Le Château de Versailles à travers l’histoire chaotique de la France
Le château de Versailles fait partie du domaine de Versailles, qui s’étend sur 815 hectares. Il se situe à 20 km à l’ouest, légèrement au sud, à vol d’oiseau, du centre de Paris, et à 25 km par la route de Notre-Dame de Paris. Si aujourd’hui, il ne faut pas plus d’une heure pour rejoindre Versailles depuis Paris, Louis XIV devait prévoir au moins une matinée de trajet en carrosse. C’est probablement l’une des raisons pour lesquelles il a progressivement installé sa cour à Versailles à temps plein.
Le domaine de Versailles : le Roi a pensé grand
Aujourd’hui, le parc du château de Versailles couvre 815 ha, contre plus de 8 000 ha avant la Révolution française. Le jardin seul s’étend sur 93 ha. Le parc comprend de nombreux éléments, dont le Petit et le Grand Trianon (résidence de Napoléon Ier, Louis XVIII, Charles X, Louis-Philippe Ier et Napoléon III), le Hameau de la Reine, le Grand et le Petit Canal, une ménagerie (aujourd’hui détruite), une orangerie et la pièce d’eau des Suisses. Le domaine de Versailles (hors château principal) fait l’objet d’un article séparé (URL).
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Le château de Versailles (Palais)
Le château de Versailles est un ensemble complexe de cours et de bâtiments principaux, tous conservant une harmonie architecturale. Il s’étend sur 63 154 m², répartis en 2 300 pièces, dont 1 000 sont occupées par le Musée national des châteaux de Versailles. Les deux châteaux de Trianon, également situés dans le parc, sont présentés dans un autre article (voir URL Domaine).
Histoire du domaine de Versailles
Louis XIII (père de Louis XIV) acheta un terrain à Jean de Soisy, dont la famille était propriétaire depuis le XIVe siècle, et y fit construire une nouvelle demeure. De temps à autre, il y recevait sa mère Marie de Médicis et son épouse Anne d’Autriche, mais ils n’y passaient jamais la nuit, le château de Louis XIII ne disposant pas d’appartements pour les femmes.
Au début du XVIIe siècle, les terres environnantes appartenaient d’une part à la famille de Gondi, d’autre part au prieuré Saint-Julien de Versailles, dont le prieur était Mathieu Mercerie. De 1622 à 1654, Jean-François de Gondi fut archevêque de Paris, dont dépendait le prieuré. Jean-François de Gondi, seigneur de Versailles, était propriétaire du domaine. Le 8 avril 1632, il vendit « la terre et seigneurie de Versailles » au roi. À l’emplacement de l’actuel domaine de Versailles ne se dressait alors qu’un moulin à vent.
Tout a commencé modestement avec Louis XIII
En mai 1631, les travaux débutèrent pour agrandir la demeure de Louis XIII, sous la direction de l’ingénieur-architecte Philibert Le Roy. En 1634, le mur entourant la cour fut remplacé par un portique de pierre à six arches en fer forgé. En 1643, sentant sa mort approcher, Louis XIII déclara : « Si Dieu me rend la santé, dit-il à son confesseur, le jésuite Jacques Dinet, je mettrai fin au libertinage, j’abolirai les duels, j’abolirai la peine de mort, je réprimerai l’injustice, je prendrai la communion tous les huit jours, et dès que je verrai mon dauphin en âge de monter à cheval et majeur, je lui céderai ma place et me retirerai à Versailles avec quatre de vos Pères, pour m’entretenir avec eux de choses divines et ne plus songer qu’aux affaires de mon âme et à mon salut. »
Le 14 mai, Louis XIII mourut, laissant le royaume à son fils Louis XIV, âgé de quatre ans. Trop jeune pour régner, la gestion du royaume fut confiée à sa mère Anne d’Autriche, et Versailles cessa d’être une résidence royale pendant près de dix-huit ans.
Le 18 mai 1643, Anne d’Autriche fit appel au cardinal Mazarin pour devenir Premier ministre. Elle en fit également le précepteur de son fils. Le lendemain de la mort du roi, Louis et son jeune frère, le duc Philippe d’Anjou, quittèrent Saint-Germain-en-Laye pour s’installer au Palais-Cardinal, rebaptisé Palais-Royal, à Paris.
