Palais des Tuileries, un fantôme dans l'histoire de France
Le palais des Tuileries est un palais aujourd’hui détruit dont la construction commença en 1564 sous l’impulsion de la reine Catherine de Médicis. Sur ce site se trouvaient trois fabriques de tuiles établies en 1372.
Pour stimuler votre imagination, nous avons regroupé 3 photos historiques dans la galerie latérale : le palais des Tuileries avant 1871, pendant l’incendie et ce qu’il en reste après.
Origine de ce bâtiment aujourd’hui fantôme
En 1500, Nicolas de Neufville, secrétaire des Finances, y fit construire un hôtel. Louise de Savoie, mère de François Ier, gênée par les eaux stagnantes de la résidence royale, l’hôtel des Tournelles, place des Vosges, vint s’y installer.
Le roi Henri II mourut accidentellement lors d’un tournoi à l’hôtel des Tournelles en 1559. Catherine de Médicis, sa veuve, quitta ces lieux. Son fils Charles IX ordonna leur démolition en 1563. Elle acheta alors la maison des Tuileries, plusieurs propriétés voisines ainsi qu’un vaste terrain appartenant à l’hôpital des Quinze-Vingts.
Elle les fit raser et demanda aux architectes Philibert Delorme, puis après sa mort en 1570, Jean Bullant, de construire un palais en ces lieux. Celui-ci devait s’élever à l’ouest du Louvre, en direction de l’actuel avenue des Champs-Élysées. Le projet initial, ambitieux, se limita à l’aile ouest. Un grand jardin à l’italienne, l’actuel jardin des Tuileries, fut aménagé entre le château et le glacis de l’enceinte (actuelle place de la Concorde).
Des travaux interrompus après un faux départ
Sous le règne de Charles IX (né en 1550, roi de 1560 à 1574), le chantier des Tuileries fut progressivement abandonné. Henri III y donna quelques fêtes, mais n’y résida pas. Au début du XVIIe siècle, Henri IV décida de relier le Louvre au palais des Tuileries en construisant une longue galerie le long de la Seine, dont le début existait depuis plusieurs années. À partir de ce moment, on parla du « Grand Dessein ».
Henri IV et son fils, le « Grand Dessein »
La Grande Galerie ou Galerie du bord de l’eau (qui existe toujours au Louvre) fut construite entre 1607 et 1610 par Jacques II Androuet du Cerceau. Dans le même temps, le palais des Tuileries fut prolongé vers le sud par une aile appelée Petite Galerie, destinée à relier le pavillon Bullant à la Grande Galerie. À l’intersection des deux bâtiments fut construit un pavillon, appelé pavillon de la Rivière (rebaptisé pavillon de Flore en 1669). Le Louvre et le palais des Tuileries se trouvaient désormais reliés.
Le palais des Tuileries sous Louis XIV
C’est Louis XIV (petit-fils d’Henri IV) qui décida de reprendre les travaux. Le palais des Tuileries était en effet asymétrique. Entre 1659 et 1666, Louis Le Vau et François d’Orbay construisirent d’abord un pavillon symétrique à celui de Bullant, puis enfin un pavillon pour équilibrer le pavillon de Flore, appelé d’abord « pavillon de Pomone », puis « pavillon de Marsan ». Entre 1666 et 1667, le peintre Charles Le Brun dirigea divers projets au palais des Tuileries avec une grande équipe de peintres. Le palais était désormais symétrique et achevé du nord au sud.
Cependant, l’édifice souffrait d’une grande hétérogénéité architecturale. Le roi ordonna qu’il soit profondément remanié par Le Vau : le pavillon central, les ailes qui l’encadraient, ainsi que la Petite Galerie, furent également reconstruits.
Le palais des Tuileries dans son ensemble
Il mesurait 260 mètres de long, du pavillon de Marsan au nord au pavillon de Flore au sud. À l’ouest du palais s’étendait le jardin des Tuileries, jusqu’à la future place Louis XV (actuelle place de la Concorde). À l’est se trouvait une vaste cour, la cour du Carrousel, elle-même prolongée par une place (la place du Carrousel), puis par un quartier de vieilles maisons (situé à l’emplacement de l’actuelle pyramide de verre), et enfin par la cour Carrée du Louvre.
