Basilique du Sacré-Cœur, vœu et prières ininterrompues depuis 1885

La basilique du Sacré-Cœur est née d’un vœu personnel formulé en janvier 1871 par le philanthrope Alexandre Legentil, afin d’expier « les malheurs qui désolent la France et peut-être les plus grands qui la menacent encore ».
Le contexte politique et catholique de l’époque
La guerre franco-prussienne de 1870, parfois appelée guerre franco-allemande ou guerre de 1870, opposa la France aux États allemands sous la direction de la Prusse du 19 juillet 1870 au 28 janvier 1871. L’empereur Napoléon III, encerclé dans la ville de Sedan, capitula le 2 septembre, tandis qu’une insurrection populaire à Paris proclamait la République. Le gouvernement, resté à Paris encerclé par les troupes prussiennes, dut capituler à son tour le 26 janvier 1871. La France perdit alors l’Alsace et la Lorraine jusqu’en 1919.

La nouvelle Assemblée, à majorité monarchiste, ainsi que certaines mesures prises par celle-ci ou par le gouvernement, contribuèrent à attiser un climat de tension au sein de la Garde nationale parisienne et des milieux populaires. Une insurrection éclata à Montmartre le 18 mars 1871 et instaura une autorité insurrectionnelle : la Commune de Paris. Avec l’accord tacite des Prussiens, elle fut combattue par l’Assemblée et le gouvernement légal. Elle fut écrasée lors de la « Semaine sanglante » (21-28 mai) par le gouvernement investi par l’Assemblée nationale, replié à Versailles depuis le 18 mars.
Le vœu national et le vote de l’Assemblée nationale
La forte personnalité d’Alexandre Legentil dans le paysage catholique parisien et ses nombreuses relations permirent au projet d’acquérir une dimension nationale. Le vœu « personnel » devint « national ». Avec son beau-frère Hubert Rohault de Fleury, peintre, et d’autres notables parisiens, il engagea les démarches qui devaient aboutir, plusieurs décennies plus tard, à la réalisation de la basilique du Sacré-Cœur.

Les promoteurs de la construction de la basilique du Sacré-Cœur s’adressèrent fin 1872 à l’Assemblée « monarchiste » pour faire reconnaître l’église d’utilité publique. C’était en effet le seul moyen « légal » d’acquérir les terrains nécessaires, appartenant à la ville et à de nombreux particuliers. L’Assemblée nationale, élue en février 1871 pour rédiger une Constitution, comptait alors 396 députés royalistes (sur un total de 686), largement intransigeants en matière religieuse. Après de vifs débats, la loi d’utilité publique fut adoptée le 24 juillet 1873 par 382 voix contre 138, avec 160 abstentions. Par ce vote, l’Église put ainsi acquérir les terrains nécessaires sur la butte Montmartre.

La construction de la basilique du Sacré-Cœur est souvent associée aux événements de la Commune de Paris. On dit qu’elle fut édifiée pour « expier les crimes » de la Commune de mai 1871. La chronologie des événements ne semble pas confirmer cette thèse, qui de surcroît semble bien plus récente.
Le financement et le comité de l’Œuvre du Vœu national
En 1873, le comité de l’Œuvre du Vœu national et le cardinal de Paris décidèrent que le choix de l’architecte se ferait par concours. Certains éléments furent imposés : le site (Montmartre), un budget limité à sept millions de francs, une crypte et une statue monumentale du Sacré-Cœur, bien visible et placée à l’extérieur.

La basilique du Sacré-Cœur est principalement financée par un grand nombre de Français grâce à une souscription nationale. Les fidèles ne sont pas invités à verser une somme importante, mais ce qu’ils peuvent se permettre. Hubert Rohault de Fleury a notamment imaginé la « Souscription des Pierres », qui encourage les familles, les groupes et les entreprises à participer à l’achat d’une pierre, d’une colonne ou d’une chapelle. Le nom, les initiales ou les armoiries des donateurs y sont gravés.
La construction de la basilique du Sacré-Cœur
Le 16 juin 1875, l’archevêque de Paris, le cardinal Guibert, pose la première pierre de la basilique (un marbre rose de Bouère). Plusieurs mois sont nécessaires pour consolider les fondations : les galeries souterraines et les affaissements du sol imposent la construction de 83 puits, profonds de trente-trois mètres, afin de reposer sur la couche solide sous l’argile. En 1878 commence la construction de la crypte, puis celle de la basilique en 1881. La nef intérieure est inaugurée le 5 juin 1891.

La nouvelle Troisième République, profondément anticléricale, souhaite retirer à l’Église l’usage de la basilique et la transformer en maison du peuple ou en théâtre. Pour apaiser la situation, le gouvernement Clemenceau fait voter la loi du 13 avril 1908, mettant fin à la confiscation du Sacré-Cœur, qui « devient la propriété de la ville de Paris et ne peut être abandonnée qu’en vertu d’une nouvelle loi ».

