Domaine de Versailles, ses jardins, le Parc, le Grand Trianon et le Hameau de la Reine

Le domaine de Versailles comprend le château de Versailles, les jardins, le parc, le château du Grand Trianon, le château du Petit Trianon, le Hameau de la Reine – et l’ancienne Ménagerie royale. Étant donné l’abondance d’informations disponibles sur Versailles, nous avons consacré un article spécial au château (cliquez sur *Le château de Versailles à travers l’histoire chaotique de la France*). Le présent texte se limite à tout ce qui, dans le domaine de Versailles, peut être admiré autour du château, du parc, des éléments aquatiques, des châteaux du parc et du Hameau de Marie-Antoinette. Les visiteurs ont souvent tendance à se concentrer uniquement sur le « château central », alors que le domaine de Versailles recèle d’autres trésors qu’il serait dommage de négliger. Pour aider les visiteurs à s’orienter et à découvrir l’ensemble du domaine, nous avons rédigé un article pratique intitulé *« Visite de Versailles : organiser votre parcours dans le château et le domaine »*. Le domaine de Versailles Le domaine de Versailles se situe à 20 km à vol d’oiseau à l’ouest, légèrement au sud du centre de Paris, à 25 km par la route de Notre-Dame. Si aujourd’hui, il faut moins d’une heure pour rejoindre Versailles depuis Paris, Louis XIV devait prévoir au moins une matinée de trajet en carrosse. C’est probablement l’une des raisons pour lesquelles il a progressivement installé sa cour à Versailles de manière permanente. En premier lieu, le château de Versailles s’étend sur 63 154 m², répartis en 2 300 pièces, dont 1 000 abritent le Musée national des châteaux de Versailles et de Trianon. Au pied du château, les jardins de 83 hectares abritent les parterres d’Eau, du Nord et du Midi, sous lesquels se trouve l’orangerie. Dans l’axe de la grande perspective qui part du parterre d’Eau, on découvre le parterre de Latone et le Tapis Vert, ouvrant sur le Grand Canal et le parc. Les principaux bosquets sont le bosquet des Bains d’Apollon, le bosquet de la Colonnade, le bosquet des Dômes et le bosquet des Rocailles. Le parc, à lui seul, couvre 720 hectares, contre 8 000 avant la Révolution française. D’avril à octobre, les jardins accueillent les « Grandes Eaux musicales et nocturnes », organisées par Château de Versailles Spectacles. Dans l’axe du château, du côté opposé à l’entrée de Versailles depuis la ville, s’étendent les jardins et le parc, orientés ouest/nord-ouest. Le parc, d’environ 720 hectares, comprend six constructions secondaires encore existantes aujourd’hui : - La pièce d’eau des Suisses, - Le Grand Canal, - Le château du Grand Trianon, aussi appelé Trianon de marbre (initialement le Trianon de porcelaine), - Le château du Petit Trianon, - Le Hameau de la Reine (Marie-Antoinette), - Le pavillon de la Lanterne (aujourd’hui résidence d’été présidentielle), - La Ménagerie (détruite pendant la Révolution). Les distances entre les bâtiments du domaine de Versailles sont relativement importantes (1 km entre le château principal et le Grand Trianon, 400 m entre les deux Trianons). On peut se déplacer dans le parc d’un bâtiment à l’autre à pied, à vélo, en voiture (sous réserve de nombreuses restrictions) ou en Petit Train (billets aller-retour uniquement depuis le Grand Canal ou les Trianons vers le château principal, avec montée et descente illimitées, ou billets aller simple depuis le château principal). La pièce d’eau des Suisses La pièce d’eau des Suisses est un bassin situé dans l’enceinte du château de Versailles. Creusé entre 1679 et 1682, il doit son nom au fait qu’il a été réalisé (terminé) par un régiment de Gardes suisses. Il fut créé pour assécher le potager du Roi. Ce plan d’eau, de forme rectangulaire, mesure 487 mètres de long sur 234 mètres de large, prolongé par deux demi-cercles de 196 mètres de diamètre, centrés sur l’axe du bassin. Sa circonférence atteint donc 1 665 mètres, pour une superficie de 14,4 