Les joyaux de la Couronne française du Muséum national d'Histoire naturelle
Les joyaux de la Couronne du Muséum national d’Histoire naturelle sont exposés dans la galerie de minéralogie et de gemmologie. Moins nombreux et moins célèbres que ceux du Louvre, ces bijoux n’en restent pas moins inestimables pour les amateurs de pierres exceptionnelles qui ont aussi leur place dans l’histoire de France.
Origine des joyaux de la Couronne du Muséum national d’Histoire naturelle (Galerie de minéralogie et de gemmologie)
Une partie des joyaux de la Couronne du Muséum national d’Histoire naturelle avait déjà été déposée en 1796, à l’époque de la Révolution française. Il s’agissait de pierres fabuleuses issues des collections royales et nobles de l’Ancien Régime. Un nouveau dépôt fut effectué en 1887, juste avant la vente de ces joyaux, enrichissant les collections de pierres non montées d’une qualité exceptionnelle qui ont marqué l’histoire.
Les bijoux exposés dans la galerie de minéralogie et de gemmologie du musée
Ces pierres précieuses peuvent être admirées aux côtés des 68 millions d’objets du Muséum national d’Histoire naturelle. Une visite de la galerie unique de l’Évolution ou une promenade instructive dans le Jardin des Plantes, qui entoure le musée, s’imposent également.
Parmi les pièces exposées figure le célèbre Grand Saphir de 135 carats de Louis XIV. Selon la légende, ce saphir aurait appartenu à la famille Ruspoli de Rome. Mais les recherches actuelles ont infirmé cette hypothèse. En réalité, il ne fut pas acheté, mais offert au roi en 1669 par David Bazu, le grand joaillier d’Amsterdam qui accompagnait Tavernier lors de ses expéditions lointaines. On sait qu’il figurait dans les collections royales lors de l’inventaire de 1691. Louis XIV avait délibérément choisi de conserver la forme naturelle de la pierre. Il portait le saphir en épingle de cravate, avec sa parure de pierres colorées. Louis XV faillit le faire retailler, mais lui préféra finalement le célèbre Diamant Bleu pour son ordre de la Toison d’Or, volé lors du vol des diamants de la Couronne en 1792.
En 1669, Louis XIV acheta deux topazes, dont l’un, pesant 28 carats, fut transféré au Muséum national d’Histoire naturelle en 1796.
Lors de l’inventaire de 1791, il n’y avait qu’une seule émeraude de 17 carats dans les collections de diamants de la Couronne. Elle avait été achetée par Louis XIV, qui la portait en bouton de chapeau. Plus tard, elle fut utilisée sur l’une des deux épaulettes d’un ensemble porté par la reine Marie Leszczynska (épouse de Louis XV). En 1796, elle rejoignit également les collections du Muséum d’Histoire naturelle.
La même année, 1796, le Muséum reçut également le saphir bicolore de 19 carats, autrefois porté en bague par la reine Marie Leszczynska.
Parmi les pierres déposées en 1887 figure l’une des deux grandes opales de Louis XVIII, pesant 77 carats. Elle ornait la fermeture du manteau de couronnement de Charles X en 1825. Démontée en 1853, elle fut sertie d’une rangée de 48 petits brillants par l’impératrice Eugénie (épouse de Napoléon III) la même année.
Le Diamant-Portrait de l’impératrice Marie-Louise (2e épouse de Napoléon Ier) fut acheté, avec un second presque identique, en mai 1810 chez Nitot. Ils formaient les plaques centrales d’une paire de bracelets pour le parure de diamants. Cette taille particulière servait à recouvrir un médaillon. On suppose que l’impératrice voulait y placer le portrait de son fils, le roi de Rome, en dessous. Le second Diamant-Portrait fut vendu aux enchères en 1887.
L’améthyste de 35 carats est l’un des rares exemples d’une parure créée sous le Premier Empire. Le 7 octobre 1811, le joaillier Nitot livra une parure d’améthystes et de diamants pour enrichir le trésor de la Couronne. 235 améthystes composaient la commande pour la nouvelle impératrice Marie-Louise.
