Opéra Garnier, une merveille du Second Empire, construction et histoire
L’Opéra Garnier à Paris est situé dans le quartier fashionable du XIXe siècle, berceau de la nouvelle élite bourgeoise et capitaliste. Ce qui était autrefois une promenade champêtre devint, à la demande de Napoléon III, un grand boulevard dédié aux affaires.
Mais l’histoire remonte en réalité à la fin du XVIIIe siècle, lorsque le roi Louis XV quitta le château de Versailles pour s’installer au Louvre. La cour s’installa alors en périphérie, ouvrant Paris vers le nord, au-delà des anciennes fortifications, détruites et remplacées en 1705 par une promenade plantée.
Opéra Garnier à Paris ou « Palais Garnier », aujourd’hui « Palais de la danse »
Ce chef-d’œuvre néo-baroque est l’un des plus grands d’Europe. La richesse de son intérieur est saisissante. Découvrez l’auditorium, le grand escalier, le foyer et la rotonde des abonnés. Le bâtiment a inspiré le décor du célèbre musical « Le Fantôme de l’Opéra ».
L’Opéra Garnier : sa construction
Le 14 janvier 1858, Napoléon III (1808-1873) échappa à un attentat en quittant l’ancien opéra Le Peletier. Dès le lendemain, il décida de faire construire un nouvel opéra dans un lieu dégagé, permettant une surveillance policière efficace.
Bien que peu connu, le jeune architecte de 35 ans Charles Garnier fut choisi (parmi 171 concurrents) à l’issue d’un concours. Pour sa réalisation, il s’entoura d’amis rencontrés pendant ses études, notamment d’autres lauréats du Grand Prix de Rome. Les travaux débutèrent en 1861, la première pierre fut posée en 1862, et les vrais travaux commencèrent en 1863, la façade seule étant inaugurée en 1867 (pour l’Exposition universelle). Le reste des travaux fut retardé par la guerre de 1870. L’Opéra Garnier fut finalement inauguré en 1875, après l’abdication de Napoléon III en 1870.
Le style de l’Opéra Garnier
L’Opéra Garnier oscille entre baroque et néo-Renaissance, et incarne le prototype et la synthèse du « style Second Empire ». Façade et intérieur regorgent de sculptures et de décors somptueux reflétant les aspirations de la société du XIXe siècle finissant : luxe, apparat et représentation. À l’impératrice Eugénie (épouse de Napoléon III), qui s’étonnait que ce style ne fût « ni grec, ni Louis XV, ni même Louis XVI », Charles Garnier répondit : « C’est Napoléon III. » Une belle pirouette de courtisan. La profusion de marbre, de stuc et de fresques témoigne assurément d’une société fière de sa prospérité matérielle, mais « le rêve, l’extravagance, le rejet de toute référence historique, la joie qui émane de cette symphonie polychrome sont des qualités peu communes pour l’époque » (Bernard Oudin, Dictionnaire des architectes, éditions Seghers).
Le problème des fondations
Lors des fouilles pour les fondations, les travaux durent s’interrompre brutalement : la nappe phréatique avait été atteinte. Des pompes à vapeur fonctionnant jour et nuit furent installées pour couler un large coffrage en béton, temporairement rempli d’eau afin de permettre la construction des infrastructures supérieures. Cela permit aussi de répartir les charges sur un sol de mauvaise qualité et de stabiliser l’édifice. Aujourd’hui encore, il sert de réservoir d’eau aux pompiers.
Note : le fantôme de l’Opéra
Cette « impondérable » abondance d’eau dans le sol a donné naissance à la légende d’un lac souterrain alimenté par un cours d’eau nommé « Grange-Batelière ». L’auteur Gaston Leroux a habilement exploité cet incident technique dans son roman *Le Fantôme de l’Opéra* (1909-1910). Pour en savoir plus sur ce roman, cliquez sur *Le Fantôme de l’Opéra* (Wikipédia). La réalité est que la rivière en question ne coule pas sous l’Opéra Garnier, mais un peu plus loin.
