Boulevard Haussmann en hommage à l'homme qui a redynamisé Paris
Le boulevard Haussmann est bordé des immeubles les plus élégants de Paris. Il s’étend sur plus de 2 500 mètres, de l’avenue de Friedland (à 300 mètres de l’Arc de Triomphe à l’ouest) jusqu’aux boulevards Montmartre et des Italiens (à l’est, à deux pas du Musée Grévin). Il traverse plusieurs quartiers des 8e et 9e arrondissements. Il est célèbre pour ses grands magasins et ses boutiques de luxe. Le boulevard Haussmann est devenu une vitrine du chic à la française. Mais ce n’est pas tout…
Origine du boulevard Haussmann
Paris s’est toujours reconstruit sur lui-même au fil des siècles, mais il est vrai que la croissance démographique de la capitale au XVIIIe siècle et dans les premières décennies du XIXe a entraîné une densification considérable des quartiers centraux. Au cours de la première moitié du XIXe siècle, Paris comptait plus d’un million d’habitants, avec des rues étroites, sinueuses et mal éclairées. Les épidémies, dont le choléra en 1832, y faisaient rage.
Ces quartiers, situés à l’intérieur des anciennes enceintes de Charles V, rectifiées sous Louis XIII, formaient un dédale de ruelles qui entravaient la circulation (en 1851, on dénombrait 60 259 voitures à Paris, et la longueur totale des rues de la ville atteignait 500 kilomètres). Les maisons abritaient une population pauvre en augmentation constante, favorisant les conditions d’insalubrité dénoncées par les hygiénistes.
Selon les idées de l’époque, l’étroitesse des rues et la hauteur des immeubles empêchaient la circulation de l’air et la dispersion des « miasmes » porteurs de maladies et de mort.
Les classes aisées quittaient donc progressivement ces quartiers pour s’installer dans les banlieues nord et ouest. C’est ce processus d’appauvrissement du centre-ville, avec ses risques politiques associés, que les grands travaux du XIXe siècle ont fondamentalement cherché à endiguer.
Napoléon III et le préfet Haussmann
Lorsque Louis-Napoléon Bonaparte revint d’exil à Londres en 1848 et fut élu président de la République française, il fut profondément impressionné par l’architecture aérée et moderne des quartiers ouest de la capitale anglaise, reconstruits après l’incendie qui l’avait ravagée au XVIIe siècle.
Pour lui, c’était le modèle à suivre. En 1850, il déclara : « Paris est en effet le cœur de la France ; mettons tous nos efforts à embellir cette grande ville, à améliorer le sort de ses habitants. Ouvrons de nouvelles rues, assainissons les quartiers populaires qui manquent d’air et de lumière, et laissons pénétrer partout les rayons bienfaisants du soleil dans nos murs. »
Georges Eugène Haussmann, d’abord préfet de la Gironde (ville de Bordeaux), s’était fait remarquer en embellissant Bordeaux, en traçant de nouvelles rues rectilignes et en améliorant l’éclairage au gaz et l’adduction d’eau de la ville.
Sa mission, définie par Napoléon III, était d’embellir Paris. Dans le cadre de la transformation de la capitale, le préfet Haussmann conçut (entre autres) cette grande artère comme un axe diagonal reliant le premier cercle des Grands Boulevards à celui de l’enceinte des Fermiers Généraux.
Cela ne fut possible qu’au prix de la destruction de nombreux quartiers. Même la maison où il était né, au coin de la rue du Faubourg-Saint-Honoré, fut rasée.
L’organisation d’Haussmann et l’imagination de Napoléon III
La grande idée d’Haussmann et de Napoléon était d’instaurer une politique facilitant la « circulation des flux » – des personnes, des marchandises, de l’air et de l’eau. Le baron Haussmann était un ardent défenseur des théories hygiénistes. Paris devait être aéré, l’accès aux gares alors en expansion facilité, et la circulation entre les 80 quartiers administratifs de la capitale améliorée.
Différents plans furent élaborés pour redessiner le réseau routier parisien – l’empereur lui-même avait ses propres idées – jusqu’à l’adoption du plan définitif. Les travaux mobilisèrent 80 000 ouvriers, artisans, serruriers, sculpteurs et autres. Le projet fut supervisé par l’État et financé par des emprunts, mais confié à des entrepreneurs privés.
Travaux s’étalant sur plus de 25 ans
Les travaux ont non seulement consisté à aménager des rues, mais aussi à les relier par un réseau d’égouts et d’adduction d’eau. Ils ont donc été menés par secteurs.
Les sections E et F faisaient autrefois partie du boulevard Beaujon.
Section F : entre la rue de Miromesnil et la rue du Faubourg-Saint-Honoré, décret du 17 octobre 1857.
Section E : entre la rue du Havre et la rue de Miromesnil, décret du 16 juillet 1862.
