Le Printemps Haussmann, la mode parisienne à prix abordables

Le grand magasin Printemps n’a pas été le premier. En réalité, c’est Aristide Boucicaut, le « père » des grands magasins modernes, qui a ouvert Le Bon Marché en 1852 de l’autre côté de la Seine (rive gauche), et il reste un magasin très actif aujourd’hui. C’est donc « seulement » le 11 mai 1865 que Jules Jaluzot et Jean-Alfred Duclos ont fondé Au Printemps, suivis en 1894 par les Galeries Lafayette.

Le modeste mais remarquable départ de Jules Jaluzot et d’Augustine Figeac chez Au Printemps

Début 1864, Jaluzot s’installe chez Le Bon Marché pour apprendre le métier. Parmi ses clientes, il rencontre Augustine Figeac, une étoile de la Comédie-Française. Il l’épouse le 17 février 1864. La mariée apporte une dot considérable de 300 000 francs. Jules Jaluzot, lui, n’apporte que 60 300 francs-or, une somme plus modeste. Grâce à la dot de sa femme, il peut, à 30 ans, capitaliser sur son expérience pour ouvrir sa propre enseigne, Au Printemps, en partenariat avec Jean-Alfred Duclos.

Jules Jaluzot et Jean-Alfred Duclos s’installent sur trois étages à l’angle du boulevard Haussmann (rive droite) et de la rue du Havre. L’emplacement est alors éloigné du cœur animé de Paris, mais proche de la gare Saint-Lazare – et quelques années plus tard, du nouvel Opéra Garnier.

Dès cette année-là, Printemps connaît son premier grand succès avec la commercialisation exclusive d’une soie noire, la « Marie-Blanche », qui séduit les clientes jusqu’aux années 1900.

Puis, en 1866, Printemps innove et lance le principe des soldes tel qu’on les connaît aujourd’hui : au lieu de camoufler les produits démodés ou défraîchis, ils sont vendus à prix cassés à des périodes bien définies. Ce principe séduit les masses, même si la récession économique s’étend.
Enfin, à la suite d’un différend ou d’un manquement aux clauses d’apport en capital, Jules Jaluzot rachète les parts de Jean-Alfred Duclos par acte du 4 juin 1866.

Succès après succès au grand magasin Printemps

En juillet 1870, à la déclaration de guerre, la grande majorité des 250 employés de Printemps sont contraints de rejoindre la Garde nationale. Pourtant, les stocks mis de côté permettent au magasin de reprendre immédiatement son activité en 1873.
En avril 1874, Printemps Haussmann s’agrandit avec deux nouveaux étages et deux maisons rue de Provence, reliées par des passerelles en fer, ainsi que l’ajout de deux ascenseurs, une nouveauté pour l’époque (la joie des enfants). Le grand magasin absorbe peu à peu les immeubles voisins. En 1881, il compte une quatrième façade rue de Caumartin.

Le grand magasin Printemps disparaît dans l’incendie du 9 mars 1881

Le 9 mars 1881, un incendie se déclare lorsqu’une employée de ménage allume un bec de gaz pour travailler, enflammant soudain un rideau de mousseline et ravageant le magasin. Peu après, l’incendie fait fondre deux conduites de gaz, provoquant des explosions et attisant de nouveaux départs de feu. L’édifice finit par s’effondrer, détruisant entièrement les bâtiments de Printemps, à l’exception de ceux de la rue Caumartin.
Mais dès le début de l’année 1882, l’architecte Paul Sédille érige déjà les structures du nouveau bâtiment, achevé en 1883, avec l’installation de l’électricité.

