Palais de Chaillot et Jardins du Trocadéro : Siège de l’ONU pendant 2 jours
Le Palais de Chaillot et les jardins du Trocadéro sont situés sur la colline de Chaillot, dans le 16e arrondissement de Paris. Il a été construit pour l’Exposition universelle de 1937 à l’emplacement du Palais du Trocadéro, édifié pour l’Exposition universelle de 1878. Seul le nom « Trocadéro » est resté pour désigner les jardins qui entourent aujourd’hui le Palais de Chaillot.
L’histoire mouvementée de la colline de Chaillot
Un bâtiment, « l’Hermitage » ou « Maison de Beauregard », fut acquis en 1583 par la reine Catherine de Médicis. Au XVIIe siècle, les lieux faisaient partie du domaine du maréchal de Bassompierre, compagnon d’armes du roi Henri IV, qui agrandit le manoir.
Le château fut à nouveau acquis en 1651 par les religieuses du couvent de la Visitation Sainte-Marie, sur l’initiative d’Henriette d’Angleterre, qui devait y être enterrée. Ce couvent, abandonné au début de la Révolution française, fut détruit en 1794 par l’explosion de la manufacture d’explosifs de Grenelle.
En 1811, l’empereur Napoléon Ier décida, un mois avant la naissance de son fils, de construire sur ce site « le palais de son fils, le roi de Rome ». Il devait être le centre d’une cité impériale administrative et militaire. Sa construction fut abandonnée avant même d’avoir commencé, en raison des revers militaires de Napoléon.
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Soixante-dix ans de projets, aucun aboutissement
Sous la monarchie de Juillet (le roi Louis-Philippe), il fut un temps question d’y ériger le tombeau de l’empereur Napoléon Ier, avant que ses cendres ne trouvent leur place aux Invalides.
En 1841, une statue colossale de l’Empereur, haute de 30 mètres, fut également envisagée.
En 1848, le sculpteur Antoine Etex proposa un monument à la Liberté.
En 1858, il imagina autre chose : un « phare ou fontaine monumental » au centre d’une place circulaire abritant le palais impérial (celui de Napoléon III cette fois) et les hôtels (bâtiments) des ministères.
En 1868, Hector Horeau présenta un nouveau projet : une statue colossale de « la France intelligente éclairant le monde ». Rien que cela !
Mais aucun de ces projets ne vit le jour. Le terrain où s’étendent aujourd’hui les jardins du Trocadéro resta en friche jusqu’en 1876.
Trocadéro : pourquoi un nom espagnol au cœur de Paris ?
Le nom « Trocadéro » vient du fort de Trocadéro, qui défendait le port espagnol de Cadix. Le 31 août 1823, il fut pris par l’armée française commandée par le duc d’Angoulême (fils du roi de France), envoyé pour rétablir le roi Ferdinand VII sur le trône d’Espagne.
Le palais du Trocadéro d’origine
Le palais du Trocadéro (à ne pas confondre avec l’actuel Palais de Chaillot qui l’a remplacé) fut construit pour l’Exposition universelle de 1878 selon des plans inspirés de l’art mauresque et néo-byzantin.
Le palais du Trocadéro n’était pas destiné à survivre à l’Exposition universelle de 1878, mais il y parvint. Il accueillit ensuite celles de 1889 et 1900, dont les installations s’étendaient surtout en contrebas, sur le Champ-de-Mars (la plus célèbre étant la tour Eiffel, elle aussi conçue pour ne durer que le temps de l’exposition de 1889… et qui est toujours là !).
Lors de l’exposition universelle de 1900, les pavillons des colonies et protectorats français furent installés dans les jardins du palais, et le pont d’Iéna fut « élargi au moyen de trottoirs en bois ». Il fut entièrement agrandi en 1935, passant de 14 à 35 mètres, afin de relier la colline du Trocadéro au Champ-de-Mars, où se tenaient le reste des expositions.
Le Palais de Chaillot et le Trocadéro
Avant l’Exposition internationale de 1937, le palais du Trocadéro fut démoli et remplacé par l’actuel Palais de Chaillot et les jardins du Trocadéro, qui conservèrent une partie de sa structure ainsi que la configuration en deux ailes semi-circulaires.
La nouvelle construction adopta une structure en béton armé, les piles porteuses furent revêtues de meulières, et les planchers furent réalisés en dalles de béton armé. Ce projet, représentatif d’un style raffiné et néoclassique qualifié de « style interbellum », marqua son époque.
Bien sûr, le projet suscita une certaine polémique, certains souhaitant conserver l’ancien palais. L’architecte renonça à reconstruire un monument massif qui aurait eu du mal à « exister » face à la tour Eiffel. Il remplaça l’ancienne coupole par un vide central et habilla l’édifice d’une façade néoclassique sobre et imposante, typique des années 1930. La décoration fut confiée à 71 peintres et sculpteurs représentant toutes les tendances artistiques de l’époque. Il fut baptisé Palais de Chaillot et Trocadéro en référence aux jardins qui l’entourent.