Des problèmes budgétaires pendant la construction
Le chantier fut constamment rongé par des problèmes budgétaires. Le devis initial s’élevait à vingt-neuf millions (francs-or), ramené à 15 millions en 1864. Les travaux ralentirent à plusieurs reprises et furent interrompus pendant la guerre de 1870. Après la chute de Napoléon III, la IIIe République alloua finalement sept millions supplémentaires pour achever l’Opéra en un an et demi. La livraison eut lieu le 30 décembre 1874, avec la Rotonde du Glacier et la Galerie du Fumoir inachevées (cette dernière ne fut jamais terminée). Le coût total de l’Opéra s’éleva à 36 millions de francs-or.
L’architecture ainsi que les décors intérieurs et extérieurs de l’Opéra Garnier furent classés par la Commission supérieure des Monuments historiques le 19 octobre 1923, quarante-huit ans après son inauguration.
L’Opéra Garnier : l’ouverture de l’avenue de l’Opéra et du quartier Garnier
En 1867, alors que les façades venaient à peine d’être inaugurées, Napoléon III demanda à Haussmann de percer une avenue reliant le palais des Tuileries à l’Opéra Garnier. Rappelons que le palais des Tuileries existait encore à l’époque. Résidence de Napoléon, il fut détruit par un incendie quatre ans plus tard lors de l’insurrection de la Commune en 1871 – il n’en reste aujourd’hui que le jardin des Tuileries. Cette nouvelle avenue devait permettre au souverain de se rendre à l’opéra sans risquer une nouvelle attaque. Charles Garnier s’opposa violemment au projet de plantation d’arbres d’Haussmann : rien ne devait perturber la perspective ni masquer son œuvre.
Il est à noter que cette avenue ne faisait pas partie du plan d’urbanisme de transformation de Paris. Son but était de préserver la sécurité de l’Empereur, mais aussi de construire des immeubles purement spéculatifs – des logements, et surtout des sièges de grandes entreprises, principalement des banques et des compagnies d’assurances, des grands magasins et des boutiques de luxe.
Elle entraîna également la destruction d’un quartier entier et de nombreuses expropriations. Résultat : l’avenue de l’Opéra ne fut achevée qu’en 1879, bien après la fin des travaux du palais Garnier (1875) et la chute du Second Empire (1870).
Le Grand Hôtel, situé à l’angle du boulevard des Capucines, fut construit en 1867 pour l’Exposition universelle, en même temps que la façade de l’opéra.
L’Opéra Garnier de Paris : deux inaugurations !
L’Opéra Garnier fut inauguré le 15 août 1867, avec seulement la façade principale achevée, jusqu’aux boutons, guirlandes et bas-reliefs de l’attique, pour coïncider avec l’Exposition universelle de cette même année.
La seconde inauguration eut lieu le 5 janvier 1875, après la chute de Napoléon III (1870). Entre-temps, Paris avait connu les épisodes sanglants de la Commune de 1871, l’occupation de la ville par les troupes allemandes à l’issue de la guerre de 1870 contre la Prusse, et l’état financier désastreux du pays. À cela s’ajoutait un changement de régime (du Second Empire à la IIIe République), faisant de l’édifice, symbole de l’Empereur déchu, une gêne. Mais le 28 octobre 1873, l’opéra qui fonctionnait depuis 1821, l’ancien Opéra Le Peletier, fut la proie des flammes. Charles Garnier, écarté par la IIIe République, fut aussitôt rappelé pour reprendre les travaux qu’il avait dû abandonner.
La seconde inauguration, le 5 janvier 1875, fut présidée par le président français Mac Mahon, le lord-maire de Londres, le bourgmestre d’Amsterdam, la famille royale d’Espagne et près de deux mille invités venus de toute l’Europe et au-delà. Le programme comprenait des œuvres d’Auber, Havely, Rossini (Guillaume Tell), Meyerbeer et le ballet *La Source* de Léo Delibes. La qualité acoustique était si bonne que certains spectateurs purent relever les nombreuses erreurs des livrets.
