Palais de l'Élysée, pouvoir et symbole de la République française

Le palais de l’Élysée fut d’abord, pendant quelques années, un hôtel particulier avant de devenir un palais où se sont succédé histoire et anecdotes jusqu’à son affectation actuelle comme résidence des présidents de la République française. Il se situe dans la partie basse des Champs-Élysées, à proximité des jardins des Champs-Élysées.
Le palais de l’Élysée et le comte d’Évreux – une histoire particulière
Louis-Henri de La Tour d’Auvergne, un comte d’Évreux sans le sou âgé de 32 ans, épousa la fille de 12 ans d’Antoine Crozat, le principal financier du royaume. Un échange de bons procédés : un titre contre une dot colossale (2 millions de livres). L’ambitieux comte demanda alors au Régent du royaume (qui gouvernait en attendant la majorité du roi) le capitanat des chasses de Monceaux. Cette charge honorifique fut acceptée « à la condition qu’il fasse bâtir à Paris un hôtel digne de ce nom » : ce fut l’hôtel d’Évreux, futur palais de l’Élysée, situé au 55 rue du Faubourg-Saint-Honoré à Paris (entrée principale). Construit avec l’argent du beau-père par les architectes Armand Claude Mollet puis Jules Michel Alexandre Hardouin, cette adresse se trouvait alors au cœur d’un quartier populaire, simple chemin bordé de masures couvertes de chaume et de modestes échoppes. Pour clore cette sombre histoire, le comte d’Évreux chassa sa jeune épouse le 14 décembre 1720, jour du bal d’inauguration de l’hôtel, en présence de sa maîtresse, la duchesse de Lesdiguières.
Le palais de l’Élysée après le comte d’Évreux et jusqu’à la Révolution
Ce palais a toujours été étroitement lié aux événements historiques et politiques de la France. Construit pour Louis-Henri de La Tour d’Auvergne, il fut ensuite acheté et offert en 1753 par le roi Louis XV à sa favorite, la marquise de Pompadour. Celle-ci en fit sa résidence parisienne après d’importants et coûteux travaux, financés par le royaume de France. À la mort de la marquise, le 15 avril 1764, le palais de l’Élysée servit de dépôt de meubles (pour la vente de ses effets), puis fut racheté en 1773 par le banquier Nicolas Beaujon, qui le fit redécorer. On raconte qu’il y entretenait lui-même cinq ou six maîtresses, surnommées les « Berceuses ». En 1786, il le vendit en viager au roi Louis XVI, qui souhaitait y loger les ambassadeurs et souverains étrangers de passage à Paris. Ce projet ne vit jamais le jour, et Louis XVI céda le palais à sa cousine, Bathilde d’Orléans.
Note :
La mode du « retour à la nature » de l’époque de Madame de Pompadour transforma le parc en un pâturage où paissait un troupeau de moutons aux cornes dorées et au cou orné de rubans. Un jour où la marquise décida de les faire entrer dans son boudoir pour les présenter à ses invités, le bélier, croyant avoir affaire à un rival, chargea son reflet dans un grand miroir, entraînant le troupeau qui saccagea la pièce.
Le palais, propriété de Bathilde d’Orléans, duchesse de Bourbon
Bathilde d’Orléans, fantasque et passionnée d’astrologie, de chiromancie et d’occultisme, fut écartée de la cour pour sa frivolité. Surnommée plus tard « Citoyenne Vérité » en raison de son esprit républicain naissant pendant la Révolution, elle vit son frère, surnommé « Philippe-Égalité », voter la mort de son cousin le roi Louis XVI. Lui-même sera guillotiné. Son fils deviendra roi des Français en 1830 sous le nom de Louis-Philippe Ier et sera renversé lors de la Révolution de 1848.
Malgré ses liens avec les révolutionnaires, la duchesse Bathilde d’Orléans fut emprisonnée un an et demi au fort Saint-Jean à Marseille et ne dut son salut qu’à un miracle, échappant de justesse à la Terreur. Le palais de l’Élysée subit cependant de nombreux dommages durant ces années troubles.