Ce style du nouveau palais est aussi qualifié de « néoclassique monumentaliste ». Sa surface passa à 41 000 m², contre 17 000 m² auparavant. La nouvelle esplanade mesure 125 mètres de long sur 60 mètres de large.
L’Exposition internationale de 1937 et le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale
Lors de l’exposition de 1937, les pavillons des puissances invitées furent installés dans les jardins. Le pavillon de l’URSS, situé du côté de l’aile Passy (côté sud), arbore la statue « L’Ouvrier et la Kolkhozienne » de la sculptrice Vera Moukhina. En face, le pavillon allemand du Troisième Reich était surmonté d’un « aigle d’or perché sur une croix gammée », conçu par Albert Speer.
Entre les deux, dans l’axe du palais et de la tour Eiffel, située place du Trocadéro, se dresse la colonne de la Paix, œuvre de l’architecte français Albert Laprade.
Pour la première fois, l’électricité fut massivement utilisée, créant un spectacle nocturne populaire sur la colline du Trocadéro.
Le rappel de la Révolution française en des temps troublés
Lors d’une cérémonie d’unité nationale le 14 juillet 1939 (la guerre fut déclarée le 3 septembre 1939), le Palais de Chaillot et les jardins du Trocadéro servirent de cadre à la commémoration de la Révolution française de 1789 et de la Fête de la Fédération de 1790. C’est d’ailleurs sur le Champ-de-Mars, de l’autre côté du pont d’Iéna, que ces deux événements s’étaient tenus 149 ans plus tôt.
L’occupation de la France par l’Allemagne, le Palais de Chaillot et les jardins du Trocadéro
Le 23 juin 1940, après l’invasion allemande de la France, le Führer Adolf Hitler et son état-major traversèrent l’esplanade du Trocadéro pour admirer la tour Eiffel et l’École militaire. Il envisagea alors d’en faire une copie à Berlin pour la future « Welthauptstadt Germania », projet qui fut finalement abandonné. Une cérémonie fut également organisée le 22 juin 1941 pour marquer le début de l’opération Barbarossa (l’invasion allemande de l’URSS).
La Libération de la France, les espoirs de l’après-guerre
Un canon antiaérien fut installé par les troupes alliées dès le lendemain de la Libération de Paris, dans le grand bassin de la fontaine des jardins du Trocadéro.
Le 25 juillet 1945, des funérailles nationales y furent organisées en l’honneur de l’écrivain Paul Valéry : le « catafalque aux couleurs de la France » installé sur l’esplanade reçut « les honneurs militaires et la méditation de la population ». Pendant l’Occupation, Paul Valéry, refusant de collaborer avec le nouveau régime, prononça l’éloge funèbre du « Juif Henri Bergson » (philosophe) en sa qualité de secrétaire de l’Académie française.
Le siège de l’ONU au Palais de Chaillot et au Trocadéro
Créées en 1946, les Nations Unies, qui n’avaient pas encore de siège définitif, tinrent deux sessions de leur Assemblée générale au Palais de Chaillot et au Trocadéro : la 3ᵉ (septembre-décembre 1948) et la 6ᵉ (novembre 1951-février 1952). Durant cette période, presque toutes les institutions de l’ONU bénéficiaient d’une exception d’extraterritorialité temporaire.
Lors de cette 3ᵉ session, le 10 décembre 1948, l’Assemblée générale adopta la Déclaration universelle des droits de l’homme.
En 1951, pour accueillir la 6ᵉ Assemblée générale, d’autres bâtiments préfabriqués temporaires de 25 000 m² furent installés sur l’esplanade jusqu’à l’actuelle avenue des Nations Unies et autour de la fontaine. Ce fut la dernière session de l’Assemblée générale avant son transfert définitif à New York.
Palais de Chaillot et Trocadéro : le siège de l’OTAN
Entre le 28 avril 1952 et le 15 décembre 1959, le Palais de Chaillot abrita également le siège de l’OTAN (qui fut ensuite transféré dans l’actuel bâtiment de l’université Paris-Dauphine).
Le 23 octobre 1954, le protocole d’adhésion de l’Allemagne de l’Ouest à l’OTAN y fut signé.
Pour commémorer ce lieu, le président de la République française François Mitterrand rebaptisa l’esplanade « Parvis des droits de l’homme » le 30 mai 1985.
Le style architectural du Palais de Chaillot – les symboles
De style monumental, le Palais de Chaillot fut critiqué, notamment en période d’après-guerre, pour son rapprochement avec l’architecture totalitaire. Cela doit être relativisé par le séjour parisien, en juin 1940, d’Adolf Hitler, qui visita le bâtiment et en exprima son admiration.
On peut aussi y voir l’influence de l’arrivée récente en France (1936) du gouvernement du Front populaire de gauche. L’Exposition de 1937 fut alors réorientée dans un esprit progressiste, avec l’ajout de nouveaux pavillons (pour le Rassemblement universel pour la paix, le Comité mondial des femmes, les associations françaises pour les LDS et les groupes d’anciens combattants). En 1935, Paul Rivet, premier élu du Front populaire, fut à l’origine de la création du Musée de l’Homme au Palais de Chaillot.
