Place Blanche, édicule Guimard et station de métro la plus profonde de Paris

La place des Abbesses se situe au pied de la butte Montmartre, dans le 18e arrondissement de Paris, dans le quartier de Clignancourt. Cette charmante place est aussi un lieu emblématique du métro parisien : c’est la station la plus profonde de la capitale et son entrée est surmontée d’un des rares édicules Guimard encore « en activité ».
Origine du nom « place des Abbesses »
Dans les 9e et 18e arrondissements, certaines rues perpétuent le souvenir des plus célèbres abbesses, comme Marguerite de Rochechouart, Louise-Émilie de La Tour d’Auvergne, Marie-Éléonore de Bellefond et Catherine de La Rochefoucauld. C’est dans ce secteur que l’abbaye de Montmartre fut fondée en 1134 par le roi Louis VI le Gros, à la demande de son épouse, Adélaïde de Savoie.
L’abbaye de Montmartre et la place des Abbesses
L’entrée de l’abbaye se trouvait à l’est de la place des Abbesses. L’église occupait l’emplacement de l’actuelle rue Yvonne-le-Tac, à l’intersection avec la rue des Martyrs. Les bâtiments conventuels s’étendaient au nord, à l’emplacement de la rue des Martyrs et de son croisement avec la rue La Vieuville. Les jardins de l’abbaye s’étiraient jusqu’à l’actuel marché Saint-Pierre. C’était une abbaye majeure, tout comme ses mères abbesses.
À sa fondation, elle bénéficiait de terres agricoles alentour, d’un hameau, de vestiges paléochrétiens, de l’église Saint-Pierre de Montmartre au sommet de la butte, d’une nécropole antique à mi-pente et d’une petite chapelle dédiée au martyre de saint Denis, le Sanctum Martyrium. Ses bâtiments, accompagnés des jardins et des vignes, formaient un ensemble de 13 hectares.
Composée d’une abbesse, dame des lieux, et d’environ 55 religieuses, dont les converses, elle percevait 30 000 livres de rentes. Cette seigneurie disposait de la haute, moyenne et basse justice. La prison de l’abbaye se situait rue de la Heaumerie et dans le cul-de-sac nommé Four-aux-Dames. Les religieuses y avaient leur auditoire et leur geôle, ce qui était légal.
La destruction de l’abbaye de Montmartre
Mais la Révolution arriva. L’abbaye de Montmartre fut fermée en 1790, vendue en 1794 et démolie, à l’exception de l’église (Saint-Pierre-de-Montmartre).
Au cours de son histoire, entre 1134 et 1790, l’abbaye compta 46 mères abbesses. La dernière occupa ce poste pendant 30 ans, de 1760 à 1790. Il s’agissait de Marie-Louise de Montmorency-Laval (1723-1794). Expulsée de son abbaye avec les autres religieuses le 19 août 1792, elle fut condamnée à mort le 24 juillet 1794 en tant que « l’une des plus cruelles ennemies du peuple […] accusée d’avoir entretenu des intelligences avec les conspirateurs d’outre-Rhin ». Paralysée, sourde et aveugle, elle fut guillotinée le 8 thermidor an II (26 juillet 1794) sur ordre du procureur de la République Fouquier-Tinville.
Ce qui reste de l’abbaye de Montmartre, outre l’église Saint-Pierre-de-Montmartre située sur la butte, est la cloche de la chapelle des Martyrs. Cette cloche surmontait la chapelle de « l’abbaye basse », le Sanctum Martyrium (ou chapelle des Martyrs, aujourd’hui disparue). Elle date de 1623 et fut commandée par la mère abbesse Marie de Beauvilliers, avant d’être rachetée par la Société du Vieux Montmartre. On peut aujourd’hui l’admirer dans le chœur de l’église Saint-Pierre de Montmartre, où elle est déposée.
Après le démantèlement des bâtiments de l’abbaye en 1794, des carriers morcelèrent le sol pour en extraire le gypse.
La ligne 12 du métro et la station Abbesses sur la place des Abbesses
La station Abbesses est la plus profonde du réseau parisien (mais pas du RER). Deux ascenseurs y sont disponibles, mais le marcheur courageux qui emprunte les escaliers peut aussi admirer la fresque peinte. La station Abbesses, située sur la ligne 12, donne accès en surface au bus 40 de la RATP (qui mène au sommet de la butte Montmartre).