Section D : entre la rue de la Chaussée-d’Antin et la rue du Havre, décret du 27 décembre 1865.
Section C : de la rue Taitbout et de la place Adrien-Oudin jusqu’à la rue La Fayette et la rue de la Chaussée-d’Antin, décret du 22 février 1868.
Section B : de la rue Laffitte à la rue Taitbout et à la place Adrien-Oudin, décret du 24 juillet 1913, ouvert en 1926.
Section A : de la rue Drouot et du boulevard des Italiens à la rue Laffitte, décret du 12 janvier 1922, ouvert en 1926.
Le boulevard a été nommé Haussmann en 1864, de son vivant et bien avant son achèvement. Le baron Haussmann, né en 1809, est mort en 1891, alors que les travaux ne s’achevaient qu’en 1926.
Il est à noter que la main-d’œuvre ayant construit l’ouvrage était en grande partie composée de maçons originaires de la Creuse (Massif central), venus à Paris pour subvenir aux besoins de leurs familles restées au pays.
Des travaux qui ont conduit à l’embellissement et à la modernisation de tout Paris
D’abord, le réseau routier : 64 kilomètres de voies ont été aménagés dans toute la capitale. Parmi eux, l’extension de la rue de Rivoli, du boulevard de Sébastopol, du boulevard Saint-Michel, l’aménagement des Champs-Élysées et de l’avenue de l’Opéra (achevée après la chute du Second Empire).
Cela a entraîné la quasi-disparition des derniers vestiges de la ville médiévale de la capitale… à l’exception de ses églises. 25 000 maisons ont été détruites en dix ans, mais des milliers de bâtiments ont été reconstruits dans le célèbre « style haussmannien ».
La touche « haussmannienne » présente dans tout Paris
Dans sa frénésie d’embellissement, Haussmann a également contribué à la création des parcs et jardins qui ont vu le jour à Paris sous le Second Empire : le parc Monceau, transformé par Alphand, l’un de ses ingénieurs ; le parc des Buttes-Chaumont, ancienne carrière de gypse depuis le Moyen Âge ; le parc Montsouris, etc. Plus généralement, fidèle à ses idées hygiénistes, Haussmann souhaitait au moins une place dans chacun des 80 quartiers de la capitale.
Baron Haussmann : d’autres réalisations ailleurs à Paris
Haussmann a également veillé à embellir les lieux publics :
le palais de Justice a été entièrement rénové,
le Louvre a été achevé
et le palais des Tuileries réhabilité (avant d’être incendié par les émeutiers lors de la Commune de 1871).
Charles Garnier a été chargé de construire un nouvel opéra. Les travaux ont débuté en 1862 et se sont terminés en 1875.
Les abattoirs de la Villette datent également de cette période (avec Merindol ou Janvier – selon les sources – comme architecte).
L’Hôtel-Dieu (hôpital) a été conçu par l’architecte Émile Gilbert, puis par son gendre.
La rénovation des Halles (1852-1872), « le ventre de Paris », a été confiée à Victor Baltard, avec ses célèbres pavillons.
Autre innovation majeure pour l’époque : la mise en place d’un gigantesque réseau d’égouts sous le sous-sol parisien, grâce à l’ingénieur Eugène Belgrand. En 1878, la capitale comptait près de 600 kilomètres d’égouts, contre 100 kilomètres en 1850.
En 1860, avec l’extension de Paris pour intégrer des communes voisines (Belleville, les Batignolles, une partie d’Auteuil, etc.), la capitale a presque doublé sa superficie et gagné près d’un demi-million d’habitants. Sous l’égide d’Haussmann, ces nouveaux quartiers ont été équipés de mairies, d’écoles, de casernes, d’hôpitaux et bien plus encore.
Le coût des travaux « haussmanniens » sur 25 ans
En tout, sur plus de vingt ans, deux milliards de francs or ont été dépensés, soit l’équivalent… du budget annuel de la France. Le projet fut financé par des emprunts. Les contribuables parisiens ont payé les intérêts jusqu’en 1914…
Le boulevard Haussmann et les grands magasins – les règles du style haussmannien s’appliquent
Le boulevard Haussmann est bordé par les deux plus grands magasins de Paris, le Printemps et les Galeries Lafayette, élégants et animés foyers d’activité qui attirent des touristes du monde entier. C’est ce qui a forgé sa réputation depuis la fin du XIXe siècle.
Tous les immeubles du boulevard Haussmann respectent également les règles du style haussmannien :
le rez-de-chaussée abrite des commerces et la loge du concierge ;
le 2e étage est un étage bourgeois, où se trouvent des appartements pour l’aristocratie et la haute bourgeoisie ; les logements disposent de hauts plafonds et de balcons ;
le 5e étage est doté d’un balcon courant le long de la façade ;
les combles abritent le personnel de maison.