hectares. Avec une profondeur moyenne de 1,70 mètre, son volume est estimé à 250 000 m³, soit l’équivalent de 100 piscines olympiques. Ce bassin a été creusé dans une zone marécageuse, en prolongement de l’orangerie, qui le domine et avec laquelle il forme une perspective. Les travaux ont commencé en 1665, en plusieurs étapes. Initialement de forme octogonale, il fut agrandi vers 1678 par les Gardes suisses au service du roi Louis XIV. Une dernière extension en 1682 ajouta des extrémités arrondies. Sous l’Ancien Régime, le lac était souvent le théâtre de fêtes nautiques. Aujourd’hui, il est accessible à tous et est devenu un lieu prisé pour les pique-niques du dimanche. Il accueille également le Festival du Triathlon de Versailles, organisé chaque année en mai par le Versailles Triathlon Club sur une base bénévole. La « pièce d’eau des Suisses » se situe en dehors du périmètre actuel du château, dont elle est séparée par une route (la route de Saint-Cyr). Le Grand Canal, pièce centrale du domaine de Versailles Le Grand Canal de Versailles est le plus grand bassin du parc du château de Versailles. En forme de croix, il fut construit entre 1667 et 1679, à l’instigation de Le Nôtre. Avant cette date, le parc était fermé par une grille et s’achevait derrière le Bassin des Cygnes. Louis XIV y fit naviguer une grande flotte : un trois-mâts (« Le Grand Vaisseau »), une galère, des chaloupes, des galiotes, des brigantines, des gondoles (offertes par le doge de Venise) et, à partir de 1675, deux yachts anglais. À partir de 1684, un équipage permanent fut constitué : un lieutenant, un maître, un contremaître, onze matelots, six gondoliers (dont deux de Toulon et quatre de Venise), huit charpentiers (dont deux Italiens), deux calfats et un scieur de long, tous placés sous les ordres du capitaine Consolin. Ils étaient logés dans des bâtiments spécialement construits, appelés « Petite Venise », à l’extrémité est du Grand Canal, à proximité immédiate du Bassin d’Apollon. En 1685, 260 hommes des Flandres furent affectés à trois compagnies pour les frégates. Le Grand Canal servit de point de départ aux feux d’artifice lors des somptueuses festivités royales que Louis XIV organisa à Versailles. En hiver, lorsque le gel rendait la navigation impossible, le Grand Canal se transformait en patinoire pour patineurs et traîneaux. Aujourd’hui, le tracé du Grand Canal dessine une croix, avec la perspective principale est-ouest, longue de 1,670 km, située dans l’axe du château. La branche perpendiculaire (creusée en premier), orientée nord-sud et longue de 1 km, est composée de deux bras : le bras nord, menant vers le Trianon, mesure 400 m, tandis que le bras sud, dirigé vers la Ménagerie royale (disparue), s’étend sur 600 m. Pendant la Révolution française, le canal fut comblé et utilisé comme champ de blé. Louis XVIII le fit rétablir dans sa fonction initiale. Le Grand Trianon, au nord du domaine de Versailles Le Grand Trianon, autrefois appelé Trianon de marbre, est un château situé sur le domaine de Versailles. Il fut construit à la demande du roi Louis XIV, à partir de 1687, par l’architecte Jules Hardouin-Mansart, près du château de Versailles, à l’extrémité du bras est du Grand Canal. Son extérieur en marbre rose lui valut le nom de « Trianon de marbre », par opposition au Trianon de porcelaine qui l’avait précédé sur le même site, ce dernier ayant été édifié sur l’ancien village de Trianon. À la fin de la Première Guerre mondiale, après les traités de Versailles et de Saint-Germain-en-Laye signés en 1919 avec l’Allemagne et l’Autriche respectivement, et avant le traité de Sèvres signé en août 1920 avec la Turquie, le traité de Trianon fut signé le 4 juin 1920 avec la Hongrie, pour qui le nom de « Trianon » devint synonyme de tragédie nationale. En 1959, le général de Gaulle envisagea de transformer le Grand Trianon en résidence présidentielle. Cependant, les coûts s’avérèrent considérables : l’estimation de 1961 