Louis XVIII (roi de 1814 à 1824) décida de faire démanteler l’ensemble, et les pierres restèrent inutilisées jusqu’au Second Empire. En 1864, certaines d’entre elles, dont quatre des cinq plus importantes, furent utilisées pour créer la grande ceinture et la berta de pierreries. Malheureusement, l’ensemble fut vendu en 1887. Cependant, une sélection d’améthystes fut déposée entre l’École des Mines et le Muséum national d’Histoire naturelle. Ce dernier put enrichir ses collections d’une sélection de 12 améthystes totalisant 168 carats, dont celle exposée, qui était la plus importante de l’ensemble de Marie-Louise.
Le Muséum national d’Histoire naturelle avait également reçu 19 topazes roses que Napoléon Ier avait acquis avant 1811 pour créer un ensemble de « rubis brésiliens » et de diamants pour Marie-Louise. L’École des Mines en reçut 49.
En plus de la sélection de pierres importantes des joyaux de la Couronne du Muséum d’histoire naturelle, un certain nombre d’autres pierres secondaires non montées furent également données. Certaines sont visibles dans cette vitrine, d’autres dans les collections du musée. Malheureusement, il est difficile de savoir exactement quelles pièces des collections du musée proviennent des Diamants de la Couronne. En effet, à partir de 1897, elles furent séparées et mélangées de manière didactique, sans annotation. Ce n’est qu’à partir de 1903 que les catalogues du Muséum national d’Histoire naturelle devinrent plus précis dans leurs descriptions et inventaires des pièces de ses collections. On peut se consoler en se disant que, bien qu’elles soient mélangées, ces pierres sont toujours en France, dans les collections nationales du Muséum.
Le fantôme du Grand Diamant Bleu au Muséum d’Histoire naturelle
Le Diamant Bleu de Louis XIV est toujours exposé au Muséum national d’Histoire naturelle. C’est ici qu’en 2008, François Farges, minéralogiste au Muséum national d’Histoire naturelle, identifia ce qui n’était autre que le seul moulage en plomb du véritable Grand Diamant Bleu de Louis XIV.
Un premier indice sur l’origine de ce « plomb » renvoie à un certain « M. Hope de Londres ». Il s’agissait du banquier Henry-Philippe Hope, qui acheta le joyau. Ce chef-d’œuvre fut retravaillé pour effacer ses origines françaises. Mais d’abord, un moule en plomb fut réalisé. Le diamant modifié devint le « Hope », nommé d’après son propriétaire à l’époque. Après plusieurs changements de mains, il fut finalement légué au Smithsonian Institution à Washington en 1958.
Le Grand Diamant Bleu, énigme qui dura 215 ans, est aujourd’hui clairement et scientifiquement reconnu comme étant le diamant Hope, avec en prime une triste réputation. La pierre est réputée avoir porté malheur à ses propriétaires successifs.
Peu après cette découverte majeure de « son » moule en plomb par F. Farges, le diamant bleu de Louis XIV fut reconstitué numériquement tel qu’il était au XVIIe siècle. François Farges découvrit qu’il était taillé à l’image du Roi-Soleil et aux couleurs de la monarchie française (or et azur). Ce chef-d’œuvre a été recréé en zirconia bleue (un matériau imitant le diamant), visible dans l’exposition « Trésors de la Terre » du Muséum.
Le Grand Diamant Bleu original de Louis XIV était un diamant massif de 115,4 carats (environ 23 g) – le plus gros connu –, acheté par Louis XIV et taillé par Jean Pittan. Celui-ci en fit un chef-d’œuvre de 69 carats. Le lapidaire avait conçu une cosmologie centrée sur le Roi-Soleil. La monture en or du diamant et ses jeux de lumière auraient révélé un soleil au cœur de la pierre, sur un fond de ciel bleu.