Entre 1751 et 1753, Louis XIV, alors âgé de 14 ans, revint plusieurs fois à Versailles pour chasser, sans pour autant s’y attacher. Le jeune monarque de 14 ans préférait de loin la chasse à Vincennes (à l’est de Paris).
1660 : le véritable départ du projet du château de Versailles
En septembre 1660, le roi commença à prendre le contrôle du domaine. Au lieu de nommer un successeur à l’ancien intendant, M. de Beaumont, il confia la gestion à son proche serviteur, Jérôme Blouin, premier valet de chambre du roi. Blouin rétablit l’ordre dans l’administration du domaine en renvoyant, sur ordre du roi, le jardinier Hilaire II Masson, accusé de malversations. Louis XIV demanda également que l’inventaire du château soit vérifié. Et le 11 octobre 1660, le roi ordonna au concierge Henry de Bessay, sieur de Noiron, de se retirer à Saint-Germain-en-Laye. Quatre mois après son mariage avec Marie-Thérèse d’Autriche, Louis XIV se rendit à Versailles avec son épouse le 25 octobre 1660 pour « goûter à la chasse ». C’est à ce moment que l’intérêt du roi pour le domaine de son père devint explicite. Il envisagea d’agrandir le jardin et de créer un nouveau parc d’« étendue considérable ». Dès le mois de novembre, Blouin commença à chercher des financements pour les travaux à venir. Pour ce faire, il remit en vente le bail de la seigneurie et parvint, non sans difficulté, à le faire accepter par le receveur-fermier en place, Denis Gourlier, pour la somme de 5 200 livres.
1661 à 1664 : les débuts des travaux du château de Versailles
À partir de 1661, le roi alloua une somme modeste d’un million et demi de livres. Il faut dire que le lancement de ces travaux suscita des critiques sournoises parmi les courtisans. Le chroniqueur Saint-Simon les décrivit ainsi : « Versailles, lieu ingrat, triste, sans vue, sans bois, sans eau, sans terre, car tout n’est que sable et marécage, sans air, donc malsain. » Louis XIV consacra alors 4 campagnes de financement à Versailles jusqu’en 1710.
La première campagne (1664-1668)
À partir de 1664, Louis XIV aménagea Versailles pour pouvoir y passer plusieurs jours avec son Conseil et des membres de la Cour. Il décida de conserver le château originel construit par Louis XIII, davantage pour des raisons financières que sentimentales. Le Vau tripla alors la surface du château, qui fut décoré avec un grand luxe, notamment en reprenant le thème du soleil, omniprésent à Versailles. Le jardin de Versailles, particulièrement apprécié par Louis XIV, fut orné de sculptures de Girardon et Le Hongre. En 1665, les premières statues furent installées dans le jardin et la grotte de Téthys fut construite. La première orangerie, la ménagerie et la grotte de Téthys furent édifiées à cette époque. Deux ans plus tard, le creusement du Grand Canal commença. Entre 1669 et 1671, les oiseaux et mammifères de la ménagerie servirent de modèles aux compositions de Pieter Boel, peintre flamand, intitulées Les Douze Mois, d’après les dessins de Charles Le Brun pour la manufacture des Gobelins. Vingt de ces études sont conservées au Louvre.
La deuxième campagne (1669-1672)
La deuxième campagne de construction débuta avec le traité d’Aix-la-Chapelle, qui mit fin à la guerre de Dévolution. Le traité fut célébré par une fête donnée en son honneur le 18 juillet 1668. Connue sous le nom de « Grand Divertissement royal de Versailles », elle fut marquée par la création de *George Dandin ou le Mari confondu*, pièce de Molière, et des *Fêtes de l’Amour et du Hasard*, musique de Jean-Baptiste Lully. Comme lors de la fête de 1664, certains courtisans ne trouvèrent pas de toit où dormir, ce qui renforça les projets d’agrandissement du château. Le projet fut finalement accepté et se caractérisa par l’instauration d’une nouvelle enveloppe financière.
La troisième campagne (1678-1684)
Les traités de Nimègue, qui mirent fin à la guerre de Hollande, déclenchèrent la troisième campagne de construction à Versailles. Sous la direction de Jules Hardouin-Mansart, le château prit l’aspect que nous lui connaissons aujourd’hui.
