Les joyaux de la Couronne aujourd'hui au Musée du Louvre
Les joyaux de la Couronne aujourd’hui au Louvre sont les pièces les plus importantes conservées par la France après le vol de 1792 et la vente des bijoux en 1887. Le reste se trouve au Musée d’Histoire naturelle et au Musée de l’École des Mines de Paris. De nombreux autres bijoux ont été dispersés par la vente ou le vol, notamment dans les pays anglo-saxons. Certains réapparaissent régulièrement lors de ventes publiques en salles de ventes. Les collections du Musée d’Histoire naturelle et du Musée de l’École des Mines de Paris sont également remarquables, bien qu’encore méconnues. Pourtant, elles valent vraiment le détour, car elles abritent des objets somptueux et historiques. De plus, ces musées possèdent des collections de pierres rares en quantités et qualités uniques au monde. Pour plus d’informations ou pour les visiter, cliquez sur :
Les joyaux de la Couronne au Musée d’Histoire naturelle
Les joyaux de la Couronne à l’École des Mines de Paris
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La vente des joyaux de la Couronne française par la IIIe République (1887)
Sous la IIIe République (4 septembre 1870 - 10 mai 1940) et après plusieurs années de débats (1881-1887) sur l’affectation de la vente des bijoux, la Chambre des sénateurs adopta la loi sur la vente des Joyaux de la Couronne le 26 octobre 1886. Elle fut suivie par le vote de la Chambre des députés le 7 décembre 1886. La Troisième République française décida de mettre aux enchères la majeure partie de la collection « pour empêcher d’éventuels monarques de la revendiquer ». Un faux prétexte et une décision stupide qui privèrent la France d’un trésor culturel et historique unique au monde. La vente eut lieu du 12 au 23 mai 1887. La plupart des bijoux furent acquis par des collectionneurs privés et d’autres familles royales. Évaluation des Joyaux de la Couronne avant la vente de 1887
En 1814, les Joyaux de la Couronne comprenaient 65 072 pierres et perles, la plupart montées en bijoux, dont 57 771 diamants, 5 630 perles et 1 671 pierres de couleur (424 rubis, 66 saphirs, 272 émeraudes, 235 améthystes, 547 turquoises, 24 camées, 14 opales, 89 topazes). En 1887, la collection, riche de 77 486 pierres et perles, se divisait en deux ensembles de bijoux : le premier, le plus ancien, remontant à la Restauration, et le second, créé sous le Second Empire, les Diamants de la Couronne n’ayant pas été utilisés sous la monarchie de Juillet. Les Joyaux de la Couronne étaient estimés à 13 950 000 francs or à la fin du Consulat (1799), à 20 319 229,59 francs en 1823 et à 20 862,39 francs en 1830. La commission d’expertise de 1882 les évalua à 21 267 040 francs, mais décida que certains diamants ne devaient pas être vendus. Le diamant le Régent, par exemple, resta finalement au Louvre. Le désastre de la vente de 1887
Finalement, la collection mise en vente fut estimée à environ 8 000 000 francs or. Le prix fut fixé à 6 000 000 francs. L’État dépensa 293 851 francs pour organiser la vente. Les recettes finales s’élevèrent à seulement 6 927 509 francs. Non seulement la vente fut décevante sur le plan financier, mais elle fut aussi catastrophique sur le plan historique, minéralogique (certaines pierres d’exception ayant disparu) et artistique (tant de chefs-d’œuvre de l’orfèvrerie française disparurent en même temps). En réalité, tout concourut à faire perdre aux pierres leur identité et leur valeur : pour faciliter les achats, les éléments des parures de la Restauration furent vendus séparément, les décorations du Second Empire furent démantelées, et les ornements en feuille de groseillier furent dispersés. Les acquéreurs furent principalement des joailliers (Boucheron, Bapst Frères, Tiffany, etc.), qui achevèrent de démanteler la plupart des bijoux pour réutiliser les pierres. Au total, 6 864 050 francs issus de la vente furent déposés à la Caisse des Dépôts et Consignations (banque de l’État).
Les discussions se poursuivront quant à l'affectation des fonds générés par cette vente : fonds de dotation pour les Musées Nationaux ou caisse des invalides du travail (???) (un nouveau fonds pour les travailleurs handicapés !). À noter qu'en 1890, le prince Albert von Thurn und Taxis acheta la tiare, conçue par le joaillier officiel de la Couronne, Alexandre-Gabriel Lemonnier (de), comme cadeau de mariage pour son épouse. Elle resta dans la famille pendant près d'un siècle. De plus, de 1945 jusqu'à sa mort en 1953, le duc de Westminster racheta les joyaux de la Couronne dispersés pour les offrir à Aimée de Heeren. Cependant, quelques pièces ne sont pas à vendre.
