Les Jeux Olympiques de Paris en 2024 sont les troisièmes à se tenir dans la capitale, après ceux de 1900 et 1924. C’est aussi le Français Pierre de Coubertin, initiateur des Jeux Olympiques modernes, qui a finalement placé ces événements exceptionnels au cœur du sport international. Voici l’histoire de la renaissance des Jeux Olympiques antiques grâce aux efforts inlassables de Pierre de Coubertin. Un départ difficile.
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Les origines : les Jeux Olympiques antiques entre 776 av. J.-C. et 393 ap. J.-C.
Ce sont les dates les plus souvent retenues par les historiens, bien que de nombreuses incertitudes subsistent entre légendes, récits parfois imaginaires et dates contradictoires.
Les premiers Jeux Olympiques auraient été instaurés par Iphitos, roi d’Élide en Grèce. Pausanias écrit : « Iphitos, descendant d’Oxylos et contemporain de Lycurgue, qui donna des lois à Lacédémone, fit célébrer à Olympie des jeux, rétablit les fêtes olympiques et la trêve, dont l’usage avait cessé ».
Le peuple grec était turbulent, et les cités étaient souvent en guerre les unes contre les autres. C’est pendant cette trêve rétablie que fut organisé le premier événement sportif : une course à pied (le stadion), remportée par un certain Corèbe d’Élide, cuisinier de métier – un véritable athlète amateur. Le sophiste Hippias d’Élide situe les premiers Jeux en 776 av. J.-C. Ils se déroulaient à Olympie, sur un site dédié situé à une trentaine de kilomètres de la ville d’Élide.
Mais la popularité des Jeux Olympiques s’étendit au-delà de la cité, d’abord en Sicile, dont les villes furent fondées par des colons péloponnésiens avec l’aide des devins d’Olympie.
Les Jeux antiques dédiés à Zeus et à la guerre
Les Jeux Olympiques antiques étaient dédiés au dieu Zeus et à la guerre, afin de prolonger la trêve entre les cités grecques turbulentes. Contrairement à l’esprit prôné par Pierre de Coubertin, l’objectif était que chaque participant gagne, et non simplement de « participer ». La victoire était la seule chose qui comptait : « La couronne ou la mort », comme le demandaient les athlètes à Zeus.
Traditionnellement, les dernières compétitions eurent lieu en 393 ap. J.-C., peu après l’édit de Théodose ordonnant l’abandon des sites religieux de la Grèce antique.
L’organisation des Jeux Olympiques antiques
Tous les athlètes des cités participantes devaient se trouver à Olympie un mois avant le début des Jeux pour s’entraîner – sauf s’ils étaient sanctionnés pour une raison valable (maladie, captivité, etc.).
Il est à noter que si les Jeux Olympiques furent la première manifestation des Jeux panhelléniques, qui se déroulaient régulièrement en Grèce selon des cycles de deux ou quatre ans, trois autres compétitions furent créées à partir du VIe siècle av. J.-C., formant ensemble le « cycle » :
- les Jeux Isthmiques à Corinthe ;
- les Jeux Néméens à Némée ;
- les Jeux Pythiques à Delphes.
Il convient également de souligner que les Jeux s’étendirent jusqu’à Rome. En 81 et 80 av. J.-C., l’empereur Sylla organisa à Rome les Ludi Victoriae Sullanae pour célébrer sa victoire. La première année, les compétitions furent surtout artistiques, mais en 80, des épreuves sportives furent organisées. Pour les rendre attractives, le dictateur romain fit venir tous les athlètes grecs. Résultat : les Jeux Olympiques en Grèce furent presque annulés cette année-là.
Les différences entre les Jeux antiques et les Jeux Olympiques modernes de Paris
En réalité, dès leur création, les Jeux Olympiques modernes n’avaient que peu de points communs avec les jeux antiques. Ils sont avant tout le fruit de l’imagination de Pierre de Coubertin.
Le concept de flamme olympique n’existait pas dans la Grèce antique : la plus proche manifestation, la lampadédromie ou course aux flambeaux, était un rituel religieux organisé dans le cadre de certaines fêtes – d’abord les Panathénées, les Héphesties et les Prométhéia –, mais ne faisait pas partie du programme gymnique.
De plus, les courses étaient strictement locales à une cité particulière.
De même, les Jeux antiques se déroulaient toujours à Olympie, contrairement aux Jeux modernes qui changent de lieu à chaque édition.
Enfin, le marathon, événement phare des Jeux Olympiques modernes, n’existait pas à l’époque antique.