La Galerie des Glaces, avec ses deux salons jumeaux (Salon de la Guerre, Salon de la Paix), les ailes Nord et Sud ainsi que l’œuvre herculéenne du jardin, furent les emblèmes de cette époque du règne du Roi-Soleil. La quatrième campagne de travaux, de 1699 à 1710
Peu après la défaite de la guerre de la Ligue d’Augsbourg, et probablement aussi sous l’influence de la pieuse favorite Madame de Maintenon, Louis XIV engagea sa dernière campagne de construction à Versailles. La quatrième campagne (1699-1710) vit l’édification de la dernière chapelle (l’actuelle chapelle du château), conçue par Jules Hardouin-Mansart et achevée après sa mort par Robert de Cotte en 1710. L’agrandissement de l’appartement du Roi fut également entrepris à cette époque, avec la réalisation du Salon de l’Œil-de-bœuf et de la chambre du Roi. Avec l’achèvement de la chapelle, l’essentiel des constructions du Roi-Soleil touchait à sa fin. Louis XIV mourut en 1715.
La cour de Louis XV quitte Versailles pour Paris
Louis XV, son successeur, était le seul survivant de la famille décimée par la rougeole. Né en 1710, il était l’arrière-petit-fils de Louis XIV et n’avait que cinq ans en 1715. Son tuteur, Philippe d’Orléans (dit le Régent, neveu de Louis XIV et cousin au second degré de Louis XV), quitta Versailles le 9 septembre et s’installa dans sa résidence parisienne du Palais-Royal, avec le Roi et la Cour aux Tuileries. Pendant cette Régence, le duc de Noailles proposa rien moins que de raser le château. En 1717, Pierre le Grand, tsar de Russie, visita Versailles et logea au Grand Trianon.
Louis XV revient au château de Versailles
Cela se produisit en 1722. Les raisons invoquées furent diverses. Il semble que le roi ait été favorable au projet, comme en témoignent des écrits tels ceux du maréchal de Villeroi, qui montrent son attachement au château de Versailles. Ce retour symbolisait aussi la prise de possession de l’héritage de son grand-père. L’avocat Barbier raconte comment, à son arrivée à Versailles, le jeune Louis XV, âgé de douze ans, s’allongea sur le parquet de la Galerie des Glaces pour admirer les peintures du plafond voûté, imité en cela par les courtisans.
L’apport de Louis XV au château de Versailles
Trois projets de Louis XV furent menés à bien : l’achèvement du grand appartement avec le Salon d’Hercule, le Bassin de Neptune et l’ajout d’un opéra royal au château. Bien qu’il se soit peu intéressé à la musique ou à la peinture, il portait un vif intérêt à l’architecture. À son retour en 1722, les appartements du Roi furent entièrement repensés. Le deuxième étage devint l’appartement intérieur du Roi, conservant ses fonctions cérémonielles. En revanche, au deuxième étage, Louis XV fit aménager ses petits appartements et cabinets à usage privé. La même année, il fit installer un cabinet de travail dans un grenier du deuxième étage, donnant sur la cour de marbre.
Pour le reste, il est à noter que Pierre Narbonne, premier commissaire de police de la ville de Versailles, établit un recensement de la cour versaillaise en 1722 : 4 000 personnes logeaient dans le château lui-même, et environ 2 700 dans les dépendances (principalement du personnel alors appelé « utilités »), sans compter les 1 434 hommes de la garde simple du roi, pour lesquels aucun logement n’était mentionné. Louis XV eut également huit filles. Pour loger toutes ces princesses dans des appartements dignes de leur rang, Gabriel réalisa une série de transformations. Au fil des années, les « Mesdames » changèrent d’appartements, passant de l’aile Midi à l’aile Nord, puis au premier étage du bâtiment principal (et même au deuxième étage pour Madame Adélaïde). Ces déménagements successifs entraînèrent la disparition totale de certains ensembles, comme l’appartement des bains, l’escalier des Ambassadeurs et le cloisonnement de la galerie basse.