La station a été ouverte le 30 janvier 1913, trois mois après l’extension de la ligne jusqu’à la station Jules Joffrin. Son nom vient naturellement de la place des Abbesses, qui fait référence aux supérieures de l’abbaye des Dames de Montmartre, dont plusieurs ont laissé leur nom à des rues des 9e et 18e arrondissements.

La station Abbesses, située entre Pigalle et Lamarck – Caulaincourt, a été creusée en souterrain sous les immeubles de la butte Montmartre, avec une pente de 4 %. En raison du dénivelé en surface, ses quais se trouvent à 36 mètres sous terre, ce qui en fait la station la plus profonde du réseau métropolitain de la RATP.

Elle ne possède qu’un seul accès, situé place des Abbesses, en face du 2, rue La Vieuville. Elle a conservé ses décors d’origine sur les murs d’écho (murs de soutènement de l’époque de sa construction). L’entrée est ornée d’un kiosque Guimard provenant de la station Hôtel de Ville. Il y a été transféré en 1974, bien que la Compagnie Nord-Sud, qui exploitait alors cette station, n’utilisait pas ce type d’édicule. Il a été classé monument historique par arrêté du 29 mai 1978. Deux escaliers en colimaçon ont été rénovés, avec des vues et des fresques plus ou moins liées à Montmartre.
Le kiosque Guimard, style Art Nouveau, controversé, connu dans le monde entier
Les édicules Guimard ont été construits entre 1900 et 1913, à la suite d’un concours apparemment truqué. Guimard l’a finalement remporté « hors concours » dans la polémique, et l’affaire s’est conclue par un litige entre l’artiste et son client, la CMP (Compagnie du Chemin de fer Métropolitain de Paris).

Jusqu’aux années 1960-1970, certains « entourage » de Guimard ont été démontés, et la plupart de ses édicules abandonnés ou détruits. Mais à partir des années 1960, des démontages ont permis des prêts et des dons à des musées publics français ou étrangers, ou à des institutions privées : le Museum of Modern Art de New York a par exemple reçu le portique de la station Raspail, et le Musée national d’art moderne de Paris l’entourage de la station Montparnasse. L’ensemble des édicules Guimard encore en place est progressivement protégé, restauré et parfois mis en réserve. Mais ce n’est que le 29 mai 1978, sous le ministère de Michel d’Ornano, que les 86 édicules alors recensés sur les 167 créés par Guimard ont été classés monuments historiques, une protection renouvelée le 12 février 2016 avec l’ajout de l’entourage oublié de la place de la Nation.

Une douzaine d’édicules Guimard sont exposés dans des musées à travers le monde. L’un d’eux sert d’entrée à la station Van Buren Street à Chicago, sur le réseau de trains de banlieue Metra.

Hector Guimard a épousé la peintre Adeline Oppenheim en 1909. Il est mort à New York en 1942.
La place des Abbesses et « Notre-Dame-des-Briques »
Lorsque le voyageur du métro arrive sur la place, il découvre la station de métro avec son « kiosque » Guimard, le manège pour enfants, les réverbères en fonte et la fontaine Wallace.

En face, au sud-ouest de la place, au 19, rue des Abbesses, se dresse l’église Saint-Jean-l’Évangéliste, surnommée « Notre-Dame-des-Briques » depuis 1904. Elle mêle influences byzantines et Art Nouveau. De part et d’autre, dans les rues des Abbesses, Durantin, de la Vieuville, Yvonne-le-Tac… alternent boutiques branchées et terrasses de cafés où il fait bon s’arrêter.

À proximité, dans la place Jéhan-Rictus créée en 1936, un mur en lave émaillée de Frédéric Baron et Claire Kito. Le « Je t’aime » y est décliné en 311 langues.