Les vitraux installés entre 1903 et 1920 sont détruits pendant la Seconde Guerre mondiale et remplacés par des vitraux contemporains. Le campanile (la lanterne du dôme), qui culmine à 91 m avec la croix qui le domine, est achevé en 1912, mais il faut attendre 1914 pour que toute la façade soit terminée.

La consécration de l’église et son élévation au rang de basilique mineure, initialement prévue le 17 octobre 1914, est reportée en raison de l’éclatement de la guerre. Elle a lieu le 16 octobre 1919, célébrée par le cardinal Vico. Le bâtiment est officiellement achevé en 1923 avec la fin de la décoration intérieure, notamment les mosaïques de l’abside. Les années 1930 voient le début de la construction des annexes, mais l’édifice n’est définitivement terminé qu’après la Seconde Guerre mondiale, dont les bombardements ont détruit les vitraux. Au total, le programme a coûté six fois plus que prévu et a duré plus d’un demi-siècle.

Extérieurs et la basilique du Sacré-Cœur
La basilique ne suit pas le plan traditionnel des basiliques. Elle prend la forme d’une croix grecque, ornée de quatre dômes. Le dôme central culmine à 54,94 m de hauteur sous clé et présente un diamètre de 16 mètres. Son dôme central, haut de 83 m, était le point culminant de Paris avant la construction de la tour Eiffel, qui constitue l’homologue républicaine de la basilique. Il est surmonté d’un lanterneau formé par une colonnade. Un escalier en colimaçon de 237 marches mène à la galerie intérieure et extérieure de ce dôme : la première offre une vue sur l’intérieur de l’église, la seconde un panorama circulaire de plus de 30 km par temps clair.

Contrairement à la plupart des églises traditionnellement orientées est-ouest, la basilique est orientée nord-sud. Ce choix d’axe original s’explique par une raison topographique, l’étroitesse du plateau dans ce sens, et par une raison symbolique : ouvrir l’église vers le centre de Paris.

Intérieurs de la basilique du Sacré-Cœur
La conque absidiale du chœur (mosaïque ornée du plus grand ensemble de mosaïques de France par les Émaux de Briare) couvre une surface de 473,78 m². Elle est conçue d’après le dessin de Luc-Olivier Merson et réalisée entre 1918 et 1922.

La crypte de la basilique du Sacré-Cœur
La crypte, qui reprend le même plan que l’église, est l’une des curiosités de la basilique.

Un bond de loup, large de quatre mètres, l’entoure et l’illumine, grâce aux fenêtres et aux oculi percés dans le mur. L’espace central de la crypte est occupé par la Chapelle de la Pietà qui abrite, en plus d’une statue monumentale de la Vierge au pied de la Croix (une œuvre dominant l’autel, signée Julius Coutan en 1895), des tombes liées aux personnalités ayant marqué ce lieu sacré (les voûtes creusées sous cette chapelle abritent les sépultures des cardinaux Guibert et Richard) ainsi que la pierre angulaire de la basilique.
Basilique du Sacré-Cœur et horaires de prière à Paris : adoration ininterrompue 24h/24 et 7j/7 depuis 1885
La basilique du Sacré-Cœur de Montmartre (voir nos autres articles sur Montmartre) est l’une des cinq basiliques mineures de Paris. (Notre-Dame de Paris est une cathédrale.)

Dédiée à l’adoration perpétuelle du Saint-Sacrement, la basilique est le « sanctuaire de l’adoration eucharistique et de la miséricorde divine » et un « lieu de prière ouvert 24h/24 à Paris ». Depuis 1885, les fidèles – hommes, femmes et enfants de tous horizons – se relaient jour et nuit pour réciter une prière ininterrompue, jour et nuit. Cette prière est la mission que la basilique a reçue lors de sa consécration : une mission d’intercession constante pour l’Église et le monde.

Depuis 1995, à la demande du cardinal Lustiger, archevêque de Paris, la congrégation des Bénédictines du Sacré-Cœur de Montmartre assure l’animation spirituelle et matérielle de la basilique.
Polémiques et naissance d’une France laïque indépendante de l’Église
En 1904, le contexte était marqué par des tensions accrues autour de la question de la séparation des Églises et de l’État français. Le conseil municipal de Paris, alors à majorité farouchement anticléricale et hostile à la basilique, réclama 5 000 m² de terrain à proximité de celle-ci. Il décida d’y ériger une statue du chevalier de La Barre, jeune noble français condamné en 1766 pour blasphème et sacrilège, décapité puis brûlé, dans l’axe du grand portail du Sacré-Cœur.

La statue, sculptée par Armand Bloch, fut inaugurée le 3 septembre 1905. Peu après, un autre acte politique : la rue de La Barre (l’adresse de la basilique est au 35 !), devient en 1907, par décision du même conseil municipal, la rue du Chevalier-de-La-Barre. En 1926, en signe d’apaisement de la part de la municipalité envers le monde catholique, la statue fut réinstallée non loin de là, place Nadar, en un lieu moins directement provocateur envers le Sacré-Cœur. Elle fut retirée et fondue en 1941. Il fallut soixante ans pour qu’une nouvelle statue soit érigée en remplacement de celle détruite. Elle fut inaugurée le 24 février 2001.

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