Une anecdote moins réjouissante et plutôt mesquine : Charles Garnier aurait peut-être été invité (les sources divergent sur ce point), mais dut payer sa place dans une loge de second rang. Cet incident particulièrement regrettable, raillé par la presse de l’époque – « une administration faisant payer à l’architecte le droit d’assister à l’inauguration de son propre monument ! » – illustre le rejet des nouveaux dirigeants envers ceux qui, d’une manière ou d’une autre, avaient servi l’empereur déchu, ainsi que l’ingratitude habituelle des puissants envers les artistes.
Le 7 février de la même année, 1875, les autorités républicaines organisèrent le célèbre bal masqué et travesti de l’Opéra, créé en 1715 sous la royauté. Principal événement annuel du Carnaval de Paris, il se déroula dans la salle du Nouvel-Opéra. Il attira huit mille participants et se poursuivit jusqu’en 1903.
L’Opéra Garnier en chiffres
Surface : 15 000 m²
Surface au sol : 12 000 m²
Surface totale : 66 640 m²
Surface totale : 57 946 m²
Longueur totale : 173 mètres
Largeur maximale : 125 mètres
Hauteur depuis le fond du bassin jusqu’à la lyre d’Apollon et le paratonnerre : 73,60 mètres
Hauteur de l’escalier d’honneur : 30 mètres
Dimensions du grand foyer : 18 mètres de haut, 54 mètres de long et 13 mètres de large
Dimensions de la salle : 20 mètres de haut, 32 mètres de profondeur, 31 mètres de large à son point le plus large
Poids du lustre : 7 à 8 tonnes
Caractéristiques principales de la scène : 60 mètres de haut, dont 45 mètres de cintres et 15 mètres en contrebas, 27 mètres de profondeur, 48,50 mètres de large avec une ouverture de cadre de 16 mètres.
L’Opéra Garnier : composition architecturale
Façade principale au sud, place de l’Opéra
Garnier lui-même choisit les quatorze peintres, mosaïstes et les soixante-treize sculpteurs, dont le célèbre Jean-Baptiste Carpeaux, pour réaliser les ornements.
Façade est
L’entrée de cette façade est marquée par une série de colonnes en marbre vert, dont deux sont surmontées d’un grand aigle impérial en bronze, symbole miraculeusement préservé après le Second Empire. Le Pavillon de l’Empereur, jamais achevé, donne directement accès à un vestiaire côté jardin. Ces salons, inachevés sous Napoléon III, furent ensuite aménagés pour abriter une bibliothèque de 600 000 documents relatifs au théâtre, dont des partitions autographes de Rameau, Gluck, Rossini, Wagner, Massenet, Charpentier, Hahn et Poulenc. Les salons abritent également un musée comptant quelque 8 500 objets, 2 500 maquettes de scène, 3 000 œuvres diverses dont 500 peintures, 3 000 pièces de joaillerie de scène, etc.
Un monument à Charles Garnier, décédé en 1898, fut érigé sur la façade ouest en 1903.
Façade est
Visible depuis la rue Halévy, la rue Gluck et la place Jacques Rouché, elle est précédée d’une série de colonnes en marbre vert menant au Pavillon des Abonnés (cette façade est l’exacte réplique de la façade ouest). En 2007, un projet de restaurant aboutit en 2009 avec l’ouverture du restaurant Opéra, 2 étoiles Michelin, accessible à tous sans passer par la billetterie.
Côté nord
Charles Garnier a aménagé une cour pour faciliter l’accès des différents employés, recevoir les décors et accessoires, et les acheminer directement vers l’ascenseur à marchandises menant au niveau de la scène.
Opéra Garnier Paris : agencement, volumes et décoration intérieure
Grand vestibule
L’entrée principale donne accès à un premier vestibule voûté où quatre grandes sculptures en pierre attirent immédiatement le regard : de gauche à droite, Rameau, Lully, Gluck et Haendel, assis. Après quelques pas, cette galerie intérieure mène au vestibule du Contrôle, puis à l’escalier d’honneur.
Vestibule du Contrôle
Espace tampon entre le grand vestibule et l’escalier d’honneur, il sert à filtrer les entrées avant de gagner la salle principale.
Rotonde des abonnés
Charles Garnier a discrètement signé son œuvre dans l’ancienne rotonde des abonnés : un plafond orné d’arabesques où l’on peut lire le nom du maître d’œuvre de l’Opéra Garnier.
