Rue des Rosiers, dans le Marais juif, un lieu à voir

La rue des Rosiers est une vieille rue du centre de Paris, qui s’étend d’est en ouest sur seulement 303 mètres, dans le quartier Saint-Gervais, dans la partie sud du Marais. Elle portait déjà ce nom en 1230, en raison des rosiers qui poussaient dans les jardins voisins, le long de l’enceinte de Philippe Auguste.

Note : une autre rue des Rosiers existait dans l’ancienne commune de Montmartre, qui ne faisait pas encore partie de Paris. Elle est devenue la rue du Chevalier-de-la-Barre. La forte présence historique de la communauté juive dans le Marais parisien Depuis le XIIIe siècle, la communauté juive a trouvé asile en France et, à Paris, elle s’est installée dans le Marais.

Comme on le sait, la France fut le premier pays d’Europe à reconnaître les personnes de confession juive comme des citoyens à part entière, leur accordant des droits civiques complets.

Synagogues, écoles religieuses et commerces casher se sont regroupés pour former une sorte de petit shtetl (village).

Plus tard, par vagues successives, des Juifs ashkénazes fuyant les pogroms et les persécutions sont arrivés en 1881, puis entre 1900 et 1914 en provenance de Roumanie, d’Autriche-Hongrie et de Russie. C’est une fois encore dans le Marais qu’ils se sont installés. La communauté ashkénaze, de langue yiddish, y est donc fortement représentée, ce qui explique l’image marquante du Pletzl au XXe siècle. Cependant, des recherches récentes montrent que la communauté séfarade y est également présente. L’actuelle rue Ferdinand-Duval, séparée de la rue des Rosiers au XVe siècle, portait le nom de « rue des Juifs ». Elle a été rebaptisée « rue Ferdinand-Duval » en 1900, à l’époque de l’affaire Dreyfus.
Le Pletzl ou « petite place », en yiddish Il s’agit de l’espace typique de la communauté juive, du quartier juif du Marais. Mais l’emplacement exact de cette « place » dans le Marais reste flou. Pour certains, elle se situe aux alentours de la station de métro Saint-Paul. Pour d’autres, elle s’étend entre la rue des Francs-Bourgeois et la rue de Rivoli. D’autres encore estiment que le Pletzl forme une place délimitée par quatre rues : d’un côté entre la rue des Rosiers et la rue du Roi de Sicile, et de l’autre entre la rue Pavée et la rue Vieille-du-Temple. Ce périmètre est traversé par deux rues : la rue des Écouffes et la rue Ferdinand-Duval, anciennement appelée rue des Juifs. La rue des Écouffes fait référence aux prêteurs sur gages du Moyen Âge. C’est effectivement cette délimitation que l’on retrouve indiquée sur certaines cartes.

La rue des Rosiers et l’évolution du quartier Au fil des années, le Marais était devenu un quartier insalubre, où la pauvreté et la tuberculose prospéraient. Après la Seconde Guerre mondiale, il a fallu détruire des blocs entiers d’immeubles.

Le plan de sauvegarde et de réhabilitation du Marais lancé par le ministre de la Culture André Malraux en 1962 a sauvé le quartier de la destruction totale. Dans la rue des Rosiers et ailleurs, les anciens immeubles habités par des familles modestes ont été restaurés. Non loin du quartier juif, la restauration de l’hôtel Salé dans les années 1970, suivie de l’installation du musée Picasso en 1985 dans ce même hôtel, a redynamisé le quartier. L’évolution s’est faite progressivement à partir de 1962.

La communauté gay, à l’avant-garde, a commencé à s’installer dans le quartier et à rénover des appartements. Deux bars gay ont ouvert dans la partie basse de la rue des Rosiers. Après le ghetto juif, le « ghetto rose » est apparu avec la communauté gay. Cependant, la communauté juive est restée intacte et très vivante.

Dans les années 1990, la sociologie du quartier a évolué. Épiceries, poissonneries et librairies ont fermé pour laisser place à des boutiques de prêt-à-porter branchées.

« Gentrifié », le quartier a perdu une partie de son âme, mais il attire toujours des touristes du monde entier. Car il conserve la mémoire d’une culture yiddish avec ses dernières devantures anciennes. Préservées, elles perpétuent le souvenir du quartier.