En janvier 1797, le Directoire restitue officiellement la possession de l’hôtel à la duchesse de Bourbon. Cependant, celle-ci ne peut plus entretenir cette vaste demeure et se voit contrainte de louer le premier étage à Benoît Hovyn et son épouse Joanne La Violette, qui en font un établissement de « plaisirs » et y organisent bals populaires, jeux, conférences et concerts (les Parisiens cherchent à se distraire, la Terreur étant encore dans toutes les mémoires).
Le coup d’État du 18 fructidor an V (4 septembre 1797) est une opération politique menée sous le Directoire par trois des cinq directeurs (dont Paul Barras), soutenus par l’armée, contre les royalistes, devenus majoritaires au Conseil des Cinq-Cents et au Conseil des Anciens. Bathilde d’Orléans est arrêtée et conduite, avec sa belle-sœur et son cousin le prince de Conti, jusqu’à la frontière espagnole (elle ne reverra la France que dix-sept ans plus tard, à la chute du Premier Empire). Le Directoire vend alors l’hôtel comme bien national, le bail des Hovyn – initialement de neuf ans – est résilié, et un nouvel établissement ouvre ses portes le 21 juin 1797. Il prend le nom de Palais de l’Élysée, en référence à la promenade voisine du même nom. L’inauguration est somptueuse : un ballon à air chaud installé dans les jardins emporte un mouton dans les airs, qui est ensuite descendu en parachute. Le succès est au rendez-vous, avec parmi les habitués les Créoles Fortunée Hamelin et Joséphine de Beauharnais (future deuxième épouse de Napoléon Ier), ainsi que les Incroyables et les Merveilleuses ; de jeunes filles vêtues en sauvages ou à la grecque dansent pour le public.
L’Élysée sous le Consulat et jusqu’au départ de Napoléon Ier
Le Consulat, en 1799, met fin à ces années de fantaisie. Après huit ans d’utilisation comme lieu public, l’hôtel est dans un état déplorable. Le beau-frère de l’empereur Napoléon Ier, le maréchal d’Empire Joachim Murat, achète la propriété à la fille ruinée de Hovyn le 6 août 1805 pour 570 000 francs et y entreprend d’importants travaux. Il s’y installe avec son épouse Caroline Bonaparte et en fait l’une de ses nombreuses résidences luxueuses. L’hôtel prend alors le statut de palais. Il est aussi le théâtre de fêtes somptueuses et de scènes tumultueuses entre les Murat, mais aussi entre Napoléon Ier et le général Jean-Andoche Junot. Ce dernier fut un temps l’amant de la sœur de Caroline Bonaparte. Murat, devenu roi de Naples en 1808, Napoléon en fait sa résidence pendant quelques mois, puis, après sa rupture avec Joséphine, l’Empereur lui offre le palais. La période des Cent-Jours permet à l’Empereur de s’y installer du 21 au 25 juin 1815 au matin, après son abdication du 22 juin dictée à son frère dans la salle d’argent.
Le Palais de l’Élysée jusqu’à Napoléon III
Après l’abdication de Napoléon Ier, le Palais de l’Élysée est occupé par le lord Wellington, commandant des troupes alliées en France, qui le laisse dans un état pitoyable.

Louis XVIII rentre en France et offre le Palais de l’Élysée à son héritier et neveu, le second fils du roi Charles X : le duc de Berry, en décembre 1815. Le 13 février 1819, il sera assassiné par l’ouvrier Louvel. Son épouse, enceinte, donnera naissance au comte de Chambord, qui en 1871 refusera le drapeau tricolore et laissera échapper la possibilité de monter sur le trône de France.

Plus tard, Louis-Napoléon Bonaparte (neveu de Napoléon Ier, futur Napoléon III) le fait aménager en résidence « à l’anglaise » lorsqu’il devient président de la Deuxième République (1848-1852). Depuis cette date, il est la résidence officielle du président de la République – quand la France est une République, bien sûr !

Cependant, lorsqu’il devint empereur Napoléon III, il s’installa au palais des Tuileries. Mais en 1853, bien qu’installé aux Tuileries, Napoléon III décida de faire entièrement rénover le palais par un nouvel architecte, Joseph-Eugène Lacroix. Le palais de l’Élysée devint alors le « hôtel officiel des souverains en visite à Paris », et Napoléon III y organisa des fêtes grandioses, notamment dans la salle de bal aménagée à l’ouest du palais. Les structures actuelles du palais datent pour l’essentiel de cette époque, et l’ensemble de ces travaux, achevés en 1867, constituent les derniers grands aménagements. Depuis Louis XV et à travers ses nombreux occupants, l’hôtel puis le palais a été maintes fois modifié, tant à l’extérieur qu’à l’intérieur.