Le marathon : ses origines et son introduction aux Jeux Olympiques modernes de Paris

Le marathon a été créé pour les Jeux Olympiques d’Athènes en 1896, à l’initiative du linguiste français Michel Bréal. L’idée était de commémorer la légende du messager grec Philippide, qui aurait parcouru la distance séparant Marathon d’Athènes pour annoncer la victoire grecque sur les Perses en 490 av. J.-C.
Cette version est contredite par celle de l’historien grec Hérodote : lorsque les Perses débarquèrent à Marathon, les Grecs envoyèrent le messager Phidippide chercher des renforts à Sparte, à plus de 220 kilomètres. Alors que les Spartiates ne répondirent pas, les Athéniens combattirent aux côtés des Platéens.
Des siècles plus tard, Plutarque rapporte que, selon Héraclide du Pont, Thersippe d’Érétrie aurait été le messager authentique, mais que, pour la majorité, ce fut un certain Euclès qui parcourut la distance entre Marathon et Athènes pour annoncer la victoire, au prix de sa vie.
La distance séparant Marathon d’Athènes est en effet d’environ 40 km. Jusqu’en 1921, le marathon moderne se courait sur une distance non fixée d’environ 40 km, avant que l’Association internationale des fédérations d’athlétisme (IAAF) n’établisse la distance à 42,195 km, celle du marathon des Jeux Olympiques de Paris en 1924.
Pierre de Coubertin, créateur des Jeux Olympiques modernes de Paris
Pierre de Coubertin est né le 1er janvier 1863 à Paris et est mort le 2 septembre 1937 à Genève, en Suisse. Historien, homme politique, dirigeant sportif, écrivain, pédagogue et enseignant, il est surtout connu pour avoir ressuscité les Jeux Olympiques. Ancien élève de l’École libre des sciences politiques (ELSP), aujourd’hui l’IEP et surnommée « Sciences Po – Paris », il a contribué à la naissance et au développement du sport en France à la fin du XIXe siècle, avant de devenir le rénovateur des Jeux Olympiques modernes. En 1894, il fonde le Comité international olympique (CIO), dont il assure la présidence de 1896 à 1925.
Pendant cette période, il conçoit les anneaux olympiques et installe le siège du CIO à Lausanne en 1915, où il crée un musée et une bibliothèque. Il milite également pour la création des Jeux Olympiques d’hiver, dont la première édition se tient à Chamonix en 1924.
Son intérêt pour l’école le place en opposition avec les partisans de la gymnastique et de l’éducation physique, plus proches des préoccupations de la IIIe République. L’un de ses adversaires les plus acharnés est Alfred Picard, commissaire général de l’Exposition universelle de 1900, avec qui il entre rapidement en conflit.
Son attirance pour les innovations éducatives venues d’outre-Manche le rapproche du développement du scoutisme laïque français, auquel il contribue dans un contexte de tensions.
Pierre de Coubertin et les Jeux de 1896 en Grèce – La Ire Olympiade
À l’initiative de Pierre de Coubertin, l’Union des sociétés françaises de sports athlétiques organise le 1er Congrès olympique du 16 au 24 juin 1894, dans le grand amphithéâtre de la Sorbonne à Paris. Les deux objectifs principaux sont d’étudier les principes de l’amateurisme et de rétablir les Jeux Olympiques.

Coubertin avait prévu d’organiser les premiers Jeux Olympiques modernes à Paris en 1900, en même temps que l’Exposition universelle, mais les délégués estimèrent qu’attendre six ans était trop long. Les Jeux furent donc programmés pour 1896. À l’initiative du représentant grec Dimítrios Vikélas, la première compétition se tient à Athènes. Le Congrès décide « que les Jeux Olympiques doivent se tenir pour la première fois à Athènes, en 1896, puis pour la deuxième fois à Paris, en 1900, et ensuite tous les quatre ans dans d’autres villes du monde ».
À l’issue des Jeux de 1896, la Grèce, en tant que nation hôte, revendique le droit d’organiser les Jeux Olympiques tous les quatre ans. Soutenue notamment par des athlètes américains et le Britannique George Stuart Robertson, écrivain et athlète, le roi Georges Ier de Grèce demande au CIO, présidé par Pierre de Coubertin, de faire d’Athènes la ville hôte permanente des Jeux. Coubertin convainc ses collègues du CIO de ne pas donner suite à cette proposition, qui est abandonnée. Plus tard, la famille royale grecque se rend compte que ce projet serait impossible à réaliser pour des raisons financières.
La défaite de la Grèce face à l’Empire ottoman en 1897, qui deviendra plus tard la Turquie, a rendu impossible la tenue des Jeux à Athènes en 1900 et les années suivantes.