L’histoire de France au sein des murs du palais des Tuileries jusqu’à la Révolution
Pendant cette période, les principaux habitants des Tuileries furent la duchesse de Montpensier, dite la Grande Mademoiselle (de 1638 à 1652), Louis XIV (de 1664 à 1667) et Louis XV (de 1715 à 1722). Le palais fut ensuite déserté et occupé par des courtisans ou des artistes à qui le roi accordait des logements privilégiés, ainsi que par des artistes, des retraités et des gens de toutes conditions.
Pendant la Révolution et le Consulat
Lors des journées révolutionnaires d’octobre 1789, Louis XVI, Marie-Antoinette et leurs enfants s’installèrent au palais le 6 octobre 1789, après avoir été ramenés du château de Versailles par les émeutiers. Les Tuileries entrèrent dans l’histoire : pendant 80 ans, le palais fut la résidence principale des rois et des empereurs, ainsi que le théâtre d’événements politiques majeurs.
La famille royale résida dans le palais pendant trois ans. Le 21 juin 1791, elle tenta de s’enfuir, mais fut arrêtée à Varennes et contrainte de revenir aux Tuileries. Puis, le 10 août 1792, à sept heures du matin, elle fut forcée de quitter le palais, assiégé par les émeutiers, pour se réfugier à la salle du Manège, qui abritait l’Assemblée législative et se trouvait le long du jardin (à l’emplacement actuel du carrefour entre les rues de Rivoli et Castiglione).
Locataires temporaires jusqu’à l’arrivée de Napoléon Ier
La garnison des Gardes suisses resta en place autour du palais désormais vide. Le palais fut envahi et pillé, et près de 600 gardes périrent, soit au combat, soit massacrés par la foule. Le 21 août 1792, la guillotine fut dressée place du Carrousel, à l’est du palais.
Le 10 mai 1793, la Convention s’installa aux Tuileries, dans la Galerie des Machines. Rien ne fut modifié dans l’aspect extérieur des Tuileries. En revanche, l’arrivée de l’Assemblée nationale fut marquée par l’inscription sur la façade du palais de trois mots clés de la mythologie républicaine. Le mot Unité fut gravé sur le pavillon de l’Horloge (au centre), Liberté sur le pavillon Marsan, et Égalité sur le pavillon de Flore. Enfin, un bonnet phrygien fut planté au sommet du pavillon de l’Unité. Le Comité de salut public occupa la Petite Galerie, tandis que le Comité de sûreté générale s’installa dans un hôtel particulier situé au nord de la cour du Carrousel, près du pavillon Marsan. De nombreux événements s’y déroulèrent, notamment la proscription des Girondins et la chute de Robespierre.
Sous le Directoire, les Tuileries abritèrent le Conseil des Anciens (1795-1799) jusqu’à sa suppression le 10 novembre 1799. Plus aucune assemblée parlementaire ne siégea ensuite au palais des Tuileries.
Le palais des Tuileries sous le Premier Empire
Le 19 février 1800, Napoléon Bonaparte, premier consul, s’installa au palais. Il prit le second étage comme logement, occupant l’ancien appartement du roi (il dormait dans la chambre de Louis XIV, Louis XV et Louis XVI). Si Cambacérès, second consul, préféra résider à l’hôtel d’Elbeuf, le troisième consul Lebrun s’installa au pavillon de Flore.
Devenu empereur, Napoléon Ier fit des Tuileries sa résidence officielle. C’est également entre 1806 et 1808 que les architectes construisirent l’arc de triomphe du Carrousel. Cet édifice s’inspirait de l’arc de Septime Sévère à Rome. La place du Carrousel servit fréquemment aux revues de la Garde par Napoléon.
Parallèlement, afin de poursuivre le Grand Dessein entamé sous Henri IV, Napoléon fit construire entre 1807 et 1815 une aile qui fermait la cour du Carrousel au nord, et qui s’étendait du pavillon de Marsan jusqu’à hauteur de la rue de Rohan, le long de la rue de Rivoli.
Le 28 novembre 1804, le pape Pie VII, venu à Paris pour sacrer Napoléon, s’installa au palais, où il résida jusqu’au 4 avril 1805. Il occupa l’ancien appartement de Madame Élisabeth, au deuxième étage du Pavillon de Flore.
La naissance de l’héritier de Napoléon et la fin du Premier Empire
C’est au premier étage de l’aile sud que naquit, en mars 1811, Napoléon II, fils de Napoléon et de Marie-Louise, roi de Rome. L’Empereur lui attribua un appartement voisin de celui de sa mère, qui avait été occupé par le grand maréchal du palais, Duroc.
