Place de la Concorde, sanglante naissance, grand et central lieu de Paris

La place de la Concorde se situe à quelques centaines de mètres du Louvre (À visiter, cliquez sur "Réserver Le Louvre"), au bas de l’avenue des Champs-Élysées et jouxte le jardin des Tuileries. Elle se distingue aujourd’hui par l’obélisque de Louxor en son centre, vieux de 3 300 ans (XIIIᵉ siècle avant J.-C.) et érigé en 1836 sur la place de la Concorde – Voir notre article « L’obélisque de Louxor, place de la Concorde, un cadeau de l’Égypte ». Les hôtels prestigieux qui la bordent ainsi que les deux fontaines monumentales (fontaine des Mers et fontaine des Fleuves) ajoutent à son faste. Créée en 1772, la place de la Concorde fut d’abord connue pour être l’un des lieux d’exécution de la Révolution française. Louis XVI et Marie-Antoinette (entre autres) y furent guillotinés. Architectes : Ange-Jacques Gabriel et Edme Bouchardon (sculpteur original de la statue équestre de Louis XV).

La place de la Concorde : un lieu exceptionnel à Paris

Avec ses 8,64 hectares, la place de la Concorde est la plus grande place de Paris. Son nom actuel lui aurait été attribué par le Directoire, en place pendant la Première République française, du 26 octobre 1795 (4 brumaire an IV) au 9 novembre 1799 (18 brumaire an VIII). Ce choix visait à marquer la réconciliation des Français après les excès de la Terreur. C’est entre 1836 et 1846 que l’architecte Jacques-Ignace Hittorf a façonné la place pour en faire celle que nous connaissons aujourd’hui. Proche du centre de Paris, la place de la Concorde occupe un emplacement privilégié, puisqu’elle ponctue deux grands axes :

Axe nord-sud constitué par Montmartre, les grands magasins du boulevard Haussmann, l’église de la Madeleine, le pont de la Concorde, l’Assemblée nationale.
Axe ouest-est constitué par la Grande Arche de la Défense, l’Arc de Triomphe, l’avenue des Champs-Élysées, le jardin des Tuileries et le musée du Louvre.

Le début, une histoire douloureuse, liée au futur Louis XVI
Au XVIIIe siècle, il n’y s’agissait que d’une esplanade entourée d’un fossé et de deux grands égouts à ciel ouvert. L’architecte Gabriel, directeur de l’Académie en sa qualité de Premier Architecte du Roi, fut chargé de concevoir un projet puisant les meilleures idées parmi celles des concurrents. Ce projet fut accepté en 1755 et la statue de Louis XV fut inaugurée le 20 juin 1763. Le 30 mai 1770, la place fut le théâtre d’un drame : alors qu’un feu d’artifice était tiré en l’honneur du mariage du Dauphin (le futur Louis XVI) et de l’archiduchesse Marie-Antoinette d’Autriche, 133 personnes périrent piétinées ou asphyxiées dans une panique causée par un incendie déclenché par une fusée tombée au sol. Ce n’est qu’en 1772 que la Place Louis XV (future Place de la Concorde) fut achevée. Une enceinte octogonale, munie d’une balustrade, bordée de fossés de 20 mètres de large et entourée de guérites, fut aménagée pour délimiter cet espace. Seule la partie nord de la place était construite, offrant une vue dégagée sur la Seine.
La Révolution, mémoire sinistre
Le 11 juillet 1789, la foule pille les armes du Garde-meuble (situé dans l’édifice nord-est) pour « aller à la Bastille » – aujourd’hui l’Hôtel de la Marine. Le 6 octobre, Louis XVI, Marie-Antoinette et le dauphin (futur Louis XVII qui ne régnera jamais) ramenés de Versailles à Paris par le peuple, font leur entrée au palais des Tuileries (détruit le 23 mai 1871 par d’autres révolutionnaires : les Communards !) en traversant la place Louis-XV. La place est rebaptisée « de la Révolution ». La guillotine y fut installée temporairement en octobre 1792. Le 21 janvier, Louis XVI y fut exécuté. Après avoir été démontée, la guillotine fut à nouveau dressée sur la Place de la Concorde du 11 mai 1793 au 9 juin 1794. Sur les 2 498 personnes guillotinées à Paris pendant la Révolution, 1 119 le furent sur la Place de la Révolution. Outre Louis XVI, on y exécuta la reine Marie-Antoinette (16 octobre 1793), Charlotte Corday, Madame Roland, les Girondins, Philippe d’Orléans, Madame Du Barry (dernière favorite du roi de France Louis XV), Danton, Malesherbes et le chimiste Lavoisier… La guillotine, transférée à la Place du Trône-renversé (aujourd’hui Place de la Nation), revint sur la Place de la Révolution pour l’exécution de Maximilien de Robespierre et de ses partisans (10 thermidor an II – 28 juillet 1794), qui envoya des milliers de personnes à la mort.