Le Salon d’Hercule
La nouvelle Administration des Bâtiments, dirigée par le duc d’Antin depuis 1708, commença à décorer le Salon d’Hercule en 1712, sous la direction de Robert de Cotte. Mais ce n’est qu’en 1729 que fut réalisée la nouveauté du plafond sculpté compartimenté par François Lemoyne. Celui-ci saisit l’occasion pour rivaliser avec Véronèse en peignant *L’Apothéose d’Hercule* entre 1733 et 1736. Sur le mur du fond se trouve une immense toile de Véronèse, *Le Repas chez Simon*, offerte par la République de Venise au roi Louis XIV en 1664. La salle fut achevée en 1736, mais ne fut inaugurée que le 26 janvier 1739, lors d’un « bal paré » célébrant le mariage de la fille aînée de Louis XV avec l’Infant d’Espagne. Le Salon d’Hercule fut ensuite le cadre de plusieurs « grands couverts » exceptionnels (en 1769 pour le mariage du duc de Chartres, et en 1782 pour la naissance du Dauphin) ainsi que d’audiences extraordinaires, comme celle de l’ambassade du sultan de Mysore Tipou Sahib en août 1788.
Versailles sous Louis XV par l’architecte Gabriel
Tout au long de sa carrière, Ange-Jacques Gabriel (1698-1782), nommé Premier architecte du roi en 1742, fut confronté à des problèmes d’hébergement. La reine donna naissance à huit princesses et deux garçons. Pour loger ces princesses dans des appartements dignes de leur rang, Gabriel réalisa de nombreux travaux. De 1761 à 1768, il entreprit également la construction du Petit Trianon. Le 16 mai 1770, le mariage du Dauphin (futur Louis XVI) avec Marie-Antoinette de Lorraine, archiduchesse d’Autriche, fut célébré dans la chapelle royale. Dans le même temps, l’Opéra Royal fut inauguré à l’occasion du festin royal, marquant l’apogée de l’art de Gabriel. L’Opéra Royal est sans conteste son œuvre majeure. En 1771, Gabriel présenta au roi son « grand projet » de reconstruction de toutes les façades côté ville. Seul l’aile droite, menacée de ruine, fut édifiée. Avec son pavillon à colonnes, les règles de l’architecture classique furent respectées. Le roi approuva le projet. Les caisses royales étant vides, c’est Madame du Barry qui se chargea de lever les fonds nécessaires. En 1772, les travaux du « grand projet » débutèrent, mais ne furent jamais achevés ; ils donnèrent naissance à l’aile Louis XV.
Louis XVI et le château de Versailles
La vie de cour à Versailles se poursuivit sous Louis XVI, mais des restrictions financières furent imposées à la Maison du roi, et l’entretien du château coûtait cher. L’absence de commodités (salle de bain, chauffage) dans les appartements rendait de plus en plus pressante la nécessité d’une rénovation complète des bâtiments, mais le manque de fonds repoussa le projet jusqu’à la Révolution française. Marie-Antoinette imposa des dépenses importantes pour le Petit Trianon, ce qui contribua à la rendre impopulaire. Le 15 août, fête de l’Assomption, était commémoré par une grande procession à laquelle assistaient tous les courtisans. Cette cérémonie rappelle la consécration de la France à la Vierge, décidée par Louis XIII. C’est lors de la cérémonie du 15 août 1785 que le roi fit arrêter son Grand Aumônier, le prince-cardinal Louis de Rohan, dans la Galerie des Glaces bondée, après son implication dans l’affaire dite du Collier de la reine.
Bibliothèque de Louis XVI
À son avènement en 1774, Louis XVI souhaita une pièce dédiée à son repos. Ce fut une bibliothèque qui fut choisie. Elle fut commencée dès le début de son règne. Le décor, conçu par Ange-Jacques Gabriel, fut sculpté par Jules-Antoine Rousseau. Jean-Claude Quervelle réalisa une grande table à plateau monoxyle pour que Louis XVI puisse y exposer ses biscuits de Sèvres. Deux globes, l’un terrestre et l’autre céleste, complétèrent le décor en 1777. C’est dans cette bibliothèque que Louis XVI décida, comme évoqué plus haut, d’arrêter son Grand Aumônier le 15 août 1785.
1783 : le cabinet doré de Louis XVI
Cette salle fut créée pour abriter une partie des collections de Louis XIV. Sous le règne de Louis XV, elle servit à divers usages.
Par exemple, il servit de salle d'exposition pour la vaisselle en or du roi, d'où le nom de « Cabinet de la Vaisselle d'Or ». Il fut ensuite rattaché aux appartements de Madame Adélaïde, fille de Louis XV. À partir de ce moment, cette pièce devint son salon de musique, où Adélaïde recevait des leçons de harpe de la part de Beaumarchais. On raconte que Mozart y aurait joué pour la famille royale en 1763. Sous Louis XVI, la pièce redevint une salle d'exposition. En 1788, Louis XVI y exposa l'un de ses achats personnels, le cabinet aux papillons.