L’organisation des Jeux de Paris 1900 : une nouvelle bataille – la IIe Olympiade
La défaite franco-allemande de 1870 était encore fraîche dans les esprits français. Certains dirigeants de la Troisième République estimaient que cette défaite était due à la mauvaise condition physique des jeunes Français. En conséquence, l’éducation physique est devenue obligatoire dans les écoles primaires en 1882. Le commissaire général de l’Exposition universelle de 1900, Alfred Picard, proposa l’organisation de compétitions internationales d’exercices physiques ouvertes au plus grand nombre, ce qui fut accepté en novembre 1893.
Pierre de Coubertin rencontra Alfred Picard en janvier 1894 et annonça qu’en juin, il proposerait de rétablir les Jeux olympiques et d’organiser leur première édition à Paris – comme convenu lors du 1er Congrès olympique de 1894. Il suggéra également d’y ajouter une exposition consacrée à l’histoire du sport dans le cadre de l’Exposition ou de ses annexes, ainsi qu’une reconstitution de l’Altis d’Olympie. Picard ne donna pas suite à cette proposition.
La Commission préparatoire des Compétitions internationales
Alfred Picard créa la Commission préparatoire des Compétitions internationales, qui tint sa première réunion le 3 novembre 1894. Coubertin, qui avait organisé les compétitions scolaires lors de l’Exposition de 1889, en fut nommé membre mais n’assista pas aux réunions, étant en Grèce pour préparer les Jeux de 1896. La commission établit un plan général des compétitions, qu’elle publia en mai 1895.
En novembre 1897, après la publication du classement général de l’Exposition, Coubertin adressa une lettre au ministre du Commerce pour exprimer ses inquiétudes quant à la place accordée au sport dans l’Exposition universelle. Picard lui répondit que « aucune des doléances formulées par M. de Coubertin n’est fondée ». Coubertin jugea que le projet de Picard « ne peut que échouer et, en tout cas, tant par le lieu choisi (Vincennes, en périphérie de Paris) que par la multitude de commissions et sous-commissions et l’ampleur du programme (il était prévu d’y inclure le billard, la pêche et les échecs), il ne peut s’agir que d’une sorte de foire chaotique et vulgaire ».
Le Comité d’organisation des Jeux olympiques de Paris
Selon ses mémoires, Coubertin « comprit qu’il ne fallait rien attendre de M. Alfred Picard pour les Jeux olympiques de 1900 » et « décida d’organiser les Jeux de 1900 sans aucune interférence administrative, par le biais d’un comité privé ».
Il mit donc sur pied un comité d’organisation des Jeux Olympiques, composé principalement d’aristocrates et connu sous le nom de son président, le vicomte de La Rochefoucauld. L’intention de Coubertin était la suivante : « La foule aura les compétitions et les festivités de l’Exposition, et nous, nous organiserons des jeux pour l’élite : des concurrents d’élite, […] des spectateurs d’élite, des gens du monde, des diplomates, des professeurs, des généraux, des membres de l’Institut ». Le comité annonça à la presse en mai 1898 qu’il s’était formé « face à la mauvaise volonté et à l’inertie des bureaux de l’Exposition ».
Le programme établi par son Comité olympique s’inspirait de celui des Jeux de 1896, avec l’ajout de la boxe, du polo et du tir à l’arc, et la suppression du tir. Publié en octobre 1898, il fut jugé « mesquin et indigne de la nation » par Picard.
En novembre, l’Union des sociétés françaises de sports athlétiques (USFSA) (malgré la position de Coubertin en tant que secrétaire général !) décida de ne pas soutenir le comité La Rochefoucauld, qui « représentait la France démocratique et sportive d’une manière vraiment trop imparfaite », mais de se mettre à la disposition de l’Exposition universelle pour aider à organiser ses compétitions sportives.
Mise en place des Concours internationaux de gymnastique et de sports dans le cadre de l’Exposition universelle
En janvier 1899, les Concours internationaux de gymnastique et de sports étaient annoncés dans le Journal officiel de la République française, avec une trentaine de disciplines à disputer, pour la plupart, dans le bois de Vincennes. L’organisation des épreuves athlétiques fut confiée à l’USFSA. Daniel Mérillon, ancien député et président de l’Union des sociétés de tir de France, fut nommé délégué général des compétitions sportives de l’Exposition universelle en février 1899. Coubertin tenta de collaborer avec lui pour organiser les Jeux Olympiques, mais Picard, qui les qualifiait d’« anachronisme », s’y opposa fermement. Face à ces difficultés et après « des divergences de vues entre le comité quasi unanime et M. Pierre de Coubertin », le vicomte de La Rochefoucauld et les autres membres du comité annoncèrent leur démission.
