Place d'Iéna, un hommage des femmes américaines à George Washington
La place d’Iéna est située dans le 16ᵉ arrondissement, dans le quartier de Chaillot, à l’intersection des avenues d’Iéna et du Président-Wilson, ainsi qu’au débouché de l’avenue Pierre-Iᵉʳ-de-Serbie, de la rue Boissière et de la rue de Longchamp.
Origine du nom « place d’Iéna »
La place d’Iéna doit son nom à la victoire napoléonienne d’Iéna (Jena) remportée le 14 octobre 1806. Cependant, la place fut aménagée en 1858 et ne prit son nom actuel qu’en 1878.
La statue équestre de George Washington sur la place d’Iéna
Au centre de la place d’Iéna se dresse la statue équestre en bronze de George Washington, réalisée par le sculpteur américain Daniel Chester French. Offerte par un comité de femmes américaines issues de la haute société, elle fut inaugurée le 3 juillet 1900.
Sur la face du piédestal tournée vers le musée Guimet, on peut lire l’inscription suivante :
« Don de la part des femmes des États-Unis d’Amérique en mémoire de l’aide fraternelle apportée par la France à leurs pères pendant la lutte pour l’indépendance. »
George Washington jusqu’à la fin de la guerre d’Indépendance américaine
George Washington naquit le 22 février 1732 dans la colonie de Virginie et s’éteignit le 14 décembre 1799 dans son domaine de Mount Vernon, en Virginie. Homme d’État franco-américain, il fut chef d’état-major de l’Armée continentale pendant la guerre d’Indépendance (1775-1783) et premier président des États-Unis d’Amérique, en fonction de 1789 à 1797.
Considéré comme l’un des Pères fondateurs des États-Unis par les Américains, George Washington a fait l’objet de nombreux hommages depuis la fin du XVIIIᵉ siècle : la capitale des États-Unis, un État du nord-ouest de l’Union, ainsi que de nombreux lieux et monuments portent son nom. Depuis 1932, son effigie figure sur la pièce de 25 cents et sur le billet d’un dollar.
Tout au long de sa vie, il œuvra pour la défense de ce qui devint le territoire des États-Unis. Par exemple, durant la guerre de Sept Ans (1756-1763), il chercha à limiter l’influence française alors que l’influence britannique déclinait.
Mais, comme les autres planteurs de Virginie, il subit les mesures économiques imposées par Londres et devint de plus en plus intolérant envers les règles imposées, ainsi que le monopole des marchands anglais. Cela conduisit à la guerre d’Indépendance.
Il fut l’un des sept représentants de la Virginie au Deuxième Congrès continental en mai 1775. Alors que le Congrès cherchait un chef de guerre après l’ouverture des hostilités avec la Grande-Bretagne, Washington assistait aux réunions en uniforme militaire. Le 15 juin, sur proposition de John Adams, le Congrès continental l’élut à l’unanimité commandant en chef de l’Armée continentale, créée la veille – un poste qu’il devait occuper pendant plus de huit ans.
Le 2 juillet 1775, à Cambridge, dans le Massachusetts, il se retrouva à la tête d’une armée mal préparée, disparate, réduite et mal équipée. Il renforça la discipline et l’hygiène dans les régiments, réorganisa le corps des officiers et dut affronter l’armée britannique, les célèbres « tuniques rouges », forte de 12 000 soldats aguerris, ce qui l’amena à ordonner le recrutement de Noirs libres.
À la bataille de Monmouth (28 juin 1778), Washington prit les forces britanniques à revers alors qu’elles quittaient Freehold Court-House. Soutenu par des renforts français, il écrasa l’armée de Charles Cornwallis à la bataille de Yorktown en 1781. En 1782, il créa la médaille « Purple Heart », qui reste aujourd’hui la distinction accordée aux soldats américains blessés au combat. En 1783, le traité de Paris fut signé, restaurant la paix et reconnaissant l’indépendance des États-Unis.
En mars 1783, Washington mit fin à la Conspiration de Newburgh, une tentative de coup d’État militaire ourdie par des officiers menaçant le Congrès américain d’imposer une dictature. Le 2 novembre, il prononça un vibrant discours d’adieu à ses soldats. Le 23 décembre 1783, il démissionna de son poste de commandant en chef, s’inspirant du général romain Lucius Quinctius Cincinnatus. À cette époque, la fonction de président des États-Unis n’existait pas encore sous les « Articles de la Confédération », précurseur de la Constitution.
