Bateau-Lavoir, pépinière d'artistes mondialement célèbres : Picasso, Modigliani…

Le Bateau-Lavoir (le « bateau-lavoir ») est une cité d’artistes installée sur la butte Montmartre, dans le quartier de Clignancourt, qui fait partie du 18e arrondissement de Paris (France). Son entrée se situe au 13 place Émile-Goudeau (rue Ravignan).
Depuis 1904, il est un lieu de résidence, de rencontre et de création pour de nombreux peintres et sculpteurs français et étrangers, mais aussi pour des gens de lettres, des gens de théâtre et des marchands d’art. Aujourd’hui, le Bateau-Lavoir compte encore 25 ateliers à disposition des artistes.
Après l’incendie de 1970 Les bâtiments de la cité des artistes, construits en bois, furent entièrement reconstruits à l’identique en 1978, mais cette fois en béton. On peut encore voir, sur sa façade arrière visible depuis le jardin Louise-Weber-La Goulue situé rue Burq, vingt-cinq ateliers d’artistes vitrés qui contribuent à perpétuer la renommée de ce lieu.

Les débuts de l’histoire du « bateau-lavoir » Au n° 13 de la place Émile-Goudeau (anciennement place Ravignan), la guinguette du Poirier-sans-Pareil ferma vers 1830 à la suite d’un affaissement de terrain, et une maison la remplaça vers 1860 (ancienne fabrique de pianos). C’est un bâtiment en brique et en bois. Il s’étire le long d’une rue pentue de la butte Montmartre. La façade avant, donnant sur la place Émile-Goudeau, se trouve au deuxième étage de la façade arrière, ce qui contribue à une distribution intérieure originale.

En 1889, le propriétaire, un certain Maillard, souhaitant en tirer des revenus, fit appel à un architecte pour transformer le bâtiment en ateliers d’artistes, dont la majorité donneraient sur l’arrière. La maison fut divisée en une vingtaine de petits logements d’une seule pièce, éclairés par de grandes baies vitrées et séparés par des cloisons de bois minces percées d’ouvertures. Ces « studios » s’organisent de part et d’autre d’un couloir central évoquant les coursives d’un paquebot. Ce serait cet « aspect » qui aurait inspiré le nom de « Bateau » donné à la communauté, tandis que Max Jacob (poète et romancier moderniste, mais aussi peintre français) y aurait ajouté – par ironie – le surnom de « Lavoir ». En effet, la maison ne comptait qu’un seul point d’eau et un seul WC pour vingt-cinq locataires (?!). Une autre version raconte qu’il lui donna ce nom en voyant sécher du linge à l’extérieur lors de sa première visite.

Avant de prendre le surnom de « Bateau-Lavoir », il était appelé la « Maison du Trappeur ».
La vie des artistes, organisée avec peu de moyens Le loyer était dérisoire. Vers 1900, « pour un ouvrier gagnant 5 sous par jour, il fallait 15 sous pour payer le loyer mensuel ». Les conditions de vie étaient rudes et le confort inexistant. À l’intérieur, il gelait en hiver et la chaleur était étouffante en été. S’y ajoutait une odeur de moisi due à l’humidité des boiseries, des murs en bois et des vapeurs de peinture ou de térébenthine. Les mauvaises conditions sanitaires rendaient l’atmosphère âcre, le couloir était exigu, l’ensemble du lieu était sale et poussiéreux.

Les artistes, souvent sans le sou, vivaient avec très peu. Il y avait peu ou pas de meubles. Des malles servaient de sièges, un matelas ou une paillasse pouvait être partagé à tour de rôle. Au sous-sol, un certain M. Sorieul cultivait des asperges et des artichauts, vendus à bas prix mais que tout le monde ne pouvait pas s’offrir. Les artistes se débrouillaient pour lutter contre la faim, partageaient les tâches et se soutenaient mutuellement.

Cette précarité conduit à l’intégration d’une série de matériaux ou d’objets hétéroclites sur les toiles des artistes : Max Jacob utilise la fumée noire de sa lampe à pétrole, les marc de café ou la poussière déposée sur ses étagères pour ses aquarelles. En mai 1912, Picasso réalise son premier collage en greffant un morceau de toile cirée sur l’une de ses peintures.
Les premiers artistes installés au Bateau-Lavoir
Le premier artiste à s’installer au Bateau-Lavoir fut le peintre Maxime Maufra, en 1892. Il revenait tout juste d’un séjour en Bretagne.
Le lieu devint rapidement un lieu de rencontre, où l’on remarque la présence de Paul Gauguin. Entre 1900 et 1904, le lieu fut occupé par deux groupes d’artistes, des Italiens, dont le plus célèbre était Ardengo Soffici, et des Espagnols regroupés autour de Paco Durrio. En 1901, ce dernier s’installa d’ailleurs dans un appartement du Bateau-Lavoir, qu’il céda plus tard à Pablo Picasso. Les deux hommes travaillèrent ensemble un temps dans les années 1910, créant des bijoux.

Fernande Olivier emménagea dans l’atelier de Laurent Debienne en 1901. Pablo Picasso arriva en 1904 (il y resta jusqu’en 1909, mais conserva un atelier jusqu’en 1912). Après sa période bleue, il entama celle de la période rose, qui s’acheva en 1907. Cette même année, il présenta sa toile Les Demoiselles d’Avignon, marquant le début du cubisme.

À cette époque, les résidents du Bateau-Lavoir, venus du monde entier, étaient notamment les Hollandais Otto van Rees et son épouse Adya van Rees-Dutilh en 1904, Kees van Dongen en 1905, l’Espagnol Juan Gris (arrivé en 1906), le Roumain Constantin Brâncuși, l’Italien Amedeo Modigliani, Pierre Mac Orlan et Max Jacob. En 1908, le Douanier Rousseau y fut accueilli lors d’un banquet mémorable. L’année suivante, le Mexicain Diego Rivera s’y installa.
Évolution du quartier et du Bateau-Lavoir
En 1909, le quartier changea d’aspect : le tourisme de cabaret commença à se développer, les cabanes locales furent détruites, les rues furent pavées et le prix des loyers et de la nourriture augmenta. Bref, le quartier s’urbanisait. À partir de la Première Guerre mondiale, le Bateau-Lavoir, situé sur la rive droite, perdit de son animation au profit de ses « concurrents », Montparnasse et La Ruche (l’équivalent du Montmartre de la rive gauche).

Surnommé la « Villa Médicis de la peinture moderne » (par analogie avec la Villa Médicis française à Rome), la Cité du Bateau-Lavoir originelle fut ravagée par un incendie en 1970. Il ne resta que la façade. Elle fut reconstruite à l’identique en 1978 par l’architecte Claude Charpentier, mais cette fois en béton. On y compte à nouveau 25 ateliers d’artistes visibles depuis le jardin Louise-Weber-La Goulue (accessible au 14 rue Burq). La partie non détruite fut classée monument historique par arrêté du 31 mai 1965.
De nombreuses personnalités françaises et étrangères ont fréquenté le Bateau-Lavoir
Pablo Picasso, Amedeo Modigliani, Kees van Dongen, Maurice de Vlaminck, Henri Matisse, Constantin Brâncuși, Georges Braque, André Derain, Maurice Utrillo, Juan Gris, Max Jacob, Guillaume Apollinaire, Otto van Rees, etc.