Le fair-play de Coubertin, qui engage sa réputation au service des Concours internationaux de Paris
Isolé, Coubertin fut contraint au printemps 1899 d’accepter le compromis proposé par l’USFSA : « Les concours de l’Exposition tiennent lieu de Jeux Olympiques pour 1900 et comptent pour la deuxième Olympiade ». Malgré une organisation qu’il jugeait insuffisante (« rien ne sortait de terre… ni des bureaux, sinon de nouvelles sous-commissions et des règlements abondants ») et qui inquiétait à l’étranger, Coubertin apporta alors son soutien à l’USFSA.

Coubertin apporta alors son soutien aux compétitions de l’Exposition en sa qualité de président du CIO : il rédigea des articles dans la presse étrangère, envoya des circulaires à ses collègues du CIO et promut également les compétitions lors d’un voyage en Europe du Nord. Bien qu’il souhaitât profiter de l’organisation simultanée de l’Exposition universelle et des Jeux Olympiques pour renforcer l’impact de ces derniers, Coubertin dut finalement constater que les cinq mois de compétitions sportives, ouvertes aux professionnels et aux femmes, furent éclipsés par l’Exposition et ne furent même pas désignées sous le nom de « Jeux Olympiques » dans les documents officiels ni sur les affiches de promotion.
Outre leur rôle dans l’éducation et la promotion du sport, les objectifs de l’exercice physique et des compétitions sportives, tels que définis par le commissaire général de l’Exposition Alfred Picard, consistaient à donner un caractère scientifique aux compétitions. Il demanda donc la création du Comité d’hygiène et de physiologie, dirigé par le médecin Étienne-Jules Marey et composé d’une cinquantaine de chercheurs. Formant la section XIII du programme général, ce comité avait pour mission de déterminer les effets des différents sports sur le corps, d’observer leurs mécanismes et de découvrir les raisons des performances exceptionnelles des meilleurs athlètes.
Pourquoi tant de ressentiment entre clans – et entre individus ?
Tout d’abord, il existait peu d’affinités entre Coubertin et Picard. Ensuite, la définition de ce que devaient devenir les Jeux Olympiques n’était pas encore arrêtée et ne se précisa qu’à l’occasion des Jeux suivants, jusqu’en 1924. Enfin, deux objectifs s’opposaient : d’un côté, la gymnastique populaire, dans la perspective de la défaite française de 1870, et de l’autre, l’élitisme, tant pour les compétiteurs que pour le public. Enfin, les Jeux Olympiques, un événement sportif émergent « collé » à une organisation puissante façonnée par les Expositions universelles qui avaient précédé celle de 1900. Il y avait eu cinq Expositions universelles à Paris en 1855, 1867, 1878 et 1889.
Les aspects économiques des événements sportifs de l’Exposition universelle
Les dépenses engagées par les différents comités d’organisation des compétitions sportives s’élevèrent à 1 780 620 francs, dont 953 448 francs pour les prix attribués aux participants. Sur cette somme, 1 045 300 francs provenaient des subventions de l’Exposition universelle. Les recettes des entrées pour l’Exposition furent bien en deçà des prévisions, avec 59 059,60 francs. Les autres coûts couverts par l’Exposition s’élevèrent à 280 500 francs (dont 150 000 francs pour la construction du vélodrome et 80 000 pour le parc d’aérostation). Les dépenses de l’Exposition pour l’organisation des compétitions sportives atteignirent donc environ 1,28 million de francs. En ajoutant les 150 000 francs versés par la Ville de Paris pour le vélodrome aux dépenses des comités d’organisation et de l’Exposition universelle, le coût total des compétitions sportives s’éleva à environ 2,2 millions de francs.
Les 1 045 300 francs alloués aux comités d’organisation pour les compétitions sportives représentaient environ 1 % du budget global de l’Exposition universelle de 1900. Cette somme peut être estimée à environ 2,5 millions d’euros en 2006.
Des épreuves sportives éclipsées par l’Exposition universelle de 1900
Comme l’avait prévu Pierre de Coubertin, ces compétitions sportives furent reléguées au second plan par le reste de l’Exposition. Aucun affiche ne fut conçue pour promouvoir l’ensemble des compétitions sportives de l’Exposition universelle, mais des affiches furent réalisées pour chaque sport. Aucune ne mentionnait les Jeux olympiques, alors virtually inconnus du grand public en 1900. Une affiche annonçant les compétitions d’escrime, dessinée par Jean de Paleologu, fut ensuite retenue comme affiche officielle des Jeux de 1900. Elle représentait une escrimeuse, bien qu’aucune femme n’ait participé aux épreuves d’escrime. D’autres affiches furent créées pour l’athlétisme, l’aviron et la gymnastique. Le terme « olympique » n’apparaît pas non plus dans les documents officiels. Les compétitions étaient regroupées sous l’appellation « Concours internationaux d’exercices physiques et de sports ».