Le retrait de George Washington à Mount Vernon fut de courte durée
Il fut choisi comme délégué de la Virginie, puis président de la Convention de Philadelphie en 1787, réunie pour réformer les Articles de la Confédération. Il présida le comité chargé de rédiger la Constitution. Bien qu’il n’ait pas réellement participé aux débats, il intervint pour favoriser la ratification de certains États, dont la Virginie. Une fois la Constitution adoptée, il fut élu à l’unanimité le 4 mars 1789 par le collège électoral comme premier président des États-Unis. Le 30 avril 1789, depuis le Federal Hall National Memorial à New York – alors capitale provisoire –, il entra officiellement en fonction. En prêtant serment sur la Bible, il inaugura une tradition toujours vivante aujourd’hui, bien que désormais célébrée le 20 janvier après chaque élection présidentielle. Washington était alors au sommet de sa popularité.
Lors de son premier mandat (1789-1793), le président œuvra à renforcer le pouvoir exécutif et le gouvernement fédéral. Pour ce faire, il s’entoura d’une équipe d’hommes ayant marqué la Révolution américaine.
Pendant son second mandat, alors que la guerre éclatait entre la France révolutionnaire et la Grande-Bretagne (1793), il décida de rester neutre (Proclamation de neutralité, 22 avril 1793), dans l’attente du renforcement du pays. Selon lui, l’entrée des États-Unis dans le conflit aurait été catastrophique pour le commerce et les finances.
En septembre 1796, avec l’aide d’Alexander Hamilton, Washington rédigea son adresse d’adieu à la nation, mettant en garde contre les dangers des divisions partisanes. Publié dans un journal de Philadelphie, ce texte appelait à la neutralité, à l’unité et annonçait la doctrine Monroe. Sur le plan institutionnel, il prônait un respect strict de la Constitution. Washington quitta la présidence en mars 1797, laissant la place à John Adams. Il établit la coutume d’un maximum de deux mandats, devenue une règle constitutionnelle avec le 22e amendement en 1947. C’est sous sa présidence que naquirent le Parti fédéraliste et le Parti républicain-démocrate.
Après ses deux mandats, George Washington se retira dans ses terres de Mount Vernon (aujourd’hui un musée). Sa vie et ses actions ont marqué durablement les institutions américaines.
Le 12 décembre 1799, Washington attrapa un rhume en portant des vêtements humides. Une infection bactérienne de l’épiglotte, aggravée par un gonflement interne de la gorge, l’étouffa lentement. Il mourut deux jours plus tard en présence de son épouse, de ses médecins et de son secrétaire particulier, Tobias Lear. Il avait 67 ans. Il fut enterré à Mount Vernon quatre jours après sa mort. Son épouse Martha Washington brûla tous leurs échanges, à l’exception de trois lettres. Après sa disparition, la jeune nation américaine porta le deuil pendant plusieurs mois.
Les médecins estiment aujourd’hui que les traitements qu’il subit – saignées, incisions au cou et purgations – provoquèrent un choc, une asphyxie et une déshydratation. Il repose dans le cimetière familial de Mount Vernon.
Des édifices remarquables et des lieux de mémoire autour de la place d’Iéna
La place d’Iéna ne se résume pas à la statue de George Washington. On y trouve également :
Le Palais d’Iéna, dont la rotonde s’ouvre sur la place d’Iéna, est classé monument historique depuis le 5 juillet 1993. Il abrite aujourd’hui le Conseil économique, social et environnemental (CESE).
La famille d’Alexandre de Marenches, futur directeur des services de renseignement extérieur français, y a loué un appartement durant son enfance.
N° 3 : également depuis 1882. L’ancien ambassadeur et résistant Augustin Jordan (1910-2004) a vécu à cette adresse. Une plaque commémorative y est apposée.
Au n° 5 de la place d’Iéna, mais dissimulé par l’immeuble bordant la place, se trouve un hôtel particulier de 1 800 m² construit et occupé à l’époque par Gustave Eiffel, puis par les princes Léon (1907), Constantin (1917) et Dominique Radziwill (1925). En 1919, l’ambassade des États-Unis, auparavant située au 14, avenue d’Eylau, y est transférée. En 1922, l’hôtel particulier est acheté par l’ambassadeur lui-même. En 1976, le film français *L’Aile ou la Cuisse* y est partiellement tourné, ainsi qu’un épisode de la série britannique *Chapeau melon et bottes de cuir* en 1977. Dans les années 1990-2000, l’hôtel particulier devient la résidence parisienne du homme politique libanais Rafiq Hariri, assassiné à Beyrouth en 2005. En 2001, le diplomate Boutros Boutros-Ghali rend visite à Hariri et le décrit ainsi : « Cela ressemble au palais d’un prince saoudien… Deux lions naturalisés trônent dans le hall d’entrée. »
N° 6 : Musée national des Arts asiatiques – Guimet, inauguré en 1889.