En 1814, Napoléon quitta le palais, remplacé par Louis XVIII, avant d’y revenir le 20 mars 1815 et de le quitter définitivement après la défaite de Waterloo.
La Restauration et la monarchie de Juillet (1815-1848)
De retour aux Tuileries en juillet 1815, Louis XVIII fut le seul roi de France à y mourir (1824). Son frère Charles X lui succéda, jusqu’à ce que la révolution de Juillet 1830 le chasse et que le palais soit de nouveau pillé par les émeutiers. Les Tuileries restèrent inhabitées jusqu’au 21 septembre 1831, date à laquelle le nouveau roi Louis-Philippe, qui préférait résider dans sa résidence familiale, le Palais-Royal voisin, fut contraint d’y emménager par Casimir Perier, soucieux de rehausser le prestige de la monarchie de Juillet. Son épouse, la reine Marie-Amélie, le trouva triste et le compara à une casbah. La famille royale s’installa au premier étage de l’aile sud.
Les journées de février 1848 chassèrent à nouveau la famille royale des Tuileries, qui fut une fois de plus pillée. Après avoir été transformé en hospice pour invalides de guerre, le palais redevint une résidence officielle lorsque Louis-Napoléon Bonaparte, président de la République, s’y installa avant d’être proclamé empereur le 2 décembre 1852.
Les Tuileries sous le Second Empire
Le Second Empire fit des Tuileries la résidence impériale. Les fêtes et cérémonies lui donnèrent un éclat inégalé. Le 29 janvier 1853, le palais fut le théâtre du mariage civil de l’empereur Napoléon III et d’Eugénie de Montijo.
L’empereur concrétisa le Grand Dessein souhaité par Henri IV et poursuivi par Napoléon en faisant relier les Tuileries au Louvre. Les bâtiments et les galeries qui séparaient encore la place du Carrousel de la cour Carrée du Louvre furent détruits. Les architectes Visconti, puis Lefuel, édifièrent de nouveaux bâtiments de part et d’autre de cet espace, rebaptisé cour Napoléon III. Le 14 août 1857, Napoléon III inaugura le « Nouveau Louvre », unifié au palais des Tuileries. De 1857 à 1871, pour la première fois, le palais des Tuileries et le palais du Louvre formèrent un ensemble unique, une « cité impériale » au cœur de Paris, le plus vaste et l’un des plus majestueux d’Europe.
Après la défaite de Sedan, l’impératrice Eugénie quitta le palais des Tuileries le 4 septembre 1870, sous les clameurs de la foule. Elle s’enfuit par le Pavillon de Flore, d’où elle passa dans la Grande Galerie du Louvre.
L’incendie et la destruction des Tuileries
Devenue maîtresse des lieux, la Commune de Paris (1871) fit des Tuileries le cadre de fêtes et de concerts : des « concerts communards » eurent lieu dans le Salon des Maréchaux, avec la participation du tragédien Agar. Le 10 mai 1871, une soirée artistique fut organisée au profit des blessés de la Garde nationale. Le 18, trois concerts consécutifs attirèrent une foule immense.
Les 22 et 23 mai 1871, les communards Alexis Dardelle, Henri-Marius-Bergeret, Victor Bénot, Étienne Boudin et Madeuf firent entrer dans la cour cinq fourgons chargés de barils de poudre, de goudron liquide et d’essence de térébenthine, qu’ils placèrent sous le péristyle du pavillon central. Le 23, une trentaine de fédérés, sous les ordres de Bénot, le « garçon boucher », Bergeret et Boudin, parcoururent tous les appartements du palais pour asperger murs et sols de seaux d’huile.
Un baril de poudre fut placé dans le vestibule du Pavillon de l’Horloge, trois autres au bas de l’escalier d’honneur, tandis qu’un tas de matériaux inflammables était entreposé dans le Salon des Maréchaux. Les communards enduisirent de goudron l’autel et l’orgue de la chapelle, ainsi que les boiseries du théâtre. Le feu fut allumé par Bénot et l’édifice tout entier s’embrasa instantanément. Peu avant 21 heures, l’horloge du palais s’arrêta sous l’effet des flammes. Vers 23 heures, une explosion ébranla le pavillon central, projetant la coupole dans un embrasement général.
