Académie militaire de Paris, un lieu de mémoire, un monument impressionnant
L’École Militaire de Paris impose sa façade imposante, à l’extrémité du parc du Champ-de-Mars, dans le 7ᵉ arrondissement de Paris. Construite à partir de 1751 sous le règne de Louis XV (1710-1774), elle regroupe aujourd’hui les établissements d’enseignement militaire supérieur. Elle n’est ouverte au public qu’une fois par an, le 3ᵉ week-end de septembre, à l’occasion des Journées du Patrimoine.
Sur l’une des plus belles perspectives de Paris
L’École Militaire s’inscrit sur l’axe Trocadéro-Breteuil, qui part du palais de Chaillot, franchit le pont d’Iéna et traverse le Champ-de-Mars pour aboutir à la place de Breteuil. Entourée par la tour Eiffel et le siège de l’UNESCO, l’école, chef-d’œuvre de l’architecture classique du XVIIIᵉ siècle, se détache au cœur de la capitale. Son histoire incarne à elle seule le lien Armée-Nation.
L’École Militaire de Paris, à l’extrémité du Champ-de-Mars
L’École Militaire est un établissement d’enseignement militaire supérieur fondé en 1750 par le roi Louis XV et toujours en activité. Elle désigne aussi l’ensemble des bâtiments construits pour l’accueillir. Son architecte fut Ange-Jacques Gabriel. Elle ferme la perspective sud-est du Champ-de-Mars, où se tenait le défilé militaire du 14 Juillet, avant d’être transféré sur les Champs-Élysées. Classée monument historique depuis 1990, elle s’impose comme un symbole de l’histoire militaire française.
L’École Militaire de Paris et l’élève Napoléon Bonaparte
Par l’édit de janvier 1751, le roi Louis XV fonde l’institution pour éduquer cinq cents jeunes nobles sans fortune. À l’issue de leur scolarité (dans des écoles militaires provinciales), l’admission à l’École Militaire de Paris se faisait par concours national.
Napoléon Bonaparte, futur Napoléon Ier, fut d’abord élève à l’école militaire de Brienne de 1779 à 1784 (entre 10 et 15 ans), puis, après un concours d’entrée, à l’École Militaire de Paris (1784-1785).
C’est là qu’il se distingua en mathématiques, mais pas en langues modernes – et encore moins en français. Son fort accent corse, qu’il conserva toute sa vie, ne facilitait pas les choses. Le 24 février 1785, son père, Charles Bonaparte, mourut d’un cancer de l’estomac dans d’atroces souffrances. En septembre, lors de l’examen de sortie, interrogé par le mathématicien Pierre-Simon de Laplace, il fut jugé apte à intégrer un régiment naval. Mais sa mère s’y opposa, et il fut finalement affecté à un régiment d’artillerie.
Il reçut son ordre d’affectation, en tant que sous-lieutenant, au régiment d’artillerie de La Fère, alors en garnison à Valence, où il rejoignit le 3 novembre 1785, à l’âge de 16 ans. Il n’avait que deux ans avant la fermeture définitive de l’École Militaire de Paris – un tournant qui marqua le début de sa carrière militaire.
Les débuts chaotiques de l’École Militaire de Paris
Mais comme souvent, les financements devinrent une préoccupation croissante. En 1760, le roi décida déjà de scinder l’institution entre l’École Militaire de Paris et le Collège Royal de La Flèche (à 200 km au sud-ouest de Paris), rendant le projet initial caduc. Pourtant, le 5 juillet 1768, le roi posa la première pierre de la chapelle Saint-Louis de l’École, et en 1780, les travaux de l’École Militaire furent enfin achevés.
Mais sept ans après son achèvement, le 9 octobre 1787, l'Académie militaire de Paris est fermée. Le transfert de l'Hôtel-Dieu (hôpital) est alors envisagé. Finalement, le déménagement n'a jamais eu lieu. Les bâtiments, laissés à l'abandon, sont pillés pendant la Révolution (1789). L'édifice traverse alors des années agitées, servant successivement de dépôt, puis de caserne, notamment pour la Garde impériale de Napoléon, sous les noms de Caserne de l'École militaire, Caserne impériale et Caserne des Grenadiers.
La renaissance de l'Académie militaire de Paris sous le nom d'École de guerre
Ce n'est qu'à la fin du XIXe siècle que l'Académie militaire de Paris retrouve sa vocation première : l'enseignement. En 1878, l'« École supérieure de guerre » (École de guerre) y est ouverte. Puis, en 1911, le Centre des hautes études militaires y est créé. Depuis, elle continue de former des officiers.