Le XIXe siècle et la place de la Concorde
Louis XVIII (mort en 1824) avait prévu d’ériger un monument au centre de la place en mémoire de son frère Louis XVI, guillotiné. La révolution de 1830 fit abandonner ce projet. En 1831, le vice-roi d’Égypte, Méhémet Ali, offrit à la France les deux obélisques qui marquaient l’entrée du temple de Louxor à Thèbes. Seul le premier fut transporté en France, arriva à Paris le 21 décembre 1833 et fut érigé le 25 octobre 1836 sur la place de la Concorde. Entre 1836 et 1846, l’architecte Jacques-Ignace Hittorff transforma la place en conservant le principe imaginé par Gabriel. Il y ajouta deux fontaines monumentales (audacieuses par leur utilisation de la fonte) de part et d’autre de l’obélisque de Louxor et encadra la place de réverbères et de colonnes rostrales. Ces colonnes rostrales portent des proues de navires, évoquant aussi l’emblème de la Ville de Paris. Des statues allégoriques représentant huit villes françaises délimitent l’octogone imaginé par Gabriel. En 1854, les fossés, conservés par Hittorff, furent comblés pour mieux adapter la place à la circulation.
Architecture entourant la place de la Concorde
Au nord (côté rue Royale), deux vastes bâtiments de pierre identiques ferment la perspective. Séparés par la rue Royale, ces édifices comptent parmi les plus beaux exemples d’architecture du XVIIIe siècle. Leurs façades furent conçues par Gabriel et élevées entre 1766 et 1775. Le bâtiment situé à l’est de la rue Royale, communément appelé Hôtel de la Marine, fut construit selon les plans de Gabriel sous la direction de Jacques-Germain Soufflot. L’Hôtel de la Marine, situé place de la Concorde, est en cours de restauration depuis quatre ans par le Centre des monuments nationaux. Depuis juin 2021, il est ouvert au public sous le nom de Musée de l’Hôtel de la Marine. Il s’agit d’une magnifique restitution de sa richesse d’origine, visitable en trois parcours. Pour en savoir plus sur l’hôtel, cliquez sur Hôtel de la Marine. Pour réserver une visite, cliquez sur « Musée Hôtel de la Marine ».
Le bâtiment situé à l’ouest de la rue Royale devait initialement abriter la « nouvelle Monnaie », dont la construction avait été prévue dès 1768. Cependant, cet emplacement fut jugé trop éloigné du quartier des affaires. Le terrain derrière la colonnade ouest fut alors divisé en quatre lots vendus à des particuliers. L’un de ces hôtels, à l’angle de la rue Boissy-d’Anglas, fut acheté en 1907 par la Société des Grands Magasins du Louvre et transformé en l’hôtel de luxe Hôtel de Crillon.
Au nord-est, côté rue Saint-Florentin, l’Hôtel de Talleyrand ou Hôtel de Saint-Florentin abrite aujourd’hui l’ambassade des États-Unis. Au nord-ouest de la place, côté rue Boissy-d’Anglas, se dressait jusqu’en 1775 le Dépôt des marbres de la Couronne, puis l’Hôtel Grimod de La Reynière, similaire à l’Hôtel de Saint-Florentin mais défiguré par des adjonctions successives. Il fut détruit et remplacé par un pastiche néoclassique construit entre 1931 et 1933 pour accueillir l’ambassade des États-Unis. Cet hôtel, qui s’accorde parfaitement avec l’Hôtel de Talleyrand, rétablit la symétrie du côté nord de la place telle que Gabriel l’avait initialement conçue.
Il est à noter que les hôtels de la place de la Concorde conservent les numérotages les plus anciens de Paris. Ils furent mis en place en 1805, conformément au décret du 4 février 1805 par lequel le préfet Frochot instaura les numéros de rue à Paris intramuros.
Les statues de la place de la Concorde
Les Chevaux de Marly de Guillaume Coustou, qui ornaient l’abreuvoir du château de Marly (environ 30 km de Paris), furent placés à l’entrée des Champs-Élysées en 1795.
À chaque angle de la place octogonale se dresse une statue représentant une ville française : Brest, Rouen, Lyon, Marseille, Bordeaux, Nantes, Lille et Strasbourg.
On raconte que le modèle de Strasbourg fut Juliette Drouet, qui fut la maîtresse du sculpteur James Pradier avant de devenir celle de Victor Hugo. La statue de Strasbourg fut longtemps voilée de crêpe noir et de fleurs en signe de deuil pour l’Alsace-Lorraine, annexée par l’Empire allemand en 1871.
Les fontaines monumentales de la place de la Concorde
Entre 1836 et 1846, la place de la Concorde connut sa dernière grande transformation grâce à l’architecte Jacques-Ignace Hittorff. Les deux fontaines de la place de la Concorde, situées de part et d’autre de l’obélisque, sont en effet l’œuvre de cet architecte : la Fontaine des Mers, placée au sud (côté Seine), et la Fontaine des Fleuves, au nord (côté rue Royale).
À l’époque de leur réalisation – et encore aujourd’hui – la fabrication de ces fontaines fut un véritable exploit. Nous leur avons consacré un article spécial, que vous pouvez consulter en cliquant sur « Fontaines de la place de la Concorde, compagnes inséparables de l’Obélisque ».
Pour accéder au pied de l’Obélisque, au centre de la place de la Concorde, il est impératif d’utiliser les passages piétons !