Le château de Versailles pendant la Révolution française (1789-1799)
Le château, site emblématique de la royauté, fut au cœur des événements révolutionnaires dès 1789, lorsqu'il accueillit les États généraux du 5 mai au 27 juin 1789, qui sonnèrent le glas de la monarchie française. Le 5 octobre de la même année, un groupe de Parisiennes marcha sur Versailles pour exprimer son mécontentement. Ce mouvement populaire, qui aboutit à l'invasion du château, marqua un tournant décisif pour la monarchie. Le roi Louis XVI et sa famille furent contraints de quitter Versailles pour Paris, sans jamais y revenir. Cela marqua l'abandon définitif du château en tant que centre du pouvoir. Avant de partir, le roi demanda au gouverneur de préserver le château, qui sombra dans l'obscurité avec la fermeture de ses volets. Bien que dépouillé de sa splendeur, Versailles fut néanmoins protégé de la destruction par la Garde nationale et quelques rangs de Suisses. Seuls les symboles royaux, comme les fleurs de lys et les couronnes, furent détruits, mais le château perdit une partie de son mobilier, transporté ailleurs ou entreposé dans des garde-meubles. Ce fut le cas du célèbre secrétaire de Louis XV, transféré à l'Hôtel de la Marine à Paris. En 1790, la municipalité de Versailles demanda l'aide du roi pour soutenir les ouvriers locaux, notamment pour l'entretien du Grand Canal. Cependant, Louis XVI cessa rapidement les paiements, laissant le canal se dégrader en un marécage insalubre. Un décret en 1792 protégea le site, le réservant à une école de natation. Après la chute de la monarchie en 1792, le mobilier restant fut vendu aux enchères entre 1793 et 1796. De nombreuses pièces prestigieuses furent achetées par des représentants du roi George III pour décorer des palais anglais. Certains révolutionnaires allèrent jusqu'à envisager de démolir le château. À la fin de 1793 et au début de 1794, les abords du Grand Canal furent utilisés pour des activités agricoles. Des gondoliers et des marins furent maintenus pour entretenir la flottille, tandis que les animaux de la Ménagerie furent transférés au Muséum national d'Histoire naturelle à Paris. Versailles devint également un dépôt d'œuvres d'art confisquées aux nobles émigrés. Cependant, le château ne fut pas totalement fermé au public. Quelques citoyens, en possession des clés, purent faire visiter le lieu à des groupes de visiteurs. Ce n'est qu'en 1795 que le château devint officiellement un musée, confirmant sa nouvelle vocation culturelle. Il abrite des chefs-d'œuvre de l'École française, tandis que le Louvre se concentre sur les collections hollandaises et flamandes. Le château, bien que privé de son faste d'antan, devient un lieu où histoire et art coexistent. Certaines parties du château furent également transformées en écoles, et le potager du roi fut utilisé pour des cours de sciences naturelles. Ainsi, Versailles, jadis symbole de la grandeur royale, devint un espace public et pédagogique, tout en conservant une partie de sa majesté malgré la Révolution.
Versailles sous le Consulat et l'Empire de Napoléon Ier (1799-1814)
Sous le Consulat et l'Empire (1799-1814), Napoléon Ier envisagea de transformer le château de Versailles en palais impérial. En 1804, Duroc, grand maréchal du palais, prit possession du château au nom de l'Empire, et en 1805, le pape Pie VII bénit la foule depuis la Galerie des Glaces. Cependant, Napoléon choisit de s'installer au Grand Trianon, retardant son installation à Versailles. Dès 1806, il commanda des tapisseries impériales à la manufacture des Gobelins.