L'« École Militaire Supérieure » aujourd'hui et la sélection des élèves
Les élèves n'intègrent pas directement l'École Militaire Supérieure de Paris. Chaque année, 150 à 200 officiers supérieurs y sont admis à l'issue d'un processus particulièrement sélectif. Tous ont exercé des responsabilités opérationnelles et de commandement dans leurs armées d'origine au cours de la première partie de leur carrière. Ils sont rejoints par 80 à 100 stagiaires étrangers, représentant environ un tiers de la promotion.
L'« École Militaire de Paris » ou les grands corps de l'enseignement militaire supérieur français
L'École Militaire regroupe : le Centre des hautes études militaires (CHEM), le Collège de guerre, l'Institut de recherche stratégique de l'École militaire (IRSEM), et le Centre de doctrine et d'enseignement du commandement de l'Armée de Terre (CDEC), qui comprend sur place le Collège de guerre - Terre (EDG-T), l'Enseignement militaire supérieur scientifique et technique (EMSST) et l'École supérieure des officiers de réserve spécialistes d'état-major (ESORSEM).
Le site de l'Académie abrite également deux instituts nationaux, l'Institut des hautes études de défense nationale (IHEDN) et l'Institut national des hautes études de la sécurité et de la justice (INHESJ), ainsi que le Conseil supérieur de la formation et de la recherche stratégiques (CSRFS).
Depuis son inauguration en 2009, le Centre de documentation de l'École militaire (CDEM) y est également installé. Il se distingue par une entrée autonome sur l'avenue de Suffren.
L'édifice accueille aussi plusieurs services de l'administration centrale du ministère des Armées, dont la Délégation à l'information et à la communication de la Défense (DICoD), le Secrétariat général du Conseil supérieur de la fonction militaire (CSFM), ainsi que le groupement de soutien de la base de défense de l'École militaire de Paris, chargé du soutien logistique de l'ensemble du site. Au total, 55 organismes y sont présents, regroupant 3 000 personnes.
Architecture et répartition de l'« École Militaire »
La façade du pavillon central
Au-dessus des trophées encadrant les armes de Louis XV : à gauche, on distingue « Victoire », représentée sous les traits de Louis XV vêtu à l'antique, et « France », symbolisée par une femme drapée à l'antique. À droite, on observe « Paix », avec un coq vigilant à ses pieds, aux côtés de « Force », incarnée par Hercule. Ces statues sont l'œuvre de Louis-Philippe Mouchy. Les deux bas-reliefs « Le Temps » et « L'Astronomie », encadrant l'horloge, sont de Jean-Pierre Pigalle.
Le Château et la cour d'honneur
La partie centrale de l'École militaire est appelée « le Château ». Elle se distingue par son dôme quadrangulaire inspiré de l'architecture du Louvre.
De la Révolution à la Commune de 1871
Lieu chargé d'histoire, l'École conserve discrètement les traces d'événements historiques dans ses murs.
Le salon dit « des Maréchaux ». Il devint le bureau de Bonaparte, qui y installa son quartier général en 1795, après y avoir été élève dix ans plus tôt.
Une balle est également visible dans le miroir, tirée par les troupes du général Douay lorsqu’elles reprirent l’école aux Fédérés pendant la Commune en 1871.
En 1895, la cour Morland fut le théâtre de la dégradation militaire du capitaine Dreyfus, alors accusé de trahison. Il sera réhabilité dans la cour Desjardins le 13 juillet 1906.
Deux siècles de service
À l’extérieur, dans la cour principale, on peut admirer une horloge réalisée par Jean-André Lepaute, encadrée par une jeune femme aux seins nus indiquant l’heure, que la tradition rapproche de Madame de Pompadour, et une vieille femme pieds nus tenant un livre, symbole de l’Étude. Aujourd’hui encore, l’entretien est assuré par la maison Lepaute, 235 ans après son installation.
La chapelle Saint-Louis de l’École militaire
En l’honneur de saint Louis, patron des armées. Elle fut pillée pendant la Révolution et longtemps inutilisée, si ce n’est comme dépôt de vêtements militaires ou comme salle de bal pour le deuxième anniversaire du sacre de Napoléon. La chapelle fut restaurée en 1952. Enfin, elle abrite dans ses sous-sols un trésor surprenant : une crypte renfermant les restes de Pâris Duverney, fondateur de l’École militaire et secrétaire des Finances de Louis XV, dans un cercueil de chêne.
La bibliothèque
La bibliothèque patrimoniale de l’École militaire, située dans « le Château ». Dans la salle de lecture, on remarque des boiseries sculptées et des plafonds longtemps attribués au Flamand Jacob Verbeeckt, des peintures de Pierre-François Cozette, des cheminées en marbre de style Louis XVI. L’un des miroirs d’époque porte deux impacts de balle datant des combats du 25 août 1944, à la fin de la Seconde Guerre mondiale.