évaluait à 20 millions de francs français la restauration du bâtiment et de ses aménagements. Pourtant, le Président maintint l’idée de redonner au Trianon son lustre d’antan, afin qu’il puisse accueillir des hôtes prestigieux. Une loi-programme de restauration fut adoptée le 31 juillet 1962. À partir de 1963, le bâtiment fut restauré par Marc Saltet. Il a été réaménagé par Gérald Van der Kemp (avec notamment l’installation de la climatisation, de l’électricité et de cuisines modernes). Au fil du temps, le Grand Trianon a été la résidence de nombreux souverains français et étrangers, dont Louis XIV, Pierre Ier de Russie et Marie Leszczynska, épouse de Louis XV. Parmi ses visiteurs plus récents figurent le général de Gaulle, ainsi que des chefs d’État étrangers en visite officielle en France, comme le président américain Richard Nixon en 1969, le couple présidentiel américain John et Jackie Kennedy, la reine Élisabeth II et le prince Philip en 1972, et le président russe Boris Eltsine en 1992. Il a également été le cadre de la fête d’anniversaire des cinquante ans de Valéry Giscard d’Estaing en 1976, ainsi que de réceptions officielles de la République, dont le sommet du G7 en 1982. Aujourd’hui ouvert au public dans le cadre du Musée National des Châteaux de Versailles et de Trianon, il sert toujours de lieu de réception pour le gouvernement français, qui y accueille ses hôtes de marque. Le Grand Trianon, lieu d’accueil des hôtes de marque 1690-1703 : Louis XIV 1703-1711 : Monseigneur le Dauphin, fils de Louis XIV 1717 : Pierre Ier le Grand, empereur de Russie 1740 : Marie Leszczynska, épouse de Louis XV 1810-1814 : Marie-Louise d’Autriche, épouse de Napoléon Ier 1830-1848 : La reine Marie-Amélie de Bourbon-Siciles, épouse de Louis-Philippe Ier Depuis 1963, le Grand Trianon sert occasionnellement de lieu de rencontre entre le président de la République et des chefs d’État étrangers en visite officielle : Charles de Gaulle a reçu Richard Nixon (États-Unis) en mars 1969. Georges Pompidou a accueilli la reine Élisabeth II (Royaume-Uni) en mai 1972. Valéry Giscard d’Estaing a successivement reçu le shah d’Iran, Jimmy Carter (États-Unis) et Hussein de Jordanie. En 1992, François Mitterrand a accueilli le premier président de la toute jeune Fédération de Russie, Boris Eltsine. Le 27 mars 2014, François Hollande a reçu le président chinois Xi Jinping et son épouse Peng Liyuan pour un dîner privé préparé par le chef Alain Ducasse. Emmanuel Macron a reçu le président russe Vladimir Poutine au Petit Trianon en 2017. Le Petit Trianon de Madame de Pompadour Le « Petit Trianon » est l’un des domaines du parc du « Domaine du Château de Versailles » – construit entre 1762 et 1768, il comprend un château entouré de jardins aux styles variés. À l’origine, il n’y avait qu’un seul jardin. En 1750, à l’instigation de Madame de Pompadour, Louis XV chargea Claude Richard, assisté dix ans plus tard par Bernard de Jussieu, de créer un « jardin de plantes » dans les prairies et les bosquets situés à l’est du Grand Trianon. Cela témoigne de la passion du roi pour les expériences botaniques, inspirées par la doctrine du Dr Quesnay. Il y installa un petit potager avec des serres, lui permettant de cultiver des espèces encore inconnues et d’expérimenter de nouvelles méthodes de culture. L’architecte Gabriel embellit le jardin à la française d’une ménagerie pour animaux ordinaires (de basse-cour), en contraste avec la ménagerie royale exotique toute proche de Louis XIV. Il fit également construire deux fabriques de plaisance et de détente, le Pavillon français et le Salon frais, au milieu des allées vertes. L’ensemble comprend également une écurie, une bergerie et une laiterie. Il a aussi restauré les deux glacières de Louis XIV et construit une maison pour le jardinier Richard. Pendant près de dix ans, le potager fruitier et potager a constamment évolué selon les centres d’intérêt du roi. Des plantes étrangères peu connues, comme