Mais quelques objets, dont la Joyeuse, la couronne de couronnement de Napoléon, ainsi que certaines épées et pièces cérémonielles, furent conservés et placés au musée du Louvre (dont le diamant Le Régent), au Muséum national d'histoire naturelle ainsi qu'à l'École des mines (certaines gemmes des Joyaux de la Couronne de France). La couronne de l'impératrice Eugénie (épouse de Napoléon III) fut rendue à l'ancienne impératrice, qui la légua à la princesse Marie-Clotilde Bonaparte. Elle fut ensuite vendue aux enchères en 1988, puis donnée par Roberto Polo au musée du Louvre à Paris, où elle est aujourd'hui exposée.
Les joyaux de la Couronne aujourd'hui au Louvre
Aujourd'hui, la Galerie d'Apollon du Louvre abrite la principale collection royale de gemmes et les diamants de la Couronne. La Galerie d'Apollon est elle-même une œuvre d'art. Quarante et une peintures, cent dix-huit sculptures et vingt-huit tapisseries ornent cette galerie. Reconstruite après un incendie qui endommagea une partie du Louvre le 6 février 1661, elle devait servir, vingt ans plus tard, de modèle à l'un des symboles du classicisme français : la Galerie des Glaces du château de Versailles. Ce n'est que deux siècles plus tard, en 1850, que la décoration de la Galerie d'Apollon fut achevée sous la direction de Félix Duban. Eugène Delacroix fut chargé de réaliser une œuvre de 12 mètres pour orner le plafond, *Apollon vainqueur du serpent Python*.
Lors de la vente de mai 1887, la broche-reliquaire de l'impératrice Eugénie, dite « agrafe rocaille », composée de quatre-vingt-cinq diamants montés sur argent doré, vendue aux joailliers Frédéric Bapst et Alfred Bapst, fut attribuée au musée du Louvre, où elle est toujours exposée.
Les joyaux de la Couronne aujourd'hui au Louvre sont présentés dans trois vitrines. La première expose des bijoux d'avant la Révolution, la seconde ceux du Premier Empire, de la Restauration et de la monarchie de Juillet. La troisième met en valeur les bijoux du Second Empire, avec des vestiges des somptueux atours de l'impératrice Eugénie.
La collection de gemmes des rois de France
La Galerie d'Apollon met en valeur la somptueuse collection de gemmes réunie par les rois de France. Taillées dans des minéraux précieux (agate, améthyste, lapis-lazuli, jade, sardoine ou cristal de roche) et rehaussées de montures spectaculaires, ces œuvres d'art sont des objets de grand luxe. Très prisées depuis l'Antiquité, les gemmes passionnaient particulièrement Louis XIV, dont la collection en comptait quelque 800 pièces.
Les diamants de la Couronne
Les joyaux de la Couronne aujourd'hui au Louvre incluent également les célèbres diamants de la Couronne. Malgré les aléas d'une histoire mouvementée marquée par des vols, des dispersions et des ventes, certaines pièces témoignent encore de l'éclat royal. La plus ancienne est le spinelle dit Côte-de-Bretagne, entré au trésor grâce à la reine Anne de Bretagne. Trois diamants historiques, le Régent, le Sancy et l'Hortensia, ornaient les vêtements ou les couronnes des souverains. Sont également conservés des ensembles spectaculaires créés au XIXe siècle, comme le parure d'émeraudes et de diamants portée par l'impératrice Marie-Louise (seconde épouse de Napoléon Ier).
Origine des joyaux de la Couronne aujourd'hui au Louvre
En plus des joyaux conservés depuis la vente de 1887, le musée du Louvre poursuit une politique d'acquisitions ponctuelles, rachetant des pièces au gré des opportunités sur le marché.