Il est encore possible de trouver la rue des Rosiers, où l’on déguste les meilleurs plats traditionnels, comme les strudels aux pommes (chez le pâtissier Finkelstajn), les hallots (brioches tressées pour le Shabbat chez Murciano) ou encore les falafels (chez L’As du falafel).  Les falafels sont des sandwichs végétariens à base de purée de pois chiches frite.

La rue des Rosiers reste emblématique de la communauté juive et compte de nombreux commerces, épiceries, librairies et restaurants typiques. Depuis les années 1980, des boutiques de luxe (vêtements, parfums, accessoires) se sont installées et transforment peu à peu l’aspect de la rue.
Bâtiments et lieux de mémoire remarquables de la rue des Rosiers

Au n°4 se trouvait un célèbre hammam, le hammam-sauna Saint-Paul, construit en 1863. Il est devenu une boutique dont ne subsiste que la façade d’origine, toujours ornée de l’inscription « HAMMAM SAINT-PAUL - SAUNA - PISCINE ».
Au n°4 bis se trouve une école privée professionnelle, l’École du Travail, créée par le Consistoire israélite.  Cette école a payé un lourd tribut à la barbarie nazie : une plaque commémorative en témoigne.
Au n°7 se trouvait un célèbre restaurant, tenu par Jo Goldenberg, réputé pour sa cuisine juive traditionnelle. Il a fermé en 2006.
Au n°10, le passage donne accès au jardin Rosiers - Joseph-Migneret, où l’on distingue encore par endroits les vestiges de l’enceinte de Philippe Auguste.
Au n°16, le bâtiment appartient désormais à l’OPAC, et l’on peut voir dans la cour les vestiges d’un hôtel particulier, une entrée d’escalier et un mascaron. En façade, une boulangerie jouxte l’ancien Café des Psaumes, aujourd’hui transformé en « café social » géré par l’Œuvre de secours aux enfants.
Au n°17 se trouve la Synagogue du 17 rue des Rosiers, l’une des deux synagogues de la rue, l’autre étant au n°25.
Au n°22 se trouvait, au début du XXe siècle, un restaurant social, Au fourneau économique (ancêtre des Restos du Cœur).
Au n°23 se trouve un hôtel particulier du XVIIe siècle. En 1650, il appartenait à un certain Genlis, puis en 1750 au lieutenant-colonel d’Estat. À son sujet, une mauvaise légende circule : on disait que sa carrière devait davantage à l’influence de son épouse, très belle et très courtisée, que ses rivaux résumaient ainsi : « Quand on avance par l’épée, c’est plus lent que par le fourreau ». Au premier étage se trouvait un restaurant, et en 2017 une pâtisserie de luxe.
Au n°25 se trouvait la boucherie Émouna, aujourd’hui une laverie automatique ayant conservé ses ferronneries d’origine.
Au n°26 vivait Yvette Feuillet (25 janvier 1920 - 6 juillet 1943), résistante FFI au grade de sergent, déportée et assassinée à Auschwitz, citée à titre posthume dans l’« Ordre de la Résistance ».
Au n°27 se trouve une boulangerie proposant des spécialités ashkénazes depuis 1865.
Au n°34 vivait Louis Shapiro (28 mars 1913 - 30 avril 1944), résistant et commandant FTPF, fusillé au Mont-Valérien. Une plaque apposée au-dessus de la porte du bâtiment rappelle son souvenir.
En 1925, une boucherie moderne, la Maison Skoïknit, occupait le n°40. Depuis 2006, il s’agit d’une boutique de prêt-à-porter.

Depuis 1979, année d’ouverture du restaurant qui revendique d’avoir introduit en France la vente et la consommation de falafels, sandwichs végétariens à base de purée de pois chiches frite, la rue des Rosiers est associée à cette spécialité : plusieurs restaurants se disputent la clientèle.
L’attentat de la rue des Rosiers du 9 août 1982

En 1982, un attentat terroriste a visé le restaurant Goldenberg, au 7 rue des Rosiers. Six personnes y ont trouvé la mort et vingt-deux autres ont été blessées. Attribué au mouvement terroriste palestinien Fatah-Conseil révolutionnaire d’Abu Nidal, ce massacre a profondément ébranlé la France.  La fermeture du restaurant Goldenberg en 2007 a également marqué une date symbolique dans la transformation sociologique de la rue.