Tant et si bien que de nombreux athlètes ignoraient eux-mêmes que les épreuves auxquelles ils participaient faisaient partie des Jeux olympiques. D’autres devaient mourir quelques années plus tard, sans savoir qu’ils avaient été vainqueurs d’épreuves aux Jeux olympiques de 1900 !
L’organisation des compétitions sportives
Les compétitions sportives de l’Exposition universelle se déroulèrent du 14 mai au 28 octobre 1900, couvrant presque toute la durée de l’exposition. L’Exposition universelle ouvrit ses portes au public le 15 avril et ferma le 12 novembre, après 212 jours. Elle accueillit 50,8 millions de visiteurs. Combien de personnes assistèrent à une épreuve sportive ?
Les compétitions sportives de l’Exposition universelle attirèrent 58 731 participants. Mais selon le CIO, seuls 997 athlètes issus de 24 pays, dont 22 femmes, prirent part aux épreuves qu’il considère comme olympiques. Les femmes firent leur apparition aux Jeux olympiques pour la première fois ; la Britannique Charlotte Cooper, joueuse de tennis, devint la première championne olympique en épreuve individuelle.
Le CIO reconnaît 95 épreuves sur un total estimé à 477 pour l’ensemble des compétitions sportives de l’exposition. Parmi les épreuves reconnues, trois sports (la pelote basque, le cricket et le croquet) et plusieurs disciplines (comme le saut en longueur à cheval et la natation avec obstacles) n’apparurent qu’une seule fois au programme olympique.
Les compétitions non reconnues incluaient des disciplines telles que les concours de ballons, la pêche (!!) et le tir au canon (!!!), ainsi que des épreuves professionnelles, françaises, handisport ou scolaires.
Des approximations dans l’organisation
De nombreuses défaillances furent à déplorer, dues à l’inefficacité de l’organisation et des organisateurs, ainsi qu’au nombre exceptionnellement élevé de participants (près de 60 000, contre environ 10 000 en 2024). Pierre de Coubertin l’avait prévu.
La compétition de saut à la perche se déroule dans la confusion : trois des meilleurs perchistes américains ne veulent pas que l’épreuve ait lieu un dimanche, car ils appartiennent à une université méthodiste. Deux d’entre eux, Charles Dvorak et Bascom Johnson, s’inscrivent tout de même à la compétition, mais la quittent lorsqu’on leur annonce qu’elle est reportée. Les organisateurs reviennent alors sur leur décision et maintiennent l’épreuve sans eux, mais Baxter, qui a remporté le saut en hauteur, est toujours présent. Baxter l’emporte en saut à la perche devant son compatriote.

Le Hongrois Rudolf Bauer remporte le lancer du disque devant le Bohémien František Janda-Suk et l’Américain Richard Sheldon. La zone de chute du disque se situe entre deux rangées d’arbres, ce qui rend l’épreuve encore plus difficile. Au lancer du marteau, un chêne situé dans la zone de lancement perturbe les athlètes. Le détenteur du record du monde, John Flanagan, doit attendre sa quatrième tentative pour s’imposer devant deux compatriotes. Les Américains réalisent également un triplé au lancer du poids.
Le marathon se déroule au Croix-Catelan, dans le bois de Boulogne, avec un départ et une arrivée au même point sur un parcours de 40,260 kilomètres (il sera officialisé à 42,195 kilomètres en 1921). Les concurrents s’élancent en milieu d’après-midi par une température de 39 degrés. Par endroits, ils doivent se frayer un chemin parmi des voitures, des cyclistes, des tramways, des charrettes d’artisans, des passants et des troupeaux de moutons et de vaches en route vers les abattoirs de La Villette. Les cinq concurrents français connaissent le parcours, mais le Suédois Ernst Fast, l’un des favoris, est mal aiguillé par un policier à la porte de Passy alors qu’il mène la course et se retrouve distancé. Seuls sept des treize concurrents terminent l’épreuve. Le marathon est remporté en 2 h 59 min 45 s par le Luxembourgeois Michel Théato, qui court sous les couleurs de la France, devant le Français Émile Champion et Ernst Fast. Les Britanniques et les Américains accusent Théato d’avoir pris des raccourcis et d’avoir été escorté.
