Musée de Montmartre, la vie des artistes de la Butte au XIXe siècle

Le Musée de Montmartre – Jardins Renoir est un musée d’art français situé à Paris, dans le 18e arrondissement. Il occupe un ensemble de bâtiments qui comprend l’Hôtel Demarne et la Maison du Bel Air, et est entouré des « Jardins Renoir ».

Inauguré en 1960, il a été entièrement rénové depuis 2011 et accueille chaque année plusieurs expositions temporaires.
Origine du Musée de Montmartre – Jardins Renoir
D’abord inauguré en 1960 sous le nom de « Musée du Vieux Montmartre », il est l’œuvre de Paul Yaki (1883-1964), membre de l’association Le Vieux Montmartre. Il a vécu sa jeunesse et la transformation du quartier, et s’est très tôt préoccupé de préserver sa mémoire.

Le musée a été créé dans l’un des plus anciens bâtiments de la Butte, construit au XVIIe siècle : la Maison du Bel Air. Entourée de jardins, Auguste Renoir y loua un atelier en 1876 (deux pièces sous les toits et une ancienne écurie au premier étage pour y entreposer ses toiles et son chevalet), où il réalisa pendant son séjour des œuvres majeures comme *Bal du moulin de la Galette*, *La Balançoire* et *Jardin de la rue Cortot à Montmartre*.
Cette Maison du Bel Air fut également le lieu de création et de travail de nombreux artistes tels que :

Suzanne Valadon Maurice Utrillo André Utter (peintre, époux de Suzanne Valadon) Émile Bernard les fauves Othon Friesz et Raoul Dufy Démétrios Galanis Francisque Poulbot Léon Bloy Pierre Reverdy

La réhabilitation des bâtiments du Musée de Montmartre
La Maison du Bel Air devait être le manoir de Rosimond, où vécut Rose de Rosimond, actrice contemporaine de Molière et interprète de ses pièces. Une étude patrimoniale menée par le GRAHAL (Groupe de Recherches en Histoire de l’Art, de l’Architecture et du Littérature) en juin 2012 a cependant démontré qu’il n’en était rien.

Les « 3 Jardins Renoir » ont été repensés en 2012 à partir des tableaux que Renoir a peints lors de son séjour rue Cortot. Ils se composent d’arbres fruitiers (poiriers et amandiers), d’arbustes, de lilas, de roses et d’hortensias grimpants. Depuis ces jardins, on aperçoit le Clos Montmartre et le vignoble de Montmartre. Ce dernier existait déjà au Moyen Âge, mais fut replanté en 1933. Les trois Jardins Renoir encadrent le musée de Montmartre et dominent les vignes. Au-delà, ces espaces offrent une vue exceptionnelle sur la vaste plaine au nord de Paris.

Ce vaste programme de réhabilitation a également permis d’augmenter les surfaces d’exposition. Il concerne l’Hôtel Demarne, un bâtiment donnant sur la rue Cortot, ainsi que l’atelier de Suzanne Valadon et Maurice Utrillo. Le 17 octobre 2014, le musée a pu ouvrir trois nouveaux espaces : l’atelier-appartement de Suzanne Valadon et Maurice Utrillo, l’Hôtel Demarne, une belle demeure du Directoire (réservée aux expositions temporaires), et le Café Renoir.
La visite du Musée de Montmartre et de ses collections
Le parcours retrace l’histoire de la Butte, l’effervescence artistique de ses ateliers et l’ambiance de ses célèbres cabarets. L’Hôtel Demarne, une belle demeure du Directoire, a été entièrement repensé pour accueillir des expositions temporaires ainsi que le Café Renoir.

Les collections permanentes vous plongent dans l’histoire de la Butte Montmartre, l’effervescence de ses ateliers, du Bateau-Lavoir à l’atelier Cortot, et l’atmosphère de ses cabarets célèbres, du Lapin Agile au Moulin Rouge. Une salle est consacrée au French Cancan, une autre au théâtre d’ombres, ces décors oniriques qui ont fait la renommée du cabaret du Chat Noir. Les artistes s’y installèrent à partir de 1870. Les cafés et cabarets se multiplièrent dans les années 1880. On y retrouve la bohème artistique de Montmartre, si caractéristique des XIXe et XXe siècles.

Le musée abrite une collection unique de peintures, affiches et dessins de Toulouse-Lautrec, Modigliani, Kupka, Steinlen, Valadon, Utrillo, Pierre Dumont, Charles Genty. On y trouve également des illustrations, des photographies et des témoignages signés par des artistes.