Jacques Gondouin, l’architecte en charge, proposa deux projets : un économique, consistant en la construction d’une aile avec un théâtre, et un plus ambitieux incluant de nombreuses rénovations et améliorations, notamment au Grand Commun, à l’orangerie et au Grand Canal. Cependant, les guerres interrompirent les travaux en 1807. En 1808, Napoléon abandonna les plans de Gondouin et se concentra sur la rénovation des bâtiments existants. En 1810, après son mariage avec Marie-Louise, Napoléon souhaita à nouveau s’installer à Versailles et confia les travaux à l’architecte Alexandre Dufour. Celui-ci présenta des plans ambitieux, dont la construction d’une nouvelle aile avec une salle du trône et un théâtre. En 1811, après la naissance de son fils, le roi de Rome, Napoléon envisagea d’en faire un palais pour son héritier, mais privilégia finalement la construction du Palais du Roi de Rome à Chaillot. Plusieurs projets furent étudiés, notamment ceux de Jean-François Heurtier et du duo Dufour-Fontaine, mais la chute de l’Empire en 1814 mit fin à ces transformations. Versailles resta inutilisé jusqu’au retour de la monarchie, bien que Napoléon séjournât régulièrement au Grand Trianon.
La Restauration (1814-1830)
Après la Restauration, Louis XVIII entreprit des travaux de restauration à Versailles, prévoyant d’en faire sa résidence d’été. Il y renonça cependant, craignant que cela n’altérât son image de souverain non absolu. Ces travaux, poursuivis par Charles X, inclurent notamment la construction du Pavillon Dufour (1818-1820). Philippe Louis Marc Antoine de Noailles, nommé gouverneur de la Maison royale de Versailles en 1815, géra les affaires royales et paroissiales sur place. À sa mort en 1819, il fut honoré à la Chambre des pairs par Armand de Saint-Georges, qui lui succéda dans ses fonctions.
Louis-Philippe Ier (1830-1848) et Napoléon III (1851-1870)
De 1830 à 1870, le château de Versailles devint un monument célébrant la gloire de la France à travers les siècles. Entre 1830 et 1870, Louis-Philippe transforma Versailles en un musée dédié « À toutes les gloires de la France », afin de sauver le château de la ruine et de favoriser la réconciliation nationale. Sous la direction de l’architecte Pierre Fontaine, les travaux, financés par Louis-Philippe, coûtèrent plus de 23 millions de francs. Le roi créa la Galerie des Batailles, une vaste salle ornée de 32 tableaux commémorant les victoires militaires de la France. Le Musée d’Histoire de France, inauguré en 1837, connut un grand succès et intégra des salles comme la Salle des Croisades. Sous le Second Empire, Versailles devint un lieu de réceptions prestigieuses, comme celle de la reine Victoria en 1855 ou d’autres personnalités lors de l’Exposition universelle de 1867. Napoléon III poursuivit les aménagements, ajoutant notamment des peintures illustrant les grands événements de son règne (guerre de Crimée, campagne d’Italie). Les Grand et Petit Trianon furent transformés en musées, le second dédié à la mémoire de Marie-Antoinette. L’impératrice Eugénie, passionnée par l’époque de Marie-Antoinette, contribua à l’engouement pour Versailles, notamment en réinstallant des pièces de mobilier prestigieuses, comme le coffret de Schwerdfeger ou le bureau de Roentgen. Ces efforts firent de Versailles un symbole de l’histoire nationale, intégrant des éléments de l’Ancien Régime, de la Révolution, de l’Empire et de la monarchie. Le château devint ainsi un monument célébrant la gloire de la France à travers les siècles.
Versailles après la défaite de Napoléon III à Sedan
Cette appropriation du château par les Allemands se déroula en deux temps. Après la défaite de Sedan en 1870, qui marqua la fin de la guerre franco-prussienne, le château de Versailles devint le quartier général de l’armée prussienne lors du siège de Paris. La Galerie des Glaces fut transformée en hôpital de 400 lits, tandis que 1 000 pièces d’artillerie furent installées sur la place d’Armes. Le roi Guillaume Ier et sa cour s’installèrent à Versailles le 5 octobre 1870.
Ils ont célébré Noël et le réveillon du Nouvel An dans les appartements royaux, se nourrissant de mets simples comme une salade de hareng. Le Kronprinz décora ses soldats sous la statue équestre de Louis XIV. Plus tard, le château devint un site historique pour la nation allemande. Le 18 janvier 1871, l’Empire allemand fut officiellement proclamé dans la Galerie des Glaces. Cet événement historique scella l’union entre la Confédération de l’Allemagne du Nord et les États du Sud, sous l’égide du chancelier Otto von Bismarck. Bien que le roi de Prusse ait logé à la préfecture de Versailles plutôt qu’au château, cet événement symbolique fit de Versailles un lieu clé de l’histoire allemande. Les troupes prussiennes quittèrent finalement Versailles le 6 mars 1871, après la signature d’un armistice par Adolphe Thiers.