Le quartier muséal autour du Palais de Chaillot et du Trocadéro
Le Palais de Chaillot abrite déjà plusieurs musées, dont le Musée de l’Homme, celui de la Marine dans son aile ouest, le Théâtre national de Chaillot et la Cité de l’architecture et du patrimoine dans son aile est (Musée des Monuments français, École de Chaillot et Institut français d’architecture).
Mais d’autres musées se trouvent à proximité : le Musée national des Arts asiatiques – Guimet, le Musée d’art moderne de la Ville de Paris, le Palais Galliera (musée de la Mode de la Ville de Paris) et le Musée Clemenceau. Le Musée du Cinéma, ouvert par Henri Langlois dans les années 1970, a rouvert en 2005 dans le 12ᵉ arrondissement.
Le quartier de l’amitié franco-américaine
Les lieux entourant le Palais de Chaillot sont pour beaucoup liés à l’amitié franco-américaine (rue Benjamin-Franklin et sa statue, un monument à l’amiral de Grasse, des stèles aux morts français de la bataille de Yorktown, une statue de George Washington place d’Iéna, la place des États-Unis – depuis 1881 – et la place Rochambeau – depuis 1934 –, ainsi que l’avenue du Président-Wilson).
Après la Seconde Guerre mondiale, c’est aussi l’amitié universelle qui est mise en avant. Les noms de souverains et de lieux étrangers sont choisis pour baptiser les allées des jardins du palais (1932 : Albert Ier de Monaco, 1951 : Gustave V de Suède, 1952 : Nations Unies, 1945 : Quai de New York – anciennement Quai de Tokyo –, Place de Varsovie, Hussein Ier de Jordanie).
Sous Valéry Giscard d’Estaing, la place du Trocadéro devient la « place du Trocadéro-et-du-11-Novembre » (pour rappeler l’armistice de 1918 de la Première Guerre mondiale) et, sous François Mitterrand, l’esplanade prend le nom de « parvis des Libertés-et-des-Droits-de-l’Homme ». À chaque président sa vision du monde.
Les jardins du Trocadéro et la vue depuis l’esplanade
La vue depuis l’esplanade du Trocadéro est l’un des sites touristiques les plus majestueux de France, où se mêlent jardins, bassins, trésors architecturaux et musées exceptionnels.
Les jardins du Trocadéro entourent le palais de Chaillot et dominent la Seine, la tour Eiffel et, un peu plus loin, l’École militaire. Ils s’étendent sur 93 930 m². Ce jardin a été créé pour l’Exposition spécialisée de 1937 sur l’emplacement de l’ancien jardin du palais du Trocadéro, aujourd’hui disparu.
Les parties « minérales » des jardins doivent beaucoup à l’architecture monumentale de l’entre-deux-guerres, comme la fontaine du Trocadéro (ou « fontaine de Varsovie »). Il s’agit d’une série de bassins en cascade dominant un grand bassin. Les jets d’eau forment cinquante-six gerbes qui s’achèvent en huit escaliers d’eau.
Les jardins sont ponctués d’une multitude de sculptures (à mettre en perspective avec celles, contemporaines, du palais des Musées d’Art moderne), dont la plupart datent des années 1930.
On y trouve des têtes de chien et de cheval (par Pierre Guyot) ainsi qu’une tête de cerf et de taureau (par Paul Jouve) en bronze doré au sommet des fontaines, tandis que les escaliers sont ornés de quatre allégories en pierre (Flore et Pomone par Louis-Aimé Lejeune et Robert Wlérick, couchées, et L’Homme et la Femme par Pierre Traverse et Daniel Bacqué, debout).
Près de la Seine se dressent La Joie de vivre de Léon Drivier et La Jeunesse de Pierre-Marie Poisson. En remontant vers le palais, sur la terrasse supérieure, trônent deux statues colossales en bronze : Hercule domptant le taureau de Crète d’Albert Pommier sur l’aile Passy et Apollon musagète d’Henri Bouchard sur l’aile Paris. Moins visibles, deux trilogies allégoriques surplombent les pavillons d’angle du côté de la place : La Pensée de Raymond Delamarre et Les Éléments de Carlo Sarrabezolles. On y trouve également les monuments Aux combattants polonais d’André Greck (1977) et À l’amiral de Grasse(1) par Paul Landowski (1931).
Touristes et Parisiens profitent aussi des bassins pour se rafraîchir lors des périodes estivales chaudes.
(1) Lors de la guerre d’indépendance des États-Unis, l’amiral de Grasse fut nommé en 1781 commandant de l’escadre française principale. Il remporta la « bataille des caps », que l’histoire retient sous le nom de bataille de la baie de Chesapeake. Son action décisive dans la baie de Chesapeake conduisit à la victoire de Yorktown.