La finale du quatre barré devait réunir les vainqueurs des trois séries ainsi que le deuxième de la troisième série, mais lorsque les organisateurs remarquent que les éliminés des séries 2 et 3 ont réalisé de meilleurs temps que les premiers de la série 1, ils décident d’organiser une série supplémentaire. Celle-ci est finalement annulée, les organisateurs n’ayant pu contacter tous les équipages, et la finale rassemble donc les trois vainqueurs et les trois meilleurs éliminés. Les vainqueurs de séries refusent d’y participer, le parcours n’étant préparé que pour quatre bateaux, et non six. La finale est remportée par le Cercle de l’Aviron Roubaix devant l’Union Nautique de Lyon et l’équipage allemand Favorite Hammonia. Le résultat n’étant pas satisfaisant, une deuxième finale est organisée pour les vainqueurs de séries. Le Germania Ruder Club l’emporte devant Minerva Amsterdam et le Ludwigshafener Ruder Verein allemand. Ces deux finales sont considérées comme des finales olympiques.
Le cricket figurait au programme des Jeux olympiques de 1896, mais l’épreuve fut annulée faute de participants. Aux Jeux de Paris en 1900, trois matchs étaient prévus : France – Belgique, France – Pays-Bas et France – Grande-Bretagne. Seul le troisième eut lieu, les Néerlandais n’ayant pas réussi à réunir assez de joueurs et les Belges n’ayant pas envoyé d’équipe. Ce match, unique dans l’histoire du cricket olympique, se déroula les 19 et 20 août au Vélodrome de Vincennes. La Grande-Bretagne était représentée par les Devon & Somerset Wanderers, et la France par douze joueurs sélectionnés parmi deux clubs membres de l’Union des sociétés françaises de sports athlétiques, pour la plupart expatriés britanniques en France. C’est pour cette raison qu’en 2021, le CIO attribua enfin la médaille d’argent remportée par l’équipe de France à l’Équipe mixte.
Les nageurs du 200 mètres nage libre réalisèrent des temps très rapides pour l’époque, car ils évoluaient dans le sens du courant de la Seine, entre Courbevoie et Asnières.
Les favoris britanniques, l’Osborne Swimming Club, furent disqualifiés pour être arrivés en retard.
Pour le 200 mètres nage libre, les nageurs devaient franchir une barre horizontale, passer au-dessus d’une rangée de bateaux et nager sous une autre rangée. Le vainqueur, Frederick Lane, traversa par l’arrière des bateaux, où le passage était plus facile qu’au milieu, et l’emporta de justesse devant Otto Wahle.
L’épreuve de tir à la corde (ou *tug-of-war* : deux équipes tirant sur la même corde ! Aux Jeux olympiques ?) fut organisée en même temps que les compétitions d’athlétisme au stade de La Croix-Catelan. Deux équipes s’affrontèrent : la France, représentée par le Racing Club de France, et les États-Unis. Cependant, les Américains se retirèrent car trois de leurs membres concouraient en même temps au lancer du marteau. Ils furent remplacés par des athlètes suédois et danois, qui formèrent une équipe commune au dernier moment. Les Scandinaves remportèrent facilement les deux manches. En fin de journée, les Américains affrontèrent les Scandinaves en match hors compétition. Après avoir gagné la première manche, ils étaient en train de perdre la seconde lorsque des compatriotes dans le public se mirent à tirer sur la corde pour les aider. Les officiels durent alors intervenir pour éviter une altercation entre les deux équipes.
La régate de Meulan débuta le 20 mai, mais le vent était si faible qu’aucun bateau n’arriva à temps, ce qui entraîna un report du délai. Sept bateaux furent classés, dont deux furent ensuite disqualifiés pour avoir utilisé un moyen de propulsion autre que leurs voiles.
Étrange à nos yeux aujourd’hui, les Jeux de Paris en 1900 comptaient trois épreuves de tir. L’épreuve individuelle de six jours attira 542 participants. Pour le tir de batterie de campagne, 16 officiers et sous-officiers, assistés de 30 servants, firent feu avec six canons ! Ces épreuves n’ont jamais été « classées » comme une spécialité olympique et disparurent des Jeux suivants.