En 1871, l’insurrection de la Commune de Paris contraignit le gouvernement français à s’installer temporairement à Versailles. L’Assemblée nationale s’installa à l’Opéra Royal, tandis que 23 000 prisonniers communards furent regroupés à l’Orangerie. Certains d’entre eux furent exécutés dans le parc, près du mur des Fédérés, dans le camp de Satory. En 1874, l’état de délabrement du château attira l’attention, et Émile Zola décrivit un Versailles abandonné, déserté, lentement rongé par le temps et l’oubli. Il critiqua l’immensité du bâtiment, désormais trop vaste pour une utilisation humaine.
En 1875, des lois constitutionnelles établirent un Parlement bicaméral, avec le Sénat siégeant à l’Opéra Royal et la Chambre des députés dans la nouvelle salle du Congrès, le plus grand hémicycle parlementaire d’Europe. Après 1879, le Parlement regagna Paris, mais Versailles resta le lieu où le Congrès des parlementaires se réunissait pour les élections présidentielles jusqu’en 1962, et pour les révisions constitutionnelles.
**Versailles sous la direction de Pierre de Nolhac**
Pierre de Nolhac arriva à Versailles en 1887 en tant qu’attaché de conservation, avant de devenir conservateur du musée en 1892. Il se fixa deux objectifs : créer des galeries historiques organisées de manière scientifique et restaurer le château dans son état d’avant la Révolution. Pour y parvenir, Nolhac supprima certaines salles, réorganisa la décoration et retira des œuvres d’art. Sa transformation donna au château une nouvelle renommée, attirant des personnalités comme le duc d’Aumale et l’impératrice Eugénie. Nolhac invita également des figures étrangères, comme le tsar Nicolas II. Il développa le mécénat, avec des dons privés comme celui de Gordon Bennett, conduisant à la création de la Société des amis de Versailles en 1907.
Pendant la Première Guerre mondiale, Nolhac protégea les œuvres du château. En 1919, Versailles devint le lieu symbolique de la signature du traité de paix, rendant l’Alsace-Lorraine à la France. En mémoire de l’humiliation subie par la France en 1871, le gouvernement français décida que le traité de Versailles, mettant fin à la Première Guerre mondiale, serait signé dans la Galerie des Glaces. Le traité fut signé le 28 juin 1919 par David Lloyd George, Georges Clemenceau et Thomas Woodrow Wilson, en présence de représentants allemands. La France retrouva ainsi l’Alsace-Lorraine au même endroit où elle l’avait perdue.
Malgré les efforts de Nolhac, le château et ses jardins restaient dans un état pitoyable. Il souffrit financièrement des dépenses imposées par la guerre. Nolhac quitta son poste en 1919 après 32 ans de service, laissant Versailles sans financement stable malgré les restaurations et les initiatives qu’il avait mises en place.
**Le sauvetage du château par l’homme d’affaires américain David Rockefeller**
Après sa visite en France, John Davison Rockefeller décida de financer la restauration du château de Versailles, notamment les travaux de structure et les aménagements hydrauliques du parc. Il versa un premier paiement en 1924, puis un second en 1927. La générosité de ce citoyen américain incita le gouvernement français à allouer un budget annuel de restauration au château.
Versailles et la Seconde Guerre mondiale
À l'approche de la Seconde Guerre mondiale, l'Inspecteur général des Beaux-Arts, Pierre Ladoué, prit des mesures de défense passive pour protéger les œuvres : les boiseries furent retirées et les pièces majeures furent envoyées dans les châteaux de Brissac, Sourches et Chambord, ainsi qu'à l'abbaye des Vaux-de-Cernay. L'accès à la Galerie des Glaces fut également condamné. Le Grand Canal fut asséché pour tromper les aviateurs ennemis. À l'arrivée des Allemands, le seul personnel restant était le conservateur en chef, son épouse et un pompier invalide. Le 15 juin 1940, le drapeau nazi flottait sur le château, et le 18 juin, les Allemands y installèrent des batteries antiaériennes dans les jardins. En octobre, Charles Mauricheau-Beaupré devint conservateur en chef du château. Cette période est marquée par des images de soldats allemands visitant la Galerie des Glaces, berceau de l'Empire allemand. En juillet 1940, Goebbels visita le château ; Hermann Göring s'y rendit également à plusieurs reprises.
