sorbonne Université le 1er janvier 2018.
Sorbonne Paris Cité
Hautes Études-Sorbonne-Arts et Métiers (Hésam)
Visite des bâtiments de la Sorbonne à Paris
Les universités sont des lieux de passage dense de public étudiant. Ainsi, et suite aux attentats du 11 septembre 2001, la Sorbonne est, en principe, fermée au public.
À l’exception de quelques rares visites groupées organisées par la Chancellerie et les Journées européennes du patrimoine, seuls les étudiants et le personnel des établissements ayant des locaux à la Sorbonne, ainsi que les lecteurs de la bibliothèque de la Sorbonne, peuvent y accéder. Voir horaires d’ouverture et périodes de fermeture joints.