Rotonde du Glacier, à l’extrémité de la galerie du bar
À noter sa luminosité et le plafond peint par Georges Jules-Victor Clairin (Paris, 1843 - Belle-Île-en-Mer, 1919).
Avant-foyer ou foyer des Mosaïques
Lieu de rencontre des spectateurs avant chaque représentation ou pendant les entractes, les foyers sont vastes et richement décorés, ne laissant aucun espace inutilisé.
Grand foyer et salons
La conception du grand foyer s’inspire des galeries des châteaux français de la Renaissance du XVIe siècle (château de Fontainebleau) et de celles de Louis XIV (Galerie d’Apollon au Louvre, Galerie des Glaces à Versailles). Les miroirs et les fenêtres ouvrant sur les rues et les façades environnantes accentuent encore l’impression d’espace de la salle.
Jusqu’au XIXe siècle, les foyers des lieux de divertissement étaient réservés à l’usage exclusif des hommes. Pendant ce temps, les dames se retrouvaient dans leurs loges respectives. Cependant, le jour de l’inauguration du Palais Garnier, la reine d’Espagne exprima le souhait d’admirer la galerie du grand foyer. Un tabou disparut avec cette initiative, et l’entourage de la reine ainsi que d’autres dames de la bonne société de l’époque ne voulurent pas être en reste. À partir de ce jour, les femmes furent également autorisées à se promener dans le foyer et les salons des théâtres.
Salons « de la Lune et du Soleil »
Placés aux extrémités est et ouest du foyer, deux modestes rotondes furent peintes par les décorateurs Philippe Marie Chaperon (Paris, 1823 - id., 1906 ou 1907) et Auguste Alfred Rubé (Paris, 1805 ou 1815 - id., 1899), amis de l’architecte.
Escalier d’honneur
L’agencement remarquable, la hauteur et le volume de la nef, inédits jusqu’alors, la magnificence des parois intérieures et la diversité des matériaux utilisés : marbre subtilement coloré, rampes en onyx et en cuivre, innombrables peintures, mosaïques et dorures. L’ampleur et l’ingéniosité de son agencement et de sa décoration ont fait de cet escalier d’honneur l’un des espaces les plus célèbres et appréciés du Palais Garnier.
Au pied de l’escalier, deux statues en bronze d’Albert-Ernest Carrier de Belleuse, dit Carrier-Belleuse (Anizy-le-Château, 1824 - Sèvres, 1887), représentent des figures féminines tenant des lampes à gaz, puis électriques.
L’escalier d’honneur en marbre blanc présente une double révolution, avec des marches réparties sur plusieurs niveaux, des volées larges, impressionnantes et élancées, ainsi que des courbes raffinées. Les marches, qui passent du concave au convexe, sont en marbre blanc de Seravezza (Italie). Une seule d’entre elles est droite. Elles épousent la courbure de la rampe en onyx, dont la base est en marbre vert de Suède et dont les 128 balustres sont en marbre rouge antique.
Le grand escalier mène d’abord à l’amphithéâtre, au parterre, à l’orchestre et aux bains, puis les volées suivantes répartissent le public entre les clairières et les balcons des quatre façades intérieures, ornées de colonnes jumelles et de trois travées d’arcades, vers les différents salons et foyers, et enfin vers les galeries périphériques desservant les loges et les balcons aux différents niveaux de la salle.
Salle principale La salle principale est le cœur même du palais. En forme de fer à cheval, avec ses balcons, ses loges et ses places sur cinq niveaux ainsi qu’une galerie haute, elle fut conçue à l’image d’un théâtre à l’italienne. Garnier voulut innover en réalisant une salle proportionnellement plus petite que le volume gigantesque abritant les machineries de scène. Pourtant, ses dimensions restent impressionnantes : près de trente et un mètres de large, trente-deux mètres de profondeur et vingt mètres de hauteur. Elle peut accueillir deux mille spectateurs, dont un peu plus de mille neuf cents places assises. Ce lieu prestigieux se pare de dominantes rouge et or.