Parmi les œuvres exposées, on peut notamment admirer :

Le Cabaret du Chat Noir de Steinlen
l’affiche Bruant au Mirliton
Le Divan japonais ou le Moulin Rouge d’Henri de Toulouse-Lautrec
La Place Pigalle de Maurice Utrillo
l’Autoportrait de Suzanne Valadon
le Parce Domine (Pardonnez, Seigneur) de Willette
la Place des Abbesses de Roland Dubuc
l’enseigne du Lapin Agile
le Théâtre d’ombres d’Henri Rivière

Les collections appartiennent à la « Société d’histoire et d’archéologie du 9e et du 18e arrondissement de Paris, Le Vieux Montmartre », fondée en 1886.
L’atelier-appartement de Suzanne Valadon
Le musée de Montmartre a reconstitué l’atelier où Suzanne Valadon, Maurice Utrillo et André Utter ont vécu. Grâce à sa réorganisation, au 12, rue Cortot, l’âme de ce trio infernal a retrouvé les lieux : le poêle a été replacé, la mezzanine de l’atelier recréée, et la chambre d’Utrillo a retrouvé ses boiseries et sa grille de fenêtre. Tous les éléments d’origine ayant disparu, Hubert Le Gall a retrouvé les pièces présentées aujourd’hui dans l’atelier-appartement. Pour rester le plus fidèle possible à la réalité de l’époque, il s’est appuyé sur des lettres et des écrits de l’époque – de véritables témoignages de vie passée – ainsi que sur des photographies historiques du lieu, analysées avec rigueur.

Suzanne Valadon, née le 23 septembre 1865, est aussi un personnage et une histoire à elle toute seule. Fille naturelle de Madeleine Valadon, blanchisseuse, Marie-Clementine Valadon devient acrobate de cirque en 1880, jusqu’à une chute qui met prématurément fin à cette activité. Avec une beauté solide, elle attire l’attention des artistes. Elle devient leur modèle, les observe en posant et apprend leurs techniques. C’est ainsi qu’elle rencontre le peintre Puvis de Chavannes, dont elle devient le modèle. Elle pose aussi pour Auguste Renoir, qui devient son amant. Elle est également le modèle de Théophile Alexandre Steinlen, Jean-Jacques Henner et Federico Zandomeneghi. Dès 1881, elle fréquente le milieu artistique de Montmartre, où elle compte rapidement plusieurs admirateurs : le chansonnier Maurice Boissy et Miquel Utrillo y Molins, entre autres, un aristocrate espagnol, homme de lettres, critique d’art et peintre. À 18 ans, elle attend un enfant, Maurice Valadon, né le 26 décembre 1883, dont elle affirme ne pas connaître le père. Miquel Utrillo y Molins l’adopte (1891) quelques années plus tard ; l’enfant deviendra également peintre sous le nom de Maurice Utrillo (sa tombe se trouve au cimetière Saint-Vincent de Montmartre).

Le 18 janvier 1893, Erik Satie, compositeur et pianiste, s’éprend de la peintre Suzanne Valadon. Bien qu’il lui ait proposé le mariage sans succès après leur première nuit ensemble, Valadon emménage au 6 rue Cortot, dans une pièce voisine de celle de Satie, qu’il occupe depuis 1890. Dans sa passion pour sa « Biqui », il rédige des notes enflammées sur « son être entier, ses beaux yeux, ses mains douces et ses petits pieds ». Il compose pour elle les Danses gothiques tandis qu’elle peint son portrait. Cinq mois plus tard, le 20 juin, leur rupture le brise « d’une solitude glacée qui remplit sa tête de vide et son cœur de tristesse ». On ne lui connaît aucune autre relation amoureuse sérieuse et déclarée. Comme pour se punir, il compose les Vexations, une pièce construite à partir d’une courte mélodie.

Suzanne Valadon devint ensuite la maîtresse de Paul Mousis, agent de change et ami d’Erik Satie, qu’elle épousa le 5 août 1896. Le couple s’installa au 12, rue Cortot, en haut de la butte Montmartre. Ce mariage prit fin en 1909 (ils divorcèrent le 10 novembre 1910), année où elle exposa au Salon d’Automne à Paris (dont elle fut membre jusqu’en 1933).

Elle épousa ensuite l’ami de son fils, le peintre André Utter (1886-1948), de trois ans son cadet, Maurice Utrillo. Ce mariage, tumultueux, dura près de trente ans. Elle s’éteignit le 7 avril 1938, entourée de ses amis peintres André Derain, Pablo Picasso, Georges Braque et Georges Kars, qui réalisa son dernier portrait ce jour-là. André Utter décéda en 1948.

Les œuvres de Suzanne Valadon sont conservées dans de nombreux musées, dont le Musée national d’Art moderne à Paris, le
Metropolitan Museum of Art de New York, le musée de Grenoble et le musée des Beaux-Arts de Lyon.