Rue de l'Abreuvoir à Montmartre, paisible, romantique, hors du temps

La rue de l'Abreuvoir se situe sur la butte Montmartre à Paris, dans le quartier des Grandes-Carrières du 18ᵉ arrondissement. Elle possède un charme discret et campagnard. C’est probablement la rue la plus photographiée de Montmartre, pour plusieurs raisons : de la Maison Rose située au numéro 2 à la perspective sur le Sacré-Cœur depuis l’allée des Brouillards et la place Dalida.

Origine de la rue : en 1325 Cette voie tire son nom d’un chemin mentionné dès 1325 sous le nom de « ruelle qui va au But ». Le « But » était la fontaine de ce même nom, qui correspondrait aujourd’hui à la place Constantin-Pecqueur.

En 1672, cette voie est indiquée comme un chemin sur le plan d’Albert Jouvin de Rochefort de 1672. Enfin, en 1843, elle prend le nom de « chemin de l’Abreuvoir » en raison du chemin qui menait au vieux point d’eau de Montmartre situé à l’angle de la rue Girardon. Gérard de Nerval écrivait en 1854 : « Ce qui m’attirait surtout dans ce petit espace abrité par les grands arbres du Château des Brouillards, c’était (...) la proximité de l’abreuvoir, qui, le soir, s’anime du spectacle des chevaux et des chiens s’y baignant, et d’une fontaine construite dans le style ancien, où les lavandières devisent et chantent comme dans l’un des premiers chapitres de Werther. »

L’abreuvoir, le moulin Radet et le moulin de la Galette À l’emplacement même de l’ancien abreuvoir et de sa fontaine, disparus aujourd’hui, se dresse la villa Radet (ou villa du Radet), superbe résidence du début du XXᵉ siècle. Elle doit son nom au moulin du même nom, déplacé à l’angle de la rue Lepic et de la rue Girardon et rebaptisé (à tort) moulin de la Galette. À noter : c’est le seul numéro impair (15) de la rue, qui borde les jardins de la Cité internationale des Arts et la folie Sandrin.

Points de mémoire de la rue de l’Abreuvoir

C’est dans cette rue de l’Abreuvoir que débute le roman Les Sabines, du écrivain Marcel Aymé, qui y a d’ailleurs vécu à proximité. Sabine avait le don d’ubiquité. Elle pouvait se multiplier et être, en même temps, de corps et d’esprit, dans autant d’endroits qu’elle le souhaitait.
N° 2 : la Maison Rose, représentée par de nombreux peintres, dont Utrillo.
N° 4 : cadran solaire. C’est aussi la maison du commandant Henry Lachouque (1883-1971), militaire et historien des campagnes napoléoniennes. L’édifice se distingue par son architecture atypique, faite de pierres et de poutres apparentes. Remarquez sa décoration : des aigles de pierre (qui ont donné leur nom à la maison), une statuette de la Vierge au fond d’une niche peinte en bleu évoquant un ciel étoilé, et le cadran solaire sur lequel on peut lire la devise « Quand tu sonneras, je chanteray ». Le *y* final donne un aspect ancien, alors que le cadran solaire a été gravé en 1924, année de construction de la maison. Quant au *n* à l’envers dans le mot « quand », il s’agit sans doute d’un clin d’œil à l’alphabet cyrillique. Bien que le commandant Lachouque se soit surtout consacré à l’histoire du Premier Empire, il a également fait restaurer la maison de Napoléon à Longwood en 1934.
N° 6 : il semble que le peintre Georges Bottini y ait vécu.
N° 12 : dans cette petite maison construite en 1883 a vécu Camille Pissarro, qui y a loué un pied-à-terre entre 1888 et 1892.
N° 14 : il s’agissait d’une épicerie-bar appelée Maison Georges, reprise en 1924 par M. et Mme Baillot qui l’ont progressivement transformée en restaurant et rebaptisée l’Abreuvoir. Pendant la Seconde Guerre mondiale et l’Occupation, on raconte que le couple a dissimulé le plateau en zinc du comptoir derrière un mur de plâtre. L’idée était de le soustraire aux Allemands, qui réquisitionnaient tous les métaux pour les fondre. Après la guerre, c’est à l’Abreuvoir que se réunirent les participants du « dîner du dernier carré de Montmartre ». Le restaurant a définitivement fermé en 1957 et a été transformé en maison par le fils Baillot. Il a offert le célèbre comptoir au Musée de Montmartre, où il est toujours visible aujourd’hui.
N° 16, rue Girardon (coin des deux rues) : la Villa Radet, site montmartrois de la Cité internationale des arts, installée à l’emplacement de l’ancien abreuvoir du village de Montmartre, qui existait encore en 1854, lorsque Gérard de Nerval écrivait : « Ce qui m’a surtout séduit dans ce petit espace abrité par les grands arbres du Château des Brouillards, c’est […] la proximité de l’abreuvoir qui, le soir, s’anime du spectacle des chevaux et des chiens qu’on y baigne […] ».
N° 18, rue de l’Abreuvoir (place Dalida) : lieu de tournage du film Patate, réalisé par Robert Thomas (1964) avec Pierre Dux, Danielle Darrieux et Jean Marais.