l’ananas, le café, les abricots, les cerises, les prunes et les pêches, y furent introduites. Une figuerie fut aménagée près du Salon frais et, pour préserver le charme des promenades, les bords des allées furent bordés de petits orangers en pots de fer. Le roi aimait se promener dans ce jardin et goûter ou offrir les fruits ; les fraises, dont Antoine Nicolas Duchesne cultiva toutes les variétés d’Europe pour permettre de multiples greffes, devinrent l’une des fiertés de Louis XV. En plus d’être un passe-temps et une fantaisie apparemment futiles pour le roi Louis XV, son jardin devint la plus grande collection botanique d’Europe. Joyau de chaque cour et célébré par tous les cercles scientifiques, il fut un véritable laboratoire d’expérimentation. Dès 1758, Louis XV envisageait déjà d’y construire un petit château près des nouveaux jardins. En 1762, le roi demanda à son Premier Architecte de concevoir un château d’un genre nouveau, qui dominerait les jardins. Ce bâtiment néoclassique épuré, au plan carré et aux quatre façades ornées d’ordre corinthien, allie les talents de Gabriel, du sculpteur Guibert et des décorateurs qui apportent à l’intérieur le dernier goût, plus raffiné que somptueux, où la nature et l’atmosphère campagnarde occupent une place privilégiée. Mais Madame de Pompadour, à qui le château était destiné, mourut le 15 avril 1764 sans avoir pu voir l’achèvement des travaux. Ce fut donc avec sa nouvelle favorite, Madame Du Barry, que Louis XV inaugura le Petit Trianon en 1768. Cependant, ce n’est que le 9 septembre 1770 qu’il y passa sa première nuit. À partir de ce moment, le Grand Trianon fut largement délaissé au profit du nouveau château du Petit Trianon, qui captait désormais tous les regards. **Le Petit Trianon de Marie-Antoinette : un cadeau de Louis XVI** À la mort de Louis XV, le 10 mai 1774, la favorite comtesse Du Barry (née en 1743 et guillotinée dix-neuf ans plus tard, le 8 décembre 1793) dut quitter le domaine. Louis XVI offrit le Petit Trianon à sa jeune épouse Marie-Antoinette, déclarant : *« Vous aimez les fleurs, Madame, je vous offre un bouquet. C’est le Petit Trianon. »* D’autres témoins rapportent cependant la scène différemment : *« Madame, ces lieux magnifiques ont toujours été le séjour des favorites des rois, ils doivent donc être les vôtres. »* Le 6 juin 1774, Marie-Antoinette accrocha la rampe de l’escalier de sa nouvelle demeure, et peu après, son royal époux lui remit la clé du domaine, sertie de 531 diamants, réalisée par le serrurier François Brochois et l’orfèvre-joaillier Michel Maillard. C’est ici que Marie-Antoinette créa un monde personnel et intime, loin du faste de la cour. Elle fit construire un théâtre de société. Pendant cinq ans, la reine y monta elle-même sur scène, au sein d’une petite troupe de ses intimes, ou assista à des représentations d’acteurs de la Comédie-Française et de la Comédie-Italienne. Plus tard, elle délaissa la botanique pour faire aménager un jardin à l’anglaise, en contraste avec la monotonie du reste du parc. Entre 1777 et 1782, Richard Mique érigea plusieurs fabriques le long des contours sinueux des allées et d’une rivière : un temple dédié à l’Amour, un « jardin alpin » avec son belvédère et un ensemble de fabriques en anneaux. Dans un style plus rustique, un hameau décoratif vint compléter l’ensemble, inspiré par l’esprit rousseauiste du peintre Hubert Robert (voir ci-dessous). Son empreinte personnelle est visible partout, mais elle construit pour son plaisir immédiat, non pour l’éternité. C’est aussi le lieu où se tinrent des fêtes célèbres : ce sont elles qui galvanisèrent l’opinion publique, et l’excès de ces divertissements contribua à exagérer leur impopularité. On n’hésitait pas à évoquer la destruction d’une forêt entière pour quelques fagots brûlés, à supposer la présence d’amours illicites, voire à accuser la reine d’avoir volé une partie des terres de France. En réalité, ces fêtes furent moins fréquentes