Pendant l'Occupation, les bâtiments subirent des infiltrations d'eau et le froid. Versailles fut libéré le 25 août 1944. À la fin de la guerre, les œuvres furent réinstallées et des travaux de restauration commencèrent, notamment dans la chambre de la Reine. En septembre 1944, le quartier général des Alliés s'installa à l'hôtel Trianon Palace voisin. Fred Astaire dansa pour les soldats américains devant le château (côté jardins), qui visitèrent également les lieux pour admirer les peintures. Le château rouvrit au public au printemps 1946.
Le nouveau sauvetage de Versailles – la période Mauricheau-Beaupré
Dès 1951, le conservateur en chef, Charles Mauricheau-Beaupré, alerta le Sous-Secrétaire d'État aux Beaux-Arts, André Cornu, sur l'état de délabrement de Versailles : il pleuvait dans la Galerie des Glaces, et les peintures étaient menacées. Après une visite d'une journée, le ministre estima le coût des travaux à environ cinq milliards de francs ; en février 1952, il lança un appel radiophonique à l'aide auprès du peuple français, les sensibilisant à l'état du palais royal : *« Vous dire que Versailles est en péril de ruine, c'est vous dire que la culture occidentale va perdre l'un de ses joyaux les plus nobles. Ce n'est pas seulement un chef-d'œuvre que l'art de France doit craindre de voir disparaître, mais en chacun de nous une image de la France qu'aucun autre ne saurait remplacer. »* Plusieurs mécènes se manifestèrent immédiatement : le gouverneur de la Banque de France (qui offrit dix millions de francs), Georges Villiers (président du Conseil national du patronat français), ainsi que de nombreux artistes (les écrivains Roger Nimier et Jean Cocteau, les peintres Henri Matisse et Maurice Utrillo), et surtout le grand public (enfants, soldats, etc.).
Le domaine de Versailles, un hôtel pour chefs d'État ?
Versailles a servi de palais national pour la présidence française. À ce titre, il a accueilli des chefs d'État étrangers, dont Nikita Khrouchtchev en 1960, John Kennedy en 1961, Élisabeth II en 1957 et 1972, le shah d'Iran en 1974, Mikhaïl Gorbatchev en 1985, Boris Eltsine en 1992 et Vladimir Poutine en 2017. En 1959, le général de Gaulle fit aménager le Grand Trianon pour y loger les chefs d'État étrangers et leurs suites : une aile fut également réservée au président de la République (« chambres, salons, cuisines, chapelle », etc.). En 1999, ces pièces furent rendues au château. Seul le Pavillon de la Lanterne, situé au sud du parc, resta réservé au Premier ministre jusqu'en 2007, date à laquelle Nicolas Sarkozy en fit une résidence présidentielle secondaire.
En 1982, du 4 au 6 juin, il accueillit le « Sommet de Versailles », la 8e réunion du G7 des dirigeants des sept pays les plus industrialisés. Mais il fut aussi le théâtre d'un attentat terroriste. Symbole fort, le château de Versailles fut visé dans la nuit du 25 au 26 juin 1978. Une bombe à retardement, posée par deux nationalistes bretons, endommagea dix salles, dont la Galerie des Batailles, causant trois millions de francs de dégâts.
Versailles abrite également le Jardin, le Parc, les châteaux du Grand Trianon et du Petit Trianon, ainsi que le Hameau de la Reine de Marie-Antoinette. Dans l’axe du château, à l’opposé de l’entrée sur la ville de Versailles, s’étendent le Jardin et le Parc, orientés ouest/nord-ouest. Au pied du château se trouvent le Jardin, le Grand Canal et le Parc. D’avril à octobre, les 83 hectares de jardins accueillent les grands événements musicaux et nocturnes organisés par Château de Versailles Spectacles. Le Parc, à lui seul, couvre près de 700 hectares et comprend six structures annexes encore existantes :
- la Pièce d’eau des Suisses,
- le Grand Canal,
- le Grand Trianon, aussi appelé Trianon de marbre (anciennement Trianon de porcelaine),
- le Petit Trianon,
- le Hameau de la Reine (Marie-Antoinette),
- le Pavillon de la Lanterne (aujourd’hui résidence d’été présidentielle),
- la Ménagerie.
Pour en savoir plus sur le Parc et ses structures annexes, consultez l’URL.