Parterre et balcons Les fauteuils d’orchestre sont recouverts de velours rouge. Les baignoires, les loges et leurs sièges et banquettes sont habillés de velours, tandis que leurs cloisons sont ornées de damas et de draperies. Tous les aménagements sont dans des tons subtils de pourpre. La galerie haute aveugle, conçue à l’origine pour les mélomanes, les élèves du Conservatoire et les compositeurs qui, moyennant une modique somme, pouvaient écouter la musique et le chant à l’oreille, avec ou sans partition.
Les deux coupoles du plafond La première coupole peinte au plafond de la grande salle est l’œuvre du peintre Jules Eugène Lenepveu (Angers, 1819 – Paris, 1898), Grand Prix de Rome en 1847. Cette peinture est aujourd’hui masquée par une seconde, suspendue sous la première. Le modèle définitif, réalisé à l’échelle par l’artiste avant exécution, est conservé au musée d’Orsay.
Le nouveau plafond, recouvrant l’original, fut conçu par Marc Chagall (Vitebsk, 1887 – Saint-Paul-de-Vence, 1985) à l’invitation de son ami André Malraux, alors ministre des Affaires culturelles. Il s’agit d’une synthèse en cinq parties, aux couleurs vives, des grands jalons et des œuvres représentatives de l’histoire des arts lyriques et chorégraphiques, ainsi que de certains des plus grands compositeurs du répertoire lyrique et chorégraphique. L’œuvre fut exécutée par Roland Bierge.
Dès avant son installation, le 24 septembre 1964, le plafond suscita la polémique. Les critiques pointèrent l’incohérence esthétique de cette coupole, aux couleurs criardes au milieu des moulures et des dorures caractéristiques de l’architecture néoclassique, et y virent le mépris des pouvoirs publics pour l’art du Second Empire. Pourtant, cette réalisation a redonné à l’Opéra Garnier la curiosité qu’il avait quelque peu perdue dans l’après-guerre. Malgré l’engouement médiatique qu’elle a suscité, la décision reste aujourd’hui encore sujette à controverse artistique.
Le grand lustre
Le lustre (8 m de haut) a la taille d’une petite maison. Réalisé en bronze doré et cristal, il compte 340 becs à gaz répartis sur cinq couronnes, remplacés par des ampoules électriques en 1881. Son dessin est dû à Charles Garnier lui-même, et la fonte fut exécutée dans les ateliers Lacarrière et Delatour. Il fut restauré en 1989. Il pèse entre sept et huit tonnes.
Le grand lustre faillit ne jamais voir le jour. Pendant la longue période de conception, plusieurs critiques estimèrent que le lustre était sans intérêt, qu’il gâcherait l’acoustique et obstruerait la vue depuis trop de places et de loges. Le maître d’œuvre dut déployer tout son talent de persuasion pour finalement convaincre les détracteurs.
L’entretien du lustre s’effectue dans un espace spécialement aménagé au-dessus de la coupole de Lenepveu. Aujourd’hui, le lustre est descendu jusqu’à hauteur d’homme.
Un accident s'est produit le 20 mai 1896. Un contrepoids brisé a provoqué la chute d'un lustre sur le public lors d'une représentation de Faust de Gounod. Plusieurs personnes furent blessées, et une femme (une concierge passionnée d'opéra) y perdit la vie.
Cet événement tragique et exceptionnel a inspiré Gaston Leroux pour écrire un épisode du Fantôme de l'Opéra, publié en 1910. Il a également inspiré le ballet du même nom de Marcel Landowski, chorégraphié par Roland Petit.
Note
Dans les débuts du nouvel Opéra Garnier, les lumières restaient allumées pendant les spectacles : le théâtre était avant tout un lieu où l'on se montrait. Ce n'est qu'au début du XXe siècle que l'obscurité fut imposée, au grand plaisir des vrais amateurs d'opéras et de chorégraphies.
Scène et coulisses
La fosse d'orchestre précède le proscenium. Au premier plan de cette avancée se trouvait autrefois un gril d'éclairage, le célèbre trou de souffleur et l'emplacement réservé au technicien chargé des changements de lumière, qui actionnait alors le premier système d'orgue mécanique du Palais Garnier.