que ne le laissaient croire les rumeurs, en raison de leur coût élevé, que le financement de la guerre d’Amérique ne permettait plus. Pourtant, c’est bien ce décalage réel entre les difficultés du peuple et le mode de vie insouciant et fastueux de Marie-Antoinette au Petit Trianon qui alimenta les ragots, les inventions outrancières et les calomnies absurdes, contribuant ainsi à forger l’opinion de la Révolution. Le Petit Trianon et la Révolution Trianon est la partie du domaine de Versailles qui souffre le plus de la Révolution française : le château du Petit Trianon est vidé de ses meubles avant d’être transformé en auberge, les jardins sont convertis en salle de bal publique, et les manufactures du parc sont pillées ou abandonnées. Le 5 octobre 1789, Marie-Antoinette se trouvait dans les jardins du Petit Trianon, près de la grotte, lorsqu’un page vint l’avertir de l’arrivée imminente d’une foule armée aux portes du château de Versailles. Dès le départ de la famille royale, Trianon fut pratiquement abandonné, aux mains du personnel qui continua d’y vivre. Les travaux furent interrompus, laissant les entrepreneurs avec une dette de cinq cent mille livres impayées. Après la chute définitive de la monarchie en 1792, la plupart des meubles et objets du Petit Trianon furent regroupés avec ceux du château de Versailles et vendus aux enchères par décret de la Convention le 10 juin 1793. La vente débuta le dimanche 25 août 1793 et se poursuivit pendant près d’un an, jusqu’au 11 août 1794. Le Trianon lui-même fut déclaré bien national, tout comme le domaine de Versailles, et les terres furent divisées en dix lots. La ville de Versailles proposa d’en faire un jardin botanique, mais André Thouin, jardinier au Jardin des Plantes à Paris, décida de l’installer dans le potager de Versailles. Finalement, Antoine Richard parvint à convaincre l’administration de ne pas vendre les biens nationaux en région parisienne, mais de les conserver au profit de la jeune République. Il obtint le soutien de Charles-François Delacroix, représentant du peuple envoyé à Versailles, ainsi que de son successeur, André Dumont, membre de la Convention, et la vente fut annulée par décret le 4 pluviôse an III. Jusqu’alors, le Petit Trianon n’avait rapporté aucun revenu à l’administration, et en 1796, il fut loué à un cabaretier et aubergiste nommé Charles Langlois, remplacé en 1801 par le citoyen Mettereau. Les bals et fêtes populaires qui s’y tinrent dégradèrent la résidence, et les jardins tombèrent en ruine faute d’entretien. Deux petites maisons du hameau voisin, ainsi que le Pavillon frais, menaçaient de s’effondrer, mais c’est surtout la nature et l’inclémence des saisons qui firent des ravages. Malgré les nombreux revirements politiques du gouvernement central, les jardins furent quelque peu aménagés, mais à des fins éducatives, avec la création d’une école centrale. Le Petit Trianon sous Napoléon Ier En 1805, le Petit Trianon retrouva son statut de palais et fut attribué par l’empereur Napoléon à sa sœur Pauline, princesse Borghèse. Les travaux de restauration furent rapidement engagés. En 1810, le domaine revint à l’impératrice Marie-Louise, seconde épouse de Napoléon, qui fit restaurer l’ancienne résidence de sa grand-tante, malgré les souvenirs douloureux. Le point d’orgue de la vie impériale à Trianon fut la « Fête de l’Impératrice », organisée le 25 août 1811, jour de la Saint-Louis, et marquée par de grands illuminations dans les jardins, des scènes champêtres mises en musique et divers spectacles qui enchantèrent la cour et le couple impérial. Le Petit Trianon sous la Restauration (1814-1830), la monarchie de Juillet (1830-1848) et le Second Empire (1851-1870) Pendant la Restauration, la duchesse d’Angoulême, fille survivante de Louis XVI et Marie-Antoinette, hérita du Petit Trianon, mais en raison des souvenirs douloureux qui y étaient attachés, elle ne s’y promenait qu’épisodiquement et se contenta d’assister au