Note
Après les rénovations achevées en 1867, sur les 7 tapisseries prévues, 5 furent détruites par l’insurrection de la Commune de Paris en 1871. Le palais de l’Élysée échappa à la destruction totale des Communards grâce à de faux sceaux décorés du sceau du gouvernement fédéral apposés par Louis Basset de la Belavalle.

Les Présidents de la République depuis 1871 jusqu’à aujourd’hui
La France a connu cinq Républiques. La 1re couvre la période des régimes républicains de septembre 1792 à mai 1804 (Napoléon devient Napoléon Ier). La 2e s’étend de 1848 à 1851 (Louis-Napoléon Bonaparte est président). La 3e va de septembre 1870 à juillet 1940, la 4e de 1946 à 1958, et la 5e existe depuis cette date.

Vingt-cinq présidents se sont succédé à l’Élysée depuis Louis-Napoléon Bonaparte. Cliquez ici pour en savoir plus sur leurs noms et leurs mandats.
Quelques anecdotes liées au palais de l’Élysée
Quatre présidents sont morts en fonction. Le président Sadi Carnot fut assassiné à Lyon et rapatrié au palais en juin 1894. Le président Paul Doumer fut assassiné à Paris en mai 1932 par un émigré russe. Le président Pompidou mourut dans son appartement parisien en 1974, après une longue maladie.
Félix Faure fut le quatrième à mourir en cours de mandat et le seul à décéder dans l’enceinte même de l’Élysée, le 16 février 1899, quatre ans après son élection. Un « fait historique » aux circonstances entrées dans la légende : il serait mort dans les bras de sa maîtresse, Marguerite Steinheil. Cela alimenta moqueries, rumeurs et quolibets.

Le président Jules Grévy démissionna le 2 décembre 1887 à la suite du scandale provoqué par la découverte d’un trafic de décorations impliquant son gendre, Daniel Wilson.
Le président Paul Deschanel, victime d’un état anxio-dépressif et du syndrome d’Elpénor, tomba du train présidentiel de nuit en mai 1920 – sans se blesser ni que ses gardes du corps s’en aperçoivent. Sept mois après son investiture, des rumeurs de folie circulèrent et il démissionna de l’Élysée.
Plus récemment, le président François Hollande fut photographié descendant d’un scooter conduit par l’un de ses gardes du corps, sous les fenêtres de l’appartement de son actrice maîtresse, Julie Gayet, en pleine nuit. À nouveau, la presse satirique s’en donna à cœur joie.

Le 10 juin 1940, le palais accueillit le dernier Conseil des ministres parisien de la Troisième République. Abandonné entre 1940 et 1946, il ne fut pas réquisitionné par les Allemands pendant la Seconde Guerre mondiale. Le général de Gaulle, à la tête du gouvernement provisoire, s’installa à l’hôtel de Brienne. Ce n’est qu’en 1947 que le président Auriol réintégra l’Élysée, suivi par le président Coty, élu en 1953 jusqu’à la fin de la Quatrième République, le 31 décembre 1958. Puis vinrent, avec la Cinquième République, le général de Gaulle, Valéry Giscard d’Estaing, François Mitterrand, Jacques Chirac, Nicolas Sarkozy, François Hollande et Emmanuel Macron.

La visite de la résidence des présidents français
Le Palais de l’Élysée ne se visite qu’un seul jour par an : lors des Journées européennes du patrimoine, le 3ᵉ week-end de septembre.

Mais en cliquant sur « Visite virtuelle du Palais de l’Élysée », vous pourrez découvrir virtuellement les bureaux, les salons et les couloirs du bâtiment. Disponible en français et en anglais.

Le Palais de l’Élysée se compose de

Le bâtiment central (bâtiment principal), encore appelé « Hôtel d’Évreux ». Le premier étage du bâtiment principal a une fonction strictement officielle : il abrite les salons de réception et de travail, utilisés pour les réceptions et les rencontres avec des hôtes étrangers ou pour les réunions du Conseil des ministres. (1)
Premier étage : L’accès au deuxième étage se fait par plusieurs escaliers, notamment le grand escalier Murat, qui relie le vestibule d’honneur aux deux antichambres desservant les bureaux du président de la République et de ses principaux collaborateurs.
L’aile est L’aile est du palais, en forme de L, encadrant le petit jardin français ou le jardin privé du président, est traditionnellement réservée aux appartements privés du couple présidentiel. Le rez-de-chaussée y est principalement utilisé pour les réceptions ou les fonctions semi-officielles, tandis que le premier étage abrite la résidence proprement dite du couple présidentiel.
L’aile ouest Dans le prolongement du salon Murat, l’aile ouest est essentiellement destinée aux grandes réceptions d’État.