Le palais brûla pendant trois jours, et l’incendie gagna une partie du Louvre avant que les fers ne fondent les bronzes, réduisant les marbres en poussière. Bergeret et ses hommes, après avoir commandé un repas froid, dînèrent sur la terrasse du Louvre en contemplant l’incendie. Le 27 mai, il ne restait des Tuileries que des murs noircis. Le palais et le musée du Louvre échappèrent cependant aux flammes grâce à l’obstination de quelques-uns.
(1) La « Commune » dura 72 jours, du 18 mars 1871 à la « Semaine sanglante » du 21 au 28 mai 1871. Cette insurrection refusa de reconnaître le gouvernement issu de l’Assemblée nationale constituante (après la chute de Napoléon III), fraîchement élu au suffrage universel masculin dans les territoires non occupés par l’armée prussienne. Elle opta pour une organisation de type libertaire pour la ville, fondée sur la démocratie directe, qui donnera naissance au communisme municipal.
Démolition du palais des Tuileries et sa vente aux enchères
Au début des années 1870, l’architecte Lefuel restaura le Pavillon de Flore et reconstruisit le Pavillon de Marsan. Dès 1872, de nombreuses pétitions et demandes furent déposées pour la restauration du palais, en totalité ou en majeure partie. En réalité, le bâtiment était réparable, car seuls les planchers, la toiture et les décors avaient été entièrement consumés. Haussmann, Lefuel et Viollet-le-Duc proposèrent des projets pour sauver les ruines ou reconstruire un nouveau palais. Mais le projet fut compromis par la mort de Viollet-le-Duc le 17 septembre 1879, puis par celle de Léonce Reynaud le 14 février 1880, et enfin par celle d’Hector Lefuel le 26 décembre 1880, tous trois experts favorables à la reconstruction.
Le nouvel architecte chargé du chantier, Charles Garnier (celui de l’Opéra du même nom), était en revanche hostile à la restauration. Dans son rapport du 30 mai 1881, il évoqua les difficultés de reconstruction : ruines trop longtemps exposées aux intempéries pour être préservées, ailes trop étroites, nécessité de créer des caves contre l’humidité… et il proposa la construction d’un nouvel édifice (probablement sous sa direction !).
Malgré la chute du gouvernement Gambetta fin janvier 1882, la Chambre des députés vota le projet de loi Proust le 21 mars 1882 pour la destruction des Tuileries, adopté par le Sénat le 28 juin 1882. Charles Garnier pilota le nivellement des ruines à partir de juin 1882 et poursuivit les travaux après l’attribution des décombres à l’entrepreneur Achille Picart le 4 décembre 1882. Le 30 septembre 1883, il ne restait plus rien des ruines des Tuileries. Seuls subsistaient les pavillons de Flore et de Marsan, ainsi que deux galeries menant aux guichets du Louvre. Désormais, une vaste perspective s’ouvrait du jardin des Tuileries au palais du Louvre, révélant l’arc de triomphe du Carrousel.
En 1882, une vente aux enchères fut organisée, l’architecte Charles Garnier ayant dressé un plan des ruines à l’intention des acquéreurs potentiels. L’État veilla à préempter certains éléments afin de préserver, pour le public, quelques souvenirs. Pour 33 500 francs, l’entrepreneur de démolition Achille Picart remporta l’adjudication et s’engagea à évacuer les ruines sous six mois. Il n’avait pas l’intention de les conserver, mais de les revendre au détail, à une époque où la grande bourgeoisie et les industriels achetaient des châteaux à des nobles ruinés et récupéraient des éléments architecturaux éclectiques, comme d’autres.
La dispersion des ruines du palais des Tuileries
L’achat « en pièces détachées » du palais des Tuileries connut un engouement « mondial ». Pierres, frontons, statues furent dispersés pour orner d’autres édifices et châteaux à Paris, en région parisienne, en province, en Corse, mais aussi à l’étranger. À Quito (Équateur), sur le palais présidentiel (palais Carondelet) situé sur la Plaza Grande, dans le quartier colonial, des balustrades du palais des Tuileries achetées en France ornent la façade. On trouve également des vestiges à la Villa dei Palmi à Bordighera (Italie). Une colonne corinthienne, intégrée à une partie de mur, se dresse sur l’île de Schwanenwerder (Berlin-Wannsee).
Les projets de reconstruction
Depuis la destruction du palais des Tuileries, l’idée d’une reconstruction du complexe Louvre-Tuileries a été avancée à plusieurs reprises. Notamment sous la Troisième République, puis sous la Cinquième, plusieurs gouvernements ont envisagé de rebâtir le palais.