dîner de mariage du duc de Berry avec Marie-Caroline en 1816. Louis-Philippe s’installa au Grand Trianon pour superviser la transformation du château de Versailles en « musée consacré à toutes les gloires de la France ». Quelques semaines après leur mariage, il offrit à son fils Ferdinand et à sa belle-fille, la duchesse d’Orléans, un appartement sous les combles du Petit Trianon. Après y avoir passé de nombreux jours heureux avec son époux, elle revint y pleurer sa perte et se consacrer à l’éducation de leurs enfants, à la suite de sa mort accidentelle le 13 juillet 1842. Les jardins, s’étendant jusqu’au hameau, furent également reconstruits ou rétablis tels qu’ils étaient à l’époque de Marie-Antoinette. Les châteaux de Versailles et du Trianon furent transformés en musées, perdant leur statut de résidences officielles. En 1867, l’impératrice Eugénie ordonna que les meubles et objets des collections d’État ayant appartenu à Marie-Antoinette soient rapatriés au Petit Trianon. Ceux-ci avaient été dispersés pendant la Révolution, lorsque plus de 17 000 lots provenant de l’ensemble du domaine de Versailles furent vendus. Ce n’est qu’au XXe siècle, grâce aux travaux de l’historien du mobilier royal Pierre Verlet, qu’une identification précise et scientifique des meubles fut établie à partir des inventaires des archives de la Maison du roi. Peu à peu, des pièces du mobilier d’origine réintégrèrent le château, rappelant aux visiteurs le goût du Trianon exprimé par Riesener, Jacob et Foliot. Les événements récents au Petit Trianon, dans le domaine de Versailles La tempête du 26 décembre 1999 frappa durement les jardins du Trianon et le domaine de Versailles : des rafales d’une rare violence détruisirent une grande partie des plantations, dont le célèbre tulipier de Virginie planté lors de la création du jardin en 1783. Un programme de restauration fut lancé début 2002, visant à reconstituer une composition fidèle au projet initial de la reine Marie-Antoinette. Au début des années 2000, les restaurateurs avaient pour objectif « de donner l’impression que le temps s’était arrêté le 5 octobre 1789 », date du départ définitif de la famille royale de Versailles, et non de faire de ce lieu un simple musée. Le regain d’intérêt du public pour Marie-Antoinette, renforcé par la sortie du film de Sofia Coppola, encouragea ce vaste projet, mené par Pierre-André Lablaude, architecte en chef des Monuments historiques. À la suite de la pandémie de Covid-19 en France, les jardins du Petit Trianon ne furent plus entretenus et reprirent peu à peu l’aspect qu’ils avaient il y a 300 ans, à l’époque de Marie-Antoinette. Il fut alors décidé de les laisser à l’état naturel et de ne plus les tondre. Le Hameau de la Reine à l’époque de Marie-Antoinette Pour assouvir son goût pour la vie rustique, Marie-Antoinette souhaita faire construire un petit hameau, à l’image de celui que le prince de Condé avait fait édifier à Chantilly en 1775. L’espace ne manquait pas, le domaine de Versailles s’étendant alors sur 8 000 hectares. Ce hameau fut commandé durant l’hiver 1782-1783 par la reine Marie-Antoinette, qui aspirait à s’éloigner des contraintes de la cour de Versailles pour mener une existence plus simple, au cœur d’une nature inspirée des écrits de Rousseau – un petit paradis où théâtre et festivités lui feraient oublier son rang de reine. En 1783, Richard Mique dressa les plans d’un village idyllique. Autour d’un étang artificiel, il fit construire douze chaumières à colombages, dotées de potagers, de vergers, d’une ferme destinée à produire lait et œufs pour la reine, de petits jardins clos, d’un phare et d’un moulin. La maison la plus importante est la Maison de la Reine, située au centre du hameau. La composition du village fut conçue comme un décor de théâtre représentant un village français, dominé par un salon-belvédère. Bien que ce dernier n’ait jamais été construit, son esprit fut préservé. Mais cet écrin champêtre était