Les anecdotes font aussi partie des Jeux de Paris en 1900
Lors des Jeux de Paris, en séries du deux de couple avec barreur, les favoris néerlandais François Brandt et Roelof Klein furent surpris de terminer huit secondes derrière les Français Lucien Martinet et René Waleff. La raison ? Le barreur néerlandais, Hermanus Brockmann, était un adulte pesant 60 kg, tandis que les équipages français étaient composés d’enfants plus légers. Les Néerlandais décidèrent d’en faire autant, et en finale, leur barreur fut un enfant de 33 kg, non inscrit par les équipes françaises car jugé trop lourd. Son âge est estimé entre 7 et 12 ans. En finale, les Néerlandais prirent rapidement la tête avec leur nouveau barreur et, bien qu’ils furent rattrapés en fin de course, l’emportèrent de 0,2 seconde devant Martinet et Waleff. Le nom du jeune Parisien n’a jamais été retrouvé, mais il est probablement le plus jeune champion olympique de l’histoire.
À l’occasion du marathon des Jeux olympiques de Paris, le Français favori Georges Touquet-Daunis s’arrête dans un café après 12 kilomètres et annonce, après quelques bières, qu’il ne repartira pas en raison de la chaleur.
L’Américain Maxie Long remporte l’épreuve d’athlétisme du 400 mètres, sous les acclamations du public français qui prend son uniforme bleu et blanc de l’université Columbia pour celui du Racing Club de France.
L’Américaine Margaret Abbott, du Chicago Club, s’impose dans la compétition en bouclant le parcours de neuf trous en 47 coups. Venue à Paris en 1899 avec sa mère Mary Abbott, qui termine septième du tournoi, pour étudier l’art, elle expliquera plus tard sa victoire par le fait que, lors des Jeux olympiques de Paris, « toutes les Françaises avaient visiblement mal compris la nature du jeu prévu ce jour-là et étaient venues en talons hauts et en robes serrées ». Elle meurt en 1955 sans savoir qu’elle avait remporté le tournoi olympique de Paris, ni qu’elle était la première championne olympique américaine de l’histoire. Elle restera la seule médaillée d’or dans sa discipline jusqu’au retour du golf féminin au programme olympique à Rio en 2016.
Classements à l’époque des Jeux olympiques de Paris en 1900
Les organisateurs des compétitions sportives de l’Exposition universelle ne recensaient pas les victoires des athlètes par pays, ni n’établissaient de classement entre les nations participantes. Les médailles olympiques en or, en argent et en bronze, attribuées aux trois premiers de chaque épreuve, n’existaient pas en 1900. Elles firent leur apparition pour la première fois aux Jeux olympiques de Saint-Louis aux États-Unis en 1904. Le classement des Jeux olympiques de Paris en 1900 fut donc établi a posteriori, en attribuant des médailles aux trois premiers des seules épreuves considérées comme olympiques.
La France, pays d’où provenait plus de la moitié des athlètes, domina le classement lors des Jeux de Paris. Ce fut la seule fois de son histoire (hors Jeux intercalaires de 1906), avec 101 médailles, dont 26 en or. Les États-Unis arrivèrent en deuxième position avec 47 médailles, dont 19 en or, principalement remportées en athlétisme. Le Royaume-Uni se classa troisième avec 30 médailles, dont 15 en or. Les douze médailles remportées par des athlètes de nationalités différentes furent attribuées à l’équipe mixte.
Réactions de la presse et de Pierre de Coubertin
Les compétitions sportives de l’Exposition universelle furent saluées comme un grand succès par les journalistes de l’époque. Le quotidien sportif Le Vélo, par exemple, écrivait que « le sport en 1900 gravite autour de ce seul pôle : Paris ». L’Auto-Vélo rapportait quant à lui que « jamais, depuis l’époque où les Jeux olympiques se déroulaient tous les quatre ans, un événement sportif n’a connu à Paris un tel retentissement ». L’Auto-Vélo souligne pour sa part que « jamais, depuis l’époque où les Jeux olympiques, célébrés tous les quatre ans, soulevaient d’aussi vives émotions en Grèce et dans le monde antique, le sport n’a été plus en vedette que cette année, jamais il n’a autant préoccupé les foules […]. […] Le sport est devenu une sorte de nouvelle religion ».