Bâtis côte à côte, ces immeubles forment ce qu’on appelle un « mur d’immeubles ».
Autres points forts du boulevard Haussmann
Mais le boulevard Haussmann ne se résume pas à ces deux magasins. C’est aussi un quartier dynamique du centre de Paris, riche en adresses prestigieuses et historiques.
La partie la plus animée commence à la place Saint-Augustin et son imposante église, pour s’achever aux Galeries Lafayette et au Printemps, en passant par l’opéra Garnier. L’activité y est intense, avec le va-et-vient constant de banquiers, de chalands, de cinéphiles et de touristes.
Dans la partie plus calme du boulevard, au numéro 158, se trouve le musée Jacquemart-André, dédié aux beaux-arts et aux arts décoratifs, qui propose toute l’année de grandes expositions. Une promenade sur cette artère est aussi l’occasion d’admirer certaines des plus belles façades haussmanniennes de Paris, ainsi que de nombreux édifices remarquables.
Des adresses qui ont marqué l’histoire
N° 7 : ancien siège de la Compagnie française du gramophone, qui distribuait en France les marques de disques anglaises Columbia et His Master's Voice. La peintre Marthe Flandrin (1904-1987) a réalisé une fresque dans le bureau de poste. Cette œuvre a été sauvée de la destruction par le Musée des Années Trente à Boulogne-Billancourt en 1992.
N° 12 : L'Einsatzstab Reichsleiter Rosenberg (ERR) (Équipe d'intervention du chef Rosenberg) était une section du bureau des affaires étrangères du NSDAP, dirigée par Alfred Rosenberg, au sein du ministère des Affaires étrangères du NSDAP. L'ERR devait servir d'organe exécutif à la Hohe Schule (École supérieure) de Rosenberg.
Dès 1940, l'ERR a procédé à d'importantes confiscations de biens appartenant à des Juifs et à des francs-maçons dans les territoires occupés par la Wehrmacht.
N° 14 : depuis 2005, siège du groupe Figaro, propriétaire du quotidien français de référence Le Figaro.
N° 16 : Paris Marriott Opera Ambassador Hotel. Ce bâtiment fut le quartier général du commandement du secteur est du Gross Paris sous l'Occupation allemande pendant la Seconde Guerre mondiale.
N° 17 : dernière demeure de Charles Blondel (1807-1877), maire de Courbevoie de 1865 à 1872. Ancien siège de la Banque Transatlantique. Siège actuel du groupe Danone.
N° 31 : immeuble où vécurent Gustave Caillebotte et Martial Caillebotte après la mort de leur mère en 1878, jusqu'en 1887 (après le mariage de Martial). Plusieurs toiles de Gustave Caillebotte représentent la vue depuis le balcon de l'appartement, comme L'Homme au balcon (1880) ; Homme au balcon, boulevard Haussmann (1880)5 ; Un balcon à Paris (1881)6, ainsi que des scènes d'intérieur, comme La Partie de bésigue (1881). Aujourd'hui, il abrite le siège de la Société Générale (entrée principale au N° 29).
N° 40 : Galeries Lafayette Haussmann.
N° 64 : Printemps Haussmann.
N° 67 : siège en 1910 de la Société générale pour la fabrication de la dynamite, entreprise fondée par Paul Barbe et Alfred Nobel en 1875.
N° 79 : siège de Radio-Paris entre 1924 et 1933, puis de la Banque Commerciale pour l'Europe du Nord, qui servit de relais de financement de l'URSS pour les activités communistes en France pendant la Guerre froide, à partir de 1965.
N° 102 : Marcel Proust (1871-1922) s'installa dans cet immeuble après la mort de ses parents, le 27 décembre 1906. Il s'agissait d'un grand appartement de six pièces au deuxième étage entre cour et rue, où il vit « le triomphe du mauvais goût bourgeois ».
Il y vécut jusqu'en 1919, y écrivant À la recherche du temps perdu.
Marcel Proust hérita d'une partie de l'immeuble de sa mère, elle-même héritière de son grand-oncle, et le bâtiment fut vendu aux enchères en 1907. Marcel Proust en resta locataire jusqu'en 1919, date à laquelle une banque acheta l'immeuble et donna congé aux occupants.
En 1996, la banque fit reconstruire la chambre de Marcel Proust et l'ouvrit au public. La pièce, dépouillée de ses meubles, est aujourd'hui au musée Carnavalet. Une plaque commémorative a été apposée sur la façade.
En face du N° 132, à l'angle avec la rue de Laborde : monument à Haussmann, réalisé par François Cogné en 1889.
Note
La statue de William Shakespeare (1564-1616), œuvre de Paul Fournier en 1888 à l'angle de l'avenue de Messine, fut détruite pendant l'Occupation. Elle avait été offerte à la Ville de Paris par une riche Britannique.