Le Grand Diamant Bleu aujourd’hui – ou ce qu’il en reste : le Hope
Vingt ans et deux jours après le vol de 1792, c’est-à-dire deux jours après l’expiration du délai légal de prescription, un diamant bleu ovale de 45,5 carats fit son apparition à Londres. Son propriétaire de l’époque était le banquier Thomas Hope, qui le fit retailler (un travail bâclé, selon les experts, avec une perte de brillance – Thomas Hope était-il donc un receleur ?). Le chef-d’œuvre de Jean Pittan avait ainsi été détruit. Il ne restait plus qu’un nouveau diamant, appelé le Hope, désormais scientifiquement reconnu comme le vestige, bien moins beau, du Grand Diamant bleu de la Couronne de France, volé en 1792.
Le diamant resta dans la famille Hope jusqu’au début du XXe siècle, avant d’être revendu à plusieurs reprises, jusqu’à aboutir chez Cartier en 1910. En 1911, il fut acquis par la milliardaire américaine Evalyn Walsh McLean, qui le conserva jusqu’à sa mort en 1947. Il est aujourd’hui exposé à l’Institut Smithsonian de Washington, dans la galerie Winston, nommée en l’honneur de l’homme qui l’a finalement offert au musée en 1958.
Si l’on en croit la légende, le « Hope » n’a apporté que malheur sur son passage. Ses propriétaires furent frappés par une série d’événements dramatiques : faillites, suicides, folie, noyades, il fut accusé d’avoir ruiné deux joailliers new-yorkais et d’être responsable de la mort d’une danseuse des Folies Bergères. Evalyn Walsh McLean, la milliardaire américaine qui l’avait acheté chez Cartier en 1911, défia la malédiction pendant trente-six ans, durant lesquels elle perdit deux enfants et un mari qui finit dans un asile. Pourtant, certains en furent épargnés. L’homme qui avait rapporté ce joyau à Louis XIV, M. Tavernier, mourut de mort naturelle à l’âge de 84 ans, et l’Institut Smithsonian, où le Hope attire 8 millions de visiteurs par an – autant que la Joconde.
Note Plus dans l’ouvrage « LE DIAMANT BLEU » de FRANÇOIS FARGES, THIERRY PIANTANIDA – Édition Michel Lafon
Le Grand Diamant bleu et la Toison d’Or
Louis XV intégra le Grand Diamant bleu à la Toison d’Or en 1743, lorsqu’il fut nommé Chevalier de la Toison d’Or. Louis XV fut le premier roi de France à recevoir cette prestigieuse distinction d’origine bourguignonne. En 1749, le joaillier Jacqmin créa divers insignes de la Toison d’Or pour le roi, dont un connu sous le nom de « parure de couleur », composé des pièces maîtresses suivantes (de haut en bas) :
Le diamant bleu de 33 carats, plus petit que le « Grand Diamant bleu » et autrefois appelé « Bazu ». D’un bleu ciel pâle, il était placé en haut du bijou. Des recherches récentes devraient bientôt révéler son histoire jumelle avec le Grand Diamant bleu de Louis XIV. Il est considéré comme le 4e diamant le plus précieux des joyaux de la Couronne de l’époque. Sa taille a été reconstituée à partir d’un moule découvert au musée du Louvre en 2014.
La « Côte de Bretagne », un spinelle de 107 carats taillé en forme de dragon par Jacques Guay. Ce dragon est niché dans un arbre aux pommes d’or, représenté par deux « topazes orientales », c’est-à-dire deux saphirs jaunes. Les ailes du dragon déployées à droite et sa queue enroulée vers la fermeture du bijou sont serties de centaines de brilliants, tandis que trois palmes forment les branches de l’arbre aux pommes d’or.
Le grand diamant bleu de 69 carats, taillé par Jean Pittan en 1673 pour Louis XIV. Il reste à ce jour le plus grand diamant bleu jamais découvert. Il est également considéré comme le premier grand diamant taillé en brillant de l’histoire. Il se trouve aujourd’hui à l’Institut Smithsonian de Washington, sous le nom de Hope.
Le corps du bélier est serti de 112 brilliants peints en jaune et représente la Toison d’Or elle-même.
Malheureusement, la Toison d’Or, ce chef-d’œuvre, fut volée en totalité et démantelée en 1792. Seul le dragon fut récupéré en 1797 et est aujourd’hui conservé au musée du Louvre.