aussi une exploitation agricole, reflétant l’influence des idées physiocratiques et des philosophes des Lumières sur l’aristocratie de l’époque. Les travaux principaux furent achevés en 1786. Les façades furent peintes en imitation de briques anciennes, de pierres érodées et de bois vermoulu, avec des fissures et des enduits qui s’écaillaient. Elles furent ornées de vignes vierges et de pots en terre cuite garnis de fleurs variées. Les plates-bandes étaient plantées de choux de Savoie et d’une variété de légumes, dont des fraisiers, des framboisiers, des pruniers, des poiriers, des cerisiers, des pêchers, des abricotiers et des noyers. Plus de mille végétaux furent plantés dans les jardins. Le lac fut également peuplé de vingt-sept brochets et de deux mille carpes. Au printemps 1787, ce fut le vœu de la reine que chaque maison fût ornée de fleurs. Pendant l’hiver, elles furent cultivées dans des serres spécialement aménagées à cet effet. Et à la fin de l’été, des grappes de raisin pendaient des pergolas. Avec le théâtre et les jardins paysagers, le hameau représente la principale contribution à l’embellissement de Versailles sous le règne de Louis XVI. Ce projet de hameau, qui était le rêve de perfection jardinière du souverain, fut parfois critiqué jusqu’à la calomnie. À l’inverse, il fut conçu pour éviter toute extravagance. L’éducation des enfants royaux était également l’un des objectifs de ce projet. *« Je n’y tiens pas cour, j’y vis en particulier »*, disait la reine. L’après-midi du 5 octobre 1789, la reine se trouvait dans la grotte. Un messager du roi la convoqua pour qu’elle regagne le château. Elle jeta un dernier regard au hameau qu’elle ne reverrait jamais. Le hameau après Marie-Antoinette Comme le Petit Trianon voisin, le hameau fut loué en 1796 à un cabaretier et aubergiste du nom de Charles Langlois. Abandonné après la Révolution française, le hameau de la reine connut trois grandes campagnes de restauration : la première, menée par Napoléon Ier entre 1810 et 1812, constitue l’essentiel de l’état actuel. La seconde fut réalisée grâce au mécénat de John Rockefeller Jr. dans les années 1930. Enfin, le hameau fut rénové dans les années 1990 sous l’impulsion de Pierre-André Lablaude, architecte en chef des Monuments historiques, et ouvert au public en 2006 dans le cadre d’un ensemble nommé Domaine de Marie-Antoinette. Le hameau fut classé monument historique dès la liste de 1862, complétée par le décret du 31 octobre 1906 qui englobait l’ensemble du domaine de Versailles. La tempête qui balaya la France à la fin de l’année 1999 laissa de nombreux cratères dans tout le hameau, résultat de l’arrachage de cinquante-trois arbres. Dans la quasi-totalité de la déforestation du domaine, un tulipier de Virginie surnommé *« Marie-Louise »*, enraciné au début du XIXe siècle, fut emporté. Ce qui semblait être une catastrophe pour le hameau de la reine se révéla finalement une opportunité de reconstituer le site tel qu’il était à la fin du XVIIIe siècle, débarrassé d’une végétation dépassée, monotone, voire anarchique, tout en préservant l’héritage du jardin botanique de Louis XV et l’aménagement d’origine. La Ménagerie royale du domaine de Versailles La Ménagerie royale de Versailles fut le premier grand projet de Louis XIV à Versailles. Elle fut construite avant même la création du Grand Canal. Sa réalisation fut confiée à l’architecte Louis Le Vau, qui commença les travaux en 1663. Conçue comme un lieu de spectacle, la ménagerie de Versailles est un espace de splendeur et d’émerveillement où l’on pouvait découvrir des animaux exotiques et sauvages venus du monde entier. C’était un lieu de promenade prisé, une étape obligée des grandes fêtes et réceptions de Louis XIV. C’est ici que toute l’Europe des Lumières vint admirer, entre autres, des colibris, des perroquets, des autruches, un éléphant et un dromadaire. Abandonnée pendant la Révolution française, elle tomba en ruine et fut détruite en 1902.