La scène est si spacieuse qu'elle a autrefois permis à des chevaux de galoper sur ses seize mètres de largeur.
Le rideau de scène, drapé de rouge et d'or et peint en trompe-l'œil, est surmonté d'un imposant manteau d'ornements surmonté d'un cartouche central. Il porte une devise choisie par Garnier lui-même, et l'inscription « ANNO 1669 » rappelle la fondation de l'Académie royale de musique.
Le feu était la hantise des directeurs de théâtre en matière de catastrophes. D'où la présence obligatoire d'un pompier de service lors des répétitions et représentations, un système d'arrosage manuel – aujourd'hui automatique – pour la scène ou « grand secours », et un système d'évacuation d'air en hauteur pour une extraction rapide des fumées. De plus, la scène et la salle étaient isolées en cas d'incendie se déclarant au-delà de la scène.
La scène
La scène en chêne de 1 350 m² peut accueillir jusqu'à quatre cent cinquante artistes, chanteurs, danseurs et figurants. Sa pente traditionnelle de 5 % vers la salle permet, lors d'occasions spéciales, d'être prolongée vers l'arrière par l'ouverture du foyer de la Danse, situé à l'arrière de la scène et parfaitement aligné avec elle. Pour les défilés de corps de ballet, les soirées dansantes et autres événements spéciaux, cet aménagement permet d'atteindre une profondeur totale de près de cinquante mètres depuis la fosse.
Sous-sol et cintres
De son point le plus bas jusqu'au sommet de l'ouverture de la scène, l'ensemble de la structure atteint une hauteur record de soixante mètres.
Outre la scène, ses parois supportent un équipement complexe pour le déplacement des artistes et techniciens, ainsi que pour les changements de décors et d'éclairages. En dessous, de vieux cabestans sont encore conservés, précieux témoignages des premières décennies de fonctionnement de l'Opéra.
Aujourd'hui, tout cet équipement technique est automatisé et piloté par ordinateur depuis les coulisses et les salles de contrôle.
Les cloches
Plusieurs jeux de cloches sont utilisés lors des représentations. Pour voir quelques photos, consultez http://www.forum-dansomanie.net/forum/viewtopic.php?t=2144
Le grand orgue
Le grand orgue, construit par le célèbre facteur Aristide Cavaillé-Coll, est hors service depuis des décennies. Une restauration est apparemment prévue...
Un orgue à l'Opéra est utilisé dans plusieurs opéras, à commencer par le plus célèbre de tous, Faust de Charles Gounod, mais aussi La Juive de Jacques-Fromental Halévy, Werther de Jules Massenet et bien d'autres.
Foyer de la Danse
Ce foyer, utilisé pour les répétitions des corps de ballet, présente un sol incliné identique à celui de la scène, mais avec une pente inversée. Cette subtilité accentue les effets de perspective lorsque son espace est utilisé comme extension de la scène principale, notamment pour les arrivées en profondeur.
Le Foyer était ouvert aux abonnés fortunés pour leur permettre d’être en contact direct avec les danseuses et d’avoir des « rencontres ». Aux 19ᵉ et au début du 20ᵉ siècle, les ballerines, mal payées pour leurs représentations et souvent issues de milieux modestes, acceptaient d’être placées sous la « protection » d’un représentant de la bourgeoisie aisée, voire de l’aristocratie.
L’expression « s’offrir une danseuse », encore utilisée aujourd’hui, trouve son origine dans cette pratique méconnue et peu glorieuse des plus prestigieux opéras.
Cette pratique a disparu au début des années 1930. À partir de cette date, les abonnés se sont vu interdire l’accès au foyer et aux coulisses.
Bureaux administratifs
Cette partie du bâtiment est traitée avec une rigueur, voire une sobriété, qui contraste avec les autres constructions de l’Opéra. Son architecte a relégué l’administration, considérée comme une fonction moins « noble », à l’arrière du terrain et à proximité du boulevard qui porterait bientôt le nom de son mécène, le préfet Haussmann.
Toits et couronnements
Les dômes sont recouverts de cuivre, qui s’oxyde en une teinte verdâtre. Le reste du bâtiment est aujourd’hui couvert de zinc, comme la plupart des toits parisiens. Des statues ont également été ajoutées pour rehausser l’ensemble.