Une catastrophe devient une opportunité

La partie incendiée fut reconstruite et les anciens bâtiments démolis pour assurer l’harmonie et la modernité du nouvel édifice.
En 1904, le Printemps était accessible par la ligne no 3 du métro.
Parmi les innovations architecturales et techniques figuraient une organisation assurant un espace fonctionnel, encore reconnue aujourd’hui par les historiens de l’art et de l’architecture comme le prototype du grand magasin moderne et du bâtiment industriel. Par ailleurs, l’utilisation du fer comme élément décoratif visible, et non plus seulement comme renfort structurel, fut introduite, de même que des éclairages entièrement repensés, plus sûrs.
En 1905, pour mettre en valeur les articles proposés au public, le sous-sol fut agrandi et un large escalier central à quatre révolutions décoratives, symbolisant l’ascension, fut installé dans le hall principal.
En 1906, le Printemps s’équipa d’un téléphone.

Nouvelle extension en 1907 pour le grand magasin

En 1907, le Printemps fit construire un nouvel immeuble qui, dès 1908, ouvrait plusieurs de ses nouvelles galeries au coin de la rue Caumartin et de la rue de Provence. Il était relié au magasin ancien par une galerie souterraine.
En avril 1910 fut inauguré ce qui devint les Nouveaux Magasins. À l’époque, ils occupaient environ la moitié de la surface actuelle des magasins Printemps Haussmann.
Le style du nouvel édifice, coiffé d’une coupole et d’une terrasse, rappelait suffisamment celui du magasin conçu par Paul Sédille pour préserver une certaine homogénéité. Mais une fois encore, les innovations architecturales ne passèrent pas inaperçues : le nouvel hall octogonal fut jugé audacieux, les ferronneries des balcons et des rampes d’escalier s’inscrivaient dans le style Art nouveau, l’éclairage du bâtiment était stupéfiant, et les trois nouveaux ascenseurs à grande vitesse émerveillaient les visiteurs.
En 1912, avec l’essor des arts nouveaux puis des arts décoratifs, le Printemps commença à proposer des catalogues de meubles et d’objets de table : c’était l’atelier d’art Primavera, dont les pièces étaient réalisées dans deux ateliers de Montreuil.
Les premiers mannequins firent leur apparition dans les vitrines du Printemps pendant la Première Guerre mondiale. Créés spécialement pour le magasin, leur style original les distinguait des mannequins de série. Pendant la guerre, les vitrines du Printemps devinrent une destination de promenade pour les Parisiens désœuvrés.

Un nouvel incendie ravage le grand magasin Printemps le 28 septembre 1921

Le 28 septembre 1921, un nouveau sinistre frappa les Nouveaux Magasins, avec des conséquences désastreuses. Peu de parties des façades et des structures de toiture furent épargnées.
L’architecte Georges Wybo dirigea les travaux de reconstruction, en s’appuyant sur les mêmes plans qu’avant l’incendie. Cette fois, cependant, Wybo intégra de nouvelles techniques de construction plus sûres (notamment le système automatique d’extinction Grinnell) pour prémunir définitivement le magasin contre les incendies dévastateurs.
En 1923, une seconde ligne de métro (la ligne no 9), desservant la station Havre-Caumartin, fut ouverte directement dans l’enceinte du Printemps.

Le grand magasin Printemps : une actualité qui s’enchaîne

Cette même année, en 1923, le grand maître verrier Brière installa une coupole en vitraux dans le magasin du boulevard Haussmann.
À partir de 1924, le Printemps Haussmann se mit à organiser des expositions et des événements dans ses murs. Par exemple, une exposition est organisée chaque mois de janvier pour marquer la saison blanche.
Depuis sa reconstruction, le magasin Printemps du boulevard Haussmann a également accordé une place de choix aux présentations et aux vitrines consacrées à la mode. Ce sont de véritables œuvres d’art qui attirent tout Paris.
C’est aussi à cette époque que naquit le concept de vitrines de Noël animées, attirant des foules d’autant plus importantes que la télévision n’était pas encore accessible dans les foyers.
Le Printemps ne s’arrêta pas là. En 1930, les premiers escaliers mécaniques desservirent les étages supérieurs des bâtiments, améliorant l’accès et la circulation dans les rayons.