En 1988, le musée du Louvre a acquis la couronne de l’impératrice Eugénie – 2 490 diamants et 56 émeraudes sertis dans de l’or – réalisée en 1855 par le joaillier Alexandre-Gabriel Lemonnier. En 1992, la Société des amis du Louvre a acheté le diadème de perles de l’impératrice Eugénie – argent doré à l’or fin, orné de 212 perles d’Orient et de 1 998 diamants – réalisé en 1853 par Alexandre-Gabriel Lemonnier. Jusqu’alors, il appartenait à un ami d’Aimée de Heeren, Johannes, 11e prince de Tour et Taxis (1926-1990), qui avait hérité d’un important patrimoine artistique. Le diadème aux brillants et émeraudes de la duchesse d’Angoulême (sœur de Louis XVI et unique survivante de la Révolution), vendu en 1887 et conservé dans des collections privées pendant plus d’un siècle, réapparut à Londres dans la seconde moitié du XXe siècle comme propriété d’Antony Lambton. Exposé à partir des années 1980 au Victoria and Albert Museum de Londres, le diadème fut vendu par Lambton en 2002 et acquis par le Louvre, où il est exposé depuis. En 2008, le musée a fait l’acquisition du grand nœud de corsage en diamants de l’impératrice Eugénie, réalisé en 1855 par François Kramer, joaillier personnel de l’impératrice. Ce bijou était resté dans la famille Astor pendant plus d’un siècle. L’achat en 2015 du bouchon d’épaule de l’impératrice Eugénie, réalisé en 1853 par François Kramer, a complété les collections du Louvre le 11 février 2015. En octobre 2019, le musée du Louvre a acquis un élément de la ceinture du jeu de rubis de la duchesse d’Angoulême (la ceinture comptait douze autres éléments, dont la plaque centrale, plus grande que les autres). Selon les inventaires du XIXe siècle, l’ensemble en rubis comprenait, en plus de la ceinture, un diadème, une « couronnette », un grand et un petit collier, deux bracelets, deux appliques, un pendentif, deux boucles d’oreilles, une agrafe et quatorze boutons de corsage. Le diadème, l’agrafe et le grand collier restent dans des collections privées. Les deux bracelets, en revanche, sont déjà au Louvre, où ils avaient été légués par Claude Mercier en 1973.
Pièces majeures des joyaux de la Couronne non récupérées par le Louvre
Il subsiste encore un certain nombre de diamants et de joyaux de la Couronne dispersés depuis 1887, réapparus sur le marché mais non acquis, ou ne pouvant l’être, par le musée du Louvre. Le diadème d’émeraudes (transformé) de l’impératrice Marie-Louise (seconde épouse de Napoléon Ier), conservé au Smithsonian Institute de Washington. L’ensemble d’émeraudes de l’impératrice Marie-Louise comprenait un diadème, un collier, une paire de boucles d’oreilles et un peigne. Commandé au joaillier François-Regnault Nitot pour le mariage de l’Empereur avec l’archiduchesse, il fut emporté par l’impératrice après la chute de l’Empire et légué à son cousin Léopold II de Toscane. L’ensemble resta dans la famille des Habsbourg jusqu’en 1953, date à laquelle il fut vendu à Van Cleef & Arpels. Le joaillier vendit ensuite les émeraudes du diadème une à une, les remplaçant par de la turquoise. L’homme d’affaires américain Marjorie Merriweather Post acheta le diadème à la fin des années 1950 et le légua au Smithsonian Institution en 1966. Le peigne, transformé et perdu après les années 1960, disparut. Le collier et la paire de boucles d’oreilles, en revanche, ont été conservés dans leur état d’origine et rejoignent les collections du musée du Louvre en 2004, grâce au Fonds du patrimoine, à la Société des amis du Louvre et à la direction du musée. Collier de diamants offert par Napoléon à Marie-Louise (également légué par Merriweather Post) à l’occasion de la naissance de leur fils.
Le diamant Hope
Ce diamant bleu de 69 carats fut volé en 1792 et taillé illégalement avant 1812. Il est aujourd’hui connu sous le nom de « diamant Hope », du nom de son premier acquéreur, Henry-Philippe Hope. Le diadème de saphirs de la duchesse d’Angoulême (sœur de Louis XVI, Louis XVIII et Charles X), qui comportait également des incrustations de turquoise, commandé au joaillier Bapst en 1819, fut également vendu en 1887. Il réapparut lorsque Sir Edward Sassoon épousa Aline Rothschild.
La tiare est restée la propriété de leur fille Sybille, marquise de Cholmondeley, qui la fit transformer entre 1937 et 1953 (d'après des photographies la montrant portée par la marquise aux couronnements de George VI et d'Élisabeth II). La marquise la vendit en 1973, et la tiare disparut ensuite lors d'une vente aux enchères chez Christie's, acquise par un collectionneur privé. Christie's a également organisé la vente du diamant Grand Mazarin en novembre 2017 à Genève, pour 12,5 millions de francs suisses, soit le double de son estimation. Le nom de l'acheteur et du vendeur n'ont pas été divulgués.