(1) Note :
Le Palais et la vie politique française : le Conseil des ministres
Le Palais abrite chaque mercredi matin le Conseil des ministres. Il est de coutume que le Premier ministre s’installe en face du président de la République, autour d’une longue table aux extrémités arrondies. Traditionnellement, le ministre des Affaires étrangères fait un bref exposé sur l’actualité internationale. Puis, le président de la République donne la parole aux différents ministres dont l’action figure à l’ordre du jour ou qui doivent défendre un projet de loi, avant de conclure le Conseil en ajoutant éventuellement une remarque sur un sujet précis, s’il souhaite lui donner un écho particulier.
Le Conseil prend également des mesures de nature individuelle (nomination ou promotion de hauts fonctionnaires tels que les préfets, les officiers généraux, les procureurs, les recteurs d’académie, les membres de la Commission des sondages, etc.). Le président signe les actes délibérés en Conseil. À l’issue du Conseil, un communiqué officiel est publié et souvent commenté par le porte-parole du gouvernement. En août, le Conseil prend généralement trois semaines de vacances.

Le parc du Palais de l’Élysée
Sous le comte d’Évreux, le jardin est aménagé dans le style classique français (jardin à la française), « très discipliné, très travaillé, très symétrique ».

Sous la Troisième République, la porte du Coq (26, avenue Gabriel 75008 PARIS) fut créée à l’arrière du parc par Adrien Chancel (qui supervisa également la construction de la salle des fêtes) à la demande du président Émile Loubet. Elle sert d’entrée aux invités privés du couple présidentiel.

Ce jardin de deux hectares (20 000 m², dont 7 000 m² de pelouse) se présente aujourd’hui comme une longue pelouse incurvée, bordée d’arbres, de fleurs, de bosquets, d’un labyrinthe et d’une fontaine. Depuis 1990, le jardinier Yannick Cadet organise l’aménagement du parc, assisté de neuf jardiniers.

Le parc compte un total de cent espèces d’arbres et d’arbustes. On y trouve trois platanes bicentenaires datant de Bathilde d’Orléans, duchesse de Bourbon, dont le plus imposant mesure 5,20 mètres de circonférence, ainsi que des buis et des variétés d’hibiscus. Il abrite également cent variétés de rosiers et trente variétés de rhododendrons. La plantation des fleurs printanières donne lieu à l’importation de 20 000 bulbes de jacinthes et de tulipes, et de 17 000 pour les fleurs estivales. Un bonsaï géant orne également le parc.
Le Palais de l’Élysée en chiffres
La surface exploitée du site est de 11 179 m² (un peu plus d’un hectare seulement, soit un carré de 100 m × 100 m), dont 300 m² d’appartements privés, pour un total de 365 pièces (dont 90 en sous-sol), tandis que le parc s’étend sur 1,5 hectare planté de cent espèces différentes, notamment des platanes datant d’avant 1789, dont l’un atteint la hauteur record de 40 mètres.

Près de 1 000 personnes travaillent à l’Élysée, dont une centaine affectée au traitement du courrier (recevant entre 1 500 et 2 000 lettres par jour) et 350 militaires.

Un horloger en gants blancs remonte les 320 horloges chaque mardi matin, la veille du Conseil des ministres.

Nombre de meubles : 2 000 pièces de mobilier précieux, dont 200 tapisseries, 6 000 pièces d’argenterie et 3 000 pièces en cristal Baccarat.

Parc automobile de 75 voitures, en plus de celles du président de la République (Raymond Poincaré fut le premier président à utiliser une voiture officielle pour le cortège présidentiel en 1913, un coupé Panhard & Levassor de ville).

Nombre d’entrées : 6. Le courrier doit être adressé à l’adresse officielle : 55, rue du Faubourg-Saint-Honoré, marquée par le porche et la loge du concierge.

Son budget officiel s’élevait en 2014 à près de 100 millions d’euros.