Dans les années 50 et 60, Le Printemps comptait 23 grands magasins en France et 13 magasins Prisunic. Le Printemps Haussmann, aussi appelé le « flagship », s’étendait sur trois bâtiments.
Des succursales furent également ouvertes dans des lieux atypiques comme l’aéroport d’Orly, le paquebot France et, à partir de 1964, en périphérie et dans des centres commerciaux (comme Nation, Parly 2 et Vélizy 2).

La mode chez Le Printemps

Dans les années 1930, Printemps lance la marque masculine Brummel.
En 1933, le couturier Paul Poiret y présente sa collection.
En 1962, Pierre Cardin crée une collection spéciale pour Printemps.
En 1978, la « Rue de la Mode » est créée.
En 1998, Christian Lacroix dessine des robes de mariée pour le magasin.
En 1999, des vendeurs connectés à Internet font leur apparition chez Printemps.

Les marques de Le Printemps

En 2000, l’immeuble voisin de Citadium est inauguré. Citadium est la marque de mode urbaine du groupe Printemps, « le magasin de référence pour les 15-25 ans, proposant le meilleur de la mode, des baskets, des accessoires et des gadgets, avec plus de 250 marques emblématiques et émergentes. Plus qu’un magasin, c’est un concept unique, un lieu de vie, de partage et de découverte, qui vibre au rythme des événements artistiques et musicaux. Aujourd’hui, Printemps compte 9 magasins en plus de celui de la Rue Caumartin, ainsi qu’une boutique en ligne.

En 2001, Printemps consacre un étage entier au luxe : le Printemps du Luxe, dédié à la haute joaillerie.
En 2003, il inaugure le plus grand espace beauté du monde.
En 2006, un étage de 3 000 m² est entièrement dédié à la chaussure féminine.
En 2011 est créée La Belle Parfumerie. Une « halle gourmande », entièrement dédiée aux épiceries fines et à la gastronomie de luxe, est également installée.

Le Grand Dôme, la Seconde Guerre mondiale et la rénovation de 2007 à 2012

En 1939, le dôme en vitraux du magasin Printemps Haussmann est entièrement démonté et entreposé à Clichy pour éviter sa destruction par les bombardements. En 1973, le dôme est restauré par le petit-fils du maître verrier Brière, d’après les plans conservés dans l’atelier familial.
Entre 2007 et 2012, un important projet de rénovation est mené sur les façades des deux bâtiments du Printemps Haussmann. L’objectif était de renforcer l’image du magasin comme « chef-d’œuvre des arts décoratifs » et d’en faire des modèles d’avant-garde architecturale, à l’image des débuts du magasin.

Les vitrines de Noël animées du Printemps Haussmann, boulevard Haussmann à Paris

Pendant six semaines en fin d’année, les vitrines de Noël animées du Printemps Haussmann attirent chaque année des Parisiens, des provinciaux et des étrangers. Au total, plus de dix millions de personnes assistent à cet événement chaque année.
La tradition remonte à la création de Printemps en 1865, mais c’est Le Bon Marché qui « a popularisé le concept » à partir de 1909. Les vitrines de Noël se sont généralisées dans les années 1920.

Chiffres clés du Printemps Haussmann

45 500 m² de surface commerciale, répartis sur 3 bâtiments et 27 étages
plus d’un million d’articles en vente
40 000 visiteurs par jour (jusqu’à 100 000 pendant les fêtes de fin d’année)
7,5 millions de visiteurs par an, dont 20 % d’étrangers
Chiffre d’affaires : 1 501 millions d’euros en 2015 (comptes récents non déposés)
Bénéfice net : 11 millions d’euros en 2015

Qui est propriétaire de Le Printemps ?

Les changements de propriété du groupe Au Printemps au fil des décennies n’ont pas affaibli le dynamisme commercial du magasin.