Combien valent les joyaux de la Couronne exposés au Louvre ? Il est très difficile d'en donner une estimation. D'une part, il n'existe pas de marché régulier pour des bijoux de cette qualité. D'autre part, la valeur historique de ces joyaux pour la France (et pour les amateurs fortunés du monde entier) est difficilement quantifiable. D'autant plus que les légendes qui leur sont associées peuvent en augmenter la valeur affective pour les acheteurs potentiels. Par exemple, le diamant Hope (autrefois le Grand Bleu de Louis XIV) était estimé à 200 millions de dollars il y a quelques années. Plus récemment, sa valeur théorique a grimpé à 350 millions de dollars !
Cependant, quelques chiffres peuvent être avancés, basés sur certaines transactions réalisées ces dernières années :
**Le diamant Sancy (55 carats)**
Ce diamant était également d'une valeur immense, valant plusieurs millions de livres. Acheté par Mazarin en 1657 et offert à Louis XIV avec dix-sept autres diamants. Il disparut lors du vol de 1792, réapparut à Londres en 1794, et après avoir changé plusieurs fois de mains, il appartint à la famille Astor, qui le vendit au Louvre en 1889 pour 1 million de francs. Peut-on dire que sa valeur aujourd'hui est toujours de 1 million, mais en euros cette fois ?
**Le Régent (140,64 carats)**
Le Régent est le joyau de la Couronne le plus célèbre de France. La pierre brute pesait 410 carats et fut découverte en 1698 à Golconde, en Inde. Selon la légende, un esclave l'aurait échangée contre un passage sur un navire. Mais le marin anglais sans scrupules le tua et vendit la pierre à Thomas Pitt, gouverneur anglais de Madras. C'est pourquoi on l'appelle aussi « le Pitt ». Philippe d'Orléans, régent de France sous Louis XV, décida de l'acheter pour quelques centaines de milliers de livres. La pierre prit alors le nom de « Régent ». Volée en 1792, retrouvée par hasard en 1793, engagée par le Directoire, récupérée par Napoléon Bonaparte en 1802. Napoléon Ier en fit un talisman et la fit sertir à plusieurs reprises, d'abord sur la garde de son épée de parade de 1803, puis sur celle de son épée de couronnement de 1804, et enfin sur le pommeau de son épée impériale de 1812. Une valeur de 70 millions de dollars a parfois été avancée, mais cette estimation n'a aucun sens, car ce diamant est profondément ancré dans l'histoire de France et donc invendable. Cependant, si une telle vente devait avoir lieu, son poids de 140 carats (lHope n'en fait que 69), sa taille exceptionnelle et son histoire en feraient une pièce dont la valeur dépasserait toute évaluation.
**Le diamant Hortensia (21,32 carats)**
Le diamant Hortensia est un diamant de 21,32 carats à la teinte pêche légèrement orangée. On le connaît aussi sous le nom de diamant rose. Taillé en 1678, il fut acquis par Louis XIV, qui le portait en épingle. Il porte le nom d'Hortense de Beauharnais (1783-1837), reine de Hollande de 1806 à 1810. Hortense de Beauharnais était à la fois la fille (adoptive) de Napoléon Ier et sa belle-sœur (par son mariage avec Louis Bonaparte), ainsi que la mère de Napoléon III et de son demi-frère le duc de Morny (qu'elle eut avec Charles de Flahaut, aide de camp du maréchal Murat, lui-même beau-frère de Napoléon Ier). Quelle histoire familiale !
Le diamant Hortensia fut volé lors du cambriolage de 1792, qui visait une partie des diamants de la Couronne au Garde-Meuble de la Couronne à Paris, mais fut récupéré grâce à une enquête policière acharnée. Il fut porté pour la dernière fois par l'impératrice Eugénie (épouse de Napoléon III) en 1856.
En 1887, il fut attribué au Muséum national d'histoire naturelle, puis au Musée du Louvre à Paris, où il est exposé.
Ces trois diamants historiques, le Régent, le Sancy et l’Hortensia, ont orné les vêtements ou les couronnes de souverains. Le Louvre conserve également des parures, des couronnes (notamment celle de Louis XV), des diadèmes et des épées cérémonielles, ainsi que des insignes ou des pièces d’orfèvrerie et d’émaillerie. On y trouve par exemple des ensembles spectaculaires créés au XIXe siècle, comme ceux en émeraudes et diamants de l’impératrice Marie-Louise.
Quelle valeur pourraient avoir ces pièces uniques sur le marché ? Les joyaux de la Couronne de France ne sont plus une question de valeur marchande. Ils restent un symbole puissant du passé monarchique de la France et un témoignage de son influence historique et de sa richesse culturelle.
Bien que ces joyaux ne forment plus une collection unifiée, leur histoire est préservée dans les musées et les archives, où ils continuent de fasciner et de refléter l’évolution dramatique de la France, d’un royaume à une république.