N° 107 : façade ornée de bas-reliefs (1864) par Aimé Millet (1819-1891).
N° 121 : le circassien Charles Franconi y mourut en 1910. Siège parisien de la banque Lazard.
au N° 134 : Geneviève Halévy (1849-1926) y tint salon dans un vaste appartement au premier étage sur cour après son remariage en 1886 avec Émile Straus, avocat des Rothschild.
Elle avait été précédemment l'épouse du compositeur Georges Bizet (élève préféré de son père, le compositeur Jacques Fromental Halévy), mort subitement en 1875 après lui avoir donné un fils (Jacques Bizet).
Le vaste salon en rotonde était orné de tableaux de Nattier, Quentin de La Tour et Claude Monet, ainsi que d'un portrait de la maîtresse de maison par Jules-Élie Delaunay (1876, aujourd'hui au musée d'Orsay).
Mme Straus recevait chaque dimanche et acquit une grande influence à Paris. Bien que juive et roturière, elle comptait de nombreuses relations dans le faubourg Saint-Germain, ainsi que dans le monde des arts et des lettres.
Parmi ses invités figuraient des hommes de lettres et artistes comme Ludovic Halévy, Henri Meilhac, Edgar Degas, Forain, Paul Bourget, Jules Lemaître, Paul Hervieu, Georges de Porto-Riche, Antoine de Ganderax et Robert de Montesquiou, ainsi que des politiques comme Léon Blum, des acteurs comme Lucien Guitry, Réjane et Emma Calvé, et des étrangers comme Lady de Grey, Lord Lytton et George Moore, amenés par Jacques-Émile Blanche.
Mais elle recevait aussi des personnalités mondaines comme le prince Auguste d'Arenberg, la comtesse Adhéaume de Chevigné, la princesse Mathilde, la princesse Edmond de Polignac, la comtesse Greffulhe, la comtesse de Pourtalès, la duchesse de Mouchy, la princesse Murat et le comte Louis de Turenne. Comme l'écrivit Ludovic Halévy : « Le salon de Geneviève, le faubourg Saint-Germain y va comme au Chat noir et le Chat noir comme au faubourg Saint-Germain ».
Marcel Proust, ami et condisciple de Jacques Bizet et Daniel Halévy au lycée Condorcet, y rencontra Charles Haas, futur modèle de Swann. Geneviève Straus elle-même sert de modèle à Oriane de Guermantes.
N° 136 : siège fictif de SPECTRE dans la série de films James Bond.
N° 158-158bis : Musée Jacquemart-André. À deux pas des Champs-Élysées, l'hôtel particulier du couple Jacquemart-André abrite la plus belle collection privée d'œuvres d'art de Paris, dans une atmosphère de résidence du XIXe siècle. Les salons de l'hôtel exposent objets d'art et peintures de maîtres comme Uccello, Mantegna, Botticelli, Van Dyck, Rembrandt, Fragonard, Reynolds... Le musée est actuellement fermé pour rénovation. Réouverture en septembre 2024.
N° 162 : immeuble où vécut et mourut André Becq de Fouquières (1874-1959), homme de lettres, président des Parisiens de Paris, fondateur du Comité de la courtoisie française et du Comité de prestige et de propagande nationale (plaque commémorative).
Boulevard Haussmann et ses berges
Le boulevard Haussmann abrite également de grandes banques et compagnies d’assurances :
n° 29 : Société Générale
n° 59 : Crédit du Nord
n° 94 : Royal Bank of Scotland
n° 121 : Lazard Frères
Autres attraits du boulevard Haussmann
Mais le boulevard Haussmann ne se résume pas à ces deux magasins. C’est aussi un quartier animé du centre de Paris, où se trouvent des adresses prestigieuses et historiques.
La partie la plus dynamique commence à la place Saint-Augustin et son imposante église, et s’achève aux grands magasins Printemps et Galeries Lafayette, en passant par l’Opéra Garnier. C’est un lieu de passage incessant, où se croisent banquiers, chalands, cinéphiles et touristes.
Dans la partie plus calme du boulevard, au n° 158, se trouve le musée Jacquemart-André, dédié aux arts décoratifs et aux beaux-arts, qui propose chaque année des expositions majeures. Une promenade sur cette artère permet aussi d’admirer certaines des plus belles façades haussmanniennes de Paris, ainsi que de nombreux édifices remarquables.
Films tournés sur le boulevard Haussmann
Une grande partie du film *Ascenseur pour l’échafaud* (1958) de Louis Malle se déroule sur le boulevard Haussmann, près de la rue de Courcelles.
Une scène en voiture du film *La Mémoire dans la peau* (2002) de Doug Liman a également été tournée sur le boulevard.