1865 : les fondateurs : Jules Jaluzot et Jean-Alfred Duclos créent la société en commandite Au Printemps par acte notarié le 11 mai 1865, un titre évocateur dont le premier slogan en révèle toute la profondeur : « Au Printemps, tout est nouveau, frais et joli, comme le titre : Au Printemps ».
1866 : départ de Jean-Alfred Duclos
1905 : Jaluzot est contraint de démissionner par ses actionnaires à la suite d’une crise économique liée à la chute des prix du sucre. Il est remplacé par Gustave Laguionie.
1920 : À la mort de Gustave Laguionie, son fils Pierre prend la tête du Printemps.
1972 : Le groupe Maus Frères (Maus Frères Holding est un groupe suisse de sociétés de distribution et de vente) prend le contrôle du groupe Printemps. En 1977, Jean-Jacques Delort dirige une nouvelle équipe dont l’objectif est de redresser la situation économique difficile du Printemps.
1991 : François Pinault rachète le groupe Printemps, puis fusionne son propre groupe avec Printemps, qui prend le nom de Pinault-Printemps. Le groupe intègre Conforama, Prisunic, La Redoute et, en 1994, la Fnac. Le Printemps se recentre alors sur cinq univers forts : Beauté, Art de vivre, Mode, Accessoires et Homme.
2006 : Le groupe PPR cède le Printemps au fonds immobilier RREEF (filiale de Deutsche Bank !), en association avec le groupe italien Borletti.

Le Printemps après François Pinault (à partir de 2013)

2013 : En mars, le groupe Borletti annonce des négociations exclusives avec le fonds luxembourgeois « Divine Investments », ou « DISA », composé d’investisseurs qatariens dont Mayapan, le fonds personnel de l’émir du Qatar, pour une prise de participation majoritaire dans son capital et le rachat des parts de RREEF.
En avril, l’AFP révèle que le même fonds prévoit de prendre le contrôle du groupe Borletti, qui deviendrait alors l’unique propriétaire du Printemps.
En juin de la même année, le parquet de Paris, dirigé par François Molins, annonce son intention d’ouvrir une enquête préliminaire sur la vente du Printemps au fonds DISA détenu par des investisseurs qatariens.
Été 2013 : Durant l’été, le journal d’investigation Mediapart publie un échange d’emails entre le PDG du Printemps, Paolo de Cesare, et Jérôme Cahuzac, alors ministre du Budget, évoquant l’exil fiscal de ce dernier en Suisse. L’enquête révèle ensuite que Paolo de Cesare avait mis en place un montage financier permettant aux 22 millions d’euros de bonus versés lors de la vente du Printemps de transiter par une holding domiciliée à Singapour, évitant ainsi l’imposition. Les plus-values réalisées lors de la vente (plus de 600 millions d’euros en cinq ans) étaient également exonérées d’impôts, car versées sur un compte au Luxembourg.
2020 : En mars, le groupe se sépare de son PDG Paolo de Cesare, en poste depuis 2007.
Septembre 2020 : Six mois plus tard, en septembre, il est remplacé à la tête du groupe par Jean-Marc Bellaiche, ancien de BCG, Tiffany & Co et Contentsquare.

Aujourd’hui, la maison mère d’Au Printemps est Printemps Holding Luxembourg, contrôlée par le fonds DISA, composé d’investisseurs du Qatar. Le groupe Le Printemps comprend :

4 enseignes, Printemps, Citadium, Place des Tendances et Made In Design ;
le groupe Printemps s’exprime à travers ses 20 magasins Printemps en France, dont 4 affiliés, 9 magasins Citadium
et 4 sites e-commerce, printemps.com, citadium.com, Place des Tendances et Made In Design ;
et s’est imposé comme un acteur clé du multicanal, distribuant plus de 3 500 marques en France et à l’étranger.