Ateliers de décors et de costumes
Ces ateliers ne se trouvent pas dans l’Opéra, mais boulevard Berthier, dans le 17ᵉ arrondissement de Paris (« Ateliers Berthier »).
Le site est en partie utilisé pour des représentations au Théâtre de l’Odéon.
Décors des spectacles actuels
Lors de la construction de l’Opéra, un système complet de manœuvre des décors a été installé dans le cinquième sous-sol, inspiré du modèle naval. Des cabestans (tambours de bois de 3,50 m de long et 2 m de diamètre) servaient à soulever de lourdes quantités de décors et à effectuer de nombreux mouvements sur scène (apparitions, trappes, défilements de niveaux, etc.). Une multitude de cordages, passant par des poulies de renvoi et des éléments de décor, permettaient de manipuler différents éléments sur un même cabestan, ou d’utiliser deux ou trois tambours pour un seul décor. Ces mécanismes sont utilisés depuis l’époque de Louis XIV, les marins eux-mêmes venant dans les théâtres pour les installer et en expliquer le fonctionnement.
Après la Première Guerre mondiale, le système, jusqu’alors manuel, est passé à l’électrique. Cette période n’a été qu’une transition. Aujourd’hui, depuis une quinzaine d’années, ces gros tambours ont été abandonnés au profit de la robotique. Tout est désormais informatisé et contrôlé depuis les coulisses par ordinateur. Aujourd’hui, il ne reste qu’une cinquantaine de tambours dans les troisième à cinquième sous-sols de l’Opéra.
Visitez le « Palais Garnier »
Le « Palais Garnier », comme on l’appelle souvent, est bien plus qu’une simple salle d’opéra. C’est un monument véritablement spectaculaire, reflétant la richesse et la magnificence de la fin du 19ᵉ siècle. Il n’est pas nécessaire d’« aller à l’opéra » pour assister à un spectacle : il suffit de le visiter. Voir ci-dessous pour les billets d’entrée (obligatoires) :
Horaires d’ouverture et périodes de fermeture
Réservation
Le Palais Garnier : modernisations et restaurations successives
L’éclairage électrique a été installé dans la salle principale dès 1881. Au début des années 1950, l’arrière de la scène a été aménagé pour accueillir de nouveaux ascenseurs et monte-charges afin de faciliter le déplacement des employés et des artistes, ainsi que la manipulation des décors depuis la Cour Nord.
En 1964, le ministre de la Culture Malraux a confié au peintre Chagall la réalisation du plafond de la salle, qui compte 2 130 places. Cette grande salle rouge et or est située exactement au centre de l’opéra, tandis que l’arrière du bâtiment abrite les loges et les machineries scéniques, déjà très modernes pour l’époque.
En 1990, une grande campagne de restauration a été lancée sur la scène, la salle et la façade principale du Palais Garnier, ainsi que sur le grand foyer et les salons attenants. Ces travaux, toujours en cours selon un calendrier pluriannuel, ont permis de mettre aux normes les réseaux électriques du bâtiment.
En 2000, une restauration scientifique approfondie de la façade, suivie d’une remise en valeur, a permis au public de découvrir la décoration polychrome originale, les dorures et la diversité des matériaux, dont certains avaient été importés de contrées lointaines. Les initiales dorées de Napoléon et Eugénie, placées sur les médaillons au-dessus de la façade, ont été réinstallées après avoir été retirées à la chute du Second Empire.
En mai 2004, les prestigieuses décorations conçues par l’architecte pour le grand foyer, inaugurées pour la première fois le 5 janvier 1875, ont été restaurées dans leur splendeur d’origine (un incendie malheureux avait détruit en 1928 les rideaux et tentures dorés).
En 2007, la cour d’honneur sud a été restaurée, puis en 2010, la façade ouest du palais.
Aujourd’hui, l’Opéra Garnier accueille aussi bien des ballets que des opéras. Le Palais Garnier peut également être utilisé pour des événements exceptionnels (visites d’État, bals des Grandes Écoles, soirées du Nouvel An, etc.).