Plus récemment, en 1958, alors revenu au pouvoir et souhaitant quitter l’Élysée, le général de Gaulle envisagea également sa reconstruction et d’en faire la résidence du président de la République ; il chargea ainsi l’architecte Henry Bernard d’étudier ce projet.
Depuis 2002, un comité national milite pour la reconstruction des Tuileries. En revanche, le Comité français d’histoire de l’art s’y oppose farouchement. Tant de divergences de vues !
Que sont devenus les incendiaires du palais des Tuileries ?
Sa destruction fut l’œuvre d’un incendie criminel le 23 mai 1871, allumé par les Communards Jules-Henri-Marius Bergeret, Victor Bénot, Alexis Dardelle, Étienne Boudin, Louis Madoff et quelques autres. En réalité, ils étaient une trentaine environ.
Jules-Henri-Marius Bergeret, leur chef, parvint à quitter Paris. Condamné à mort par contumace par le Conseil de guerre, il s’enfuit à Londres, puis à New York, qu’il quitta rapidement pour Jersey, où il ouvrit un atelier de photographie et devint membre de la « Société des républicains socialistes réfugiés à Jersey ». Il revint à New York, où il mourut en 1905 dans une grande pauvreté.
Victor Bénot, ancien soldat, condamné et exclu de l’armée pour avoir vendu des vêtements et commis des « magouilles », devint garçon boucher, puis fut élu le 31 mars 1871 à la tête de son bataillon de Communards. Arrêté le 28 mai 1871, il fut exécuté le 22 janvier 1873.
Etienne Boudin, ancien soldat lui aussi, fut réformé avec un certificat de bonne conduite et reprit son métier de menuisier à Paris, où il vivait rue Salneuve (17e arrondissement). Il travailla même aux Tuileries, dans les appartements de l’impératrice. Le 19 mars 1871, pendant la Commune, il devint capitaine adjoint des Tuileries. Arrêté en septembre dans un atelier de menuiserie à Clichy, il fut accusé par des témoins d’avoir ordonné l’incendie du 22 mai, lors de l’exécution du pharmacien Koch, arrêté à son domicile, rue de Richelieu, pour s’être opposé à la construction d’une barricade. Boudin fut également tenu pour responsable du pillage du Louvre et de l’incendie des Tuileries. Condamné à mort le 16 février 1872, son pourvoi en cassation ayant été rejeté, il fut fusillé au camp militaire de Satory.
Alexis Dardelle, fréquentait surtout les cabarets et tenta en vain de faire carrière comme musicien et comédien sur les scènes de Montmartre et en banlieue. Le 22 mars, il fut nommé gouverneur des Tuileries avec le grade de colonel, chargé d’y inventorier les objets non pillés. Le 6 mai, le Comité de salut public ordonna son arrestation pour « détournement d’objets d’art et relations avec l’ennemi » : la seconde accusation au moins était fausse, mais l’ordre signé envoya Dardelle à la prison de Mazas, d’où il fut libéré le 12 mai grâce à un certain Rigault et à l’intervention de Courbet. Le 23 mai, il fit évacuer les employés encore présents aux Tuileries en leur annonçant que tout allait sauter. Une fois l’incendie déclaré, il rejoignit Bergeret sur la terrasse du Louvre pour contempler les flammes. Il disparut ensuite de Paris. Le 1er février 1879, Alexis Dardelle se trouvait à Londres. Il mourut le 5 mai 1888 à Paris.
Madeuf Louis, dit Armand. Condamné le 8 août 1867 par la cour d’assises de la Haute-Vienne à un an de prison pour attentat à la pudeur, puis le 3 janvier 1870 à Bordeaux (Gironde) à cinq mois de prison et dix francs d’amende pour outrage public à la pudeur.
Sous la Commune de Paris, il fut chef d’escadron et chef d’état-major du gouverneur des Tuileries. Il aurait participé à l’incendie du palais.
Condamné par contumace le 12 octobre 1872 par le 10e conseil de guerre à la peine de mort, il fut arrêté le 20 mars 1875 à Perpignan. Son procès, le 19 mai 1875, aboutit à une condamnation aux travaux forcés à perpétuité. Sa peine fut ensuite commuée en 1880 en celle de la déportation en Nouvelle-Calédonie. Il y mourut sur la presqu’île Ducos (acte dressé le 3 mai 1880).