Dans ses mémoires publiés en 1931, Pierre de Coubertin critiquait vivement l’organisation des compétitions sportives en 1900. Il écrivait notamment au sujet des Jeux Olympiques de Paris : « Malheureusement, s’il y avait un endroit au monde où l’on était indifférent à leur égard, c’était avant tout Paris… » et « Certains résultats intéressants, mais rien d’olympique, furent enregistrés. Aux dires d’un de nos collègues, notre travail avait été « utilisé jusqu’à être déchiqueté ». L’expression est toujours juste. Elle caractérise l’expérience de 1900. Elle a prouvé, en tout cas, qu’il ne fallait jamais permettre aux Jeux d’être annexés à l’une de ces grandes foires au milieu desquelles leur valeur philosophique s’évapore et leur portée pédagogique devient inopérante. »
Sur la base de ces mémoires, les historiens du sport, notamment français, portent généralement un jugement négatif sur les organisateurs, qui avaient réservé aux Jeux Olympiques une place modeste lors de l’Exposition universelle de 1900. Dans son *Histoire du Sport français de 1870 à nos jours*, publié en 1983, Jean-Toussaint Fieschi écrit par exemple : « Cela aurait pu être un grand événement, une occasion de faire valoir le fait sportif en France ; il n’en fut qu’une triste foire, un mélange plus ou moins officiel d’épreuves, amateurs et professionnelles, dispersées dans toute la capitale, englouties dans une épidémie de compétitions, de défilés et de revues. Que les Jeux Olympiques de Paris aient survécu à un tel fiasco semble aujourd’hui à peine croyable. » La situation était similaire dans le monde anglo-saxon, où les Jeux de 1904 à Saint-Louis, aux États-Unis, furent organisés dans le cadre d’une Exposition universelle. Ils sont parfois qualifiés de « Jeux farfelus ».
Autres disciplines présentes aux Jeux de Paris en 1900, mais non considérées comme olympiques
Parmi elles figuraient l’automobilisme, les courses de pigeons voyageurs, les concours de ballons, le jeu de boules, le palmier (long palm), la motonautique, la pêche à la ligne, les sauvetages et le tir au canon.
Les courses automobiles étaient divisées en deux catégories : les épreuves d’endurance et les courses de vitesse. La course de vitesse Paris-Toulouse-Paris se déroula en trois étapes sur un parcours de 1 448 kilomètres. Dix-huit des 55 véhicules au départ franchirent la ligne d’arrivée. Alfred Velghe remporta la catégorie des voitures dépassant une vitesse moyenne de 65 km/h. Il pilotait une Mors pesant plus d’une tonne et équipée de pneus Michelin. Louis et Marcel Renault, fondateurs de leur entreprise en 1899, s’imposèrent dans la catégorie des petites voitures (moins de 400 kg) avec leur dernier modèle, atteignant en moyenne 36,4 km/h à l’aller et 42 km/h au retour. Pourtant, même à cette vitesse, les voitures de course pouvaient être dangereuses. Lors de la course Paris-Madrid de 1903, Marcel Renault manqua un virage à Couhé-Vérac, au sud de Poitiers, et fut mortellement blessé. Il décéda deux jours plus tard.
Les épreuves de boules se tinrent au boulodrome de Saint-Mandé. Deux tournois furent organisés : la boule lyonnaise et la boule parisienne (ou jeu de berges). Cinquante-quatre équipes de quatre joueurs (soit 216 participants), tous français, prirent part à la compétition. Une équipe de Lyon remporta la boule lyonnaise et une équipe de Saint-Mandé s’imposa en boule parisienne.
La compétition de pêche à la ligne se déroula sur l’île aux Cygnes, à Paris, le long de la Seine. Elle attira 600 concurrents et 20 000 spectateurs sur quatre jours. Malgré une pollution accidentelle due à un égout, les participants capturèrent 2 051 poissons, dont 881 lors de la finale. Élie Lesueur, d’Amiens, remporta le trophée du plus gros poisson, tandis qu’Hyacinthe Lalanne se vit décerner le diplôme de premier au monde pour ses 47 prises.
Les compétitions de tir d'artillerie sont organisées au champ de tir de Vincennes en collaboration avec la Société de tir au canon de Paris. Le programme se compose de trois épreuves : le tir individuel, le tir de batterie de campagne et le tir de batterie de siège. L'épreuve individuelle, qui s'étend sur six jours, réunit 542 participants devant manipuler un canon de 90 mm. Pour le tir de batterie de campagne, 16 officiers et sous-officiers, assistés par 30 membres du personnel, tirent avec six canons. Quarante-six batteries ont été formées pour cette épreuve. Pour le tir de batterie de siège, un chef de batterie, douze pointeurs et huit assistants sont nécessaires pour manœuvrer les quatre canons.
Les Jeux Olympiques jusqu'en 1924
Après 1900, les Jeux Olympiques de Saint-Louis furent à nouveau « couplés » à une Exposition universelle. Les éditions suivantes furent organisées de manière indépendante et se tinrent tous les quatre ans – sauf en 1916 –, avec les ajustements nécessaires. Ce n'est qu'avec les Jeux Olympiques de Paris en 1924 que la formule olympique a atteint sa maturité, telle que nous la connaissons aujourd'hui.
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