Henri IV jusqu’à son assassinat et bien au-delà

Reconstruction et pacification du royaume

Après les guerres de Religion, la France entame sa reconstruction. Dès 1610, la production agricole retrouve son niveau de 1560. Un désir généralisé de paix favorise le redressement économique, notamment en Languedoc et dans les régions du Nord.

  • Henri IV et son ministre Sully voient dans les arts un levier essentiel pour la reprise économique :
    • Des ateliers de tapisserie sont créés pour réduire les coûteuses importations flamandes – ce qui donne naissance à ce qui deviendra la Manufacture des Gobelins.
    • Des artistes et artisans s’installent au Louvre, transformé en un pôle artistique majeur.
  • Développement de l’industrie de la soie : Avec le soutien de personnalités comme Laffemas et Traucat, inspirés par l’agronome Olivier de Serres, des millions de mûriers sont plantés dans les Cévennes et d’autres régions pour développer la production de soie.
  • Grands travaux d’infrastructure : Le canal de Briare, reliant la Seine à la Loire, est le premier grand canal intérieur français à relier deux fleuves. Conçu par Hugues Cosnier en 1604, il servira de modèle pour les canaux ultérieurs, dont le canal de Panama.
  • Symbole de prospérité : Le Poulet au Pot. Henri IV se fait connaître pour son idéal selon lequel chaque paysan devrait avoir un poulet au pot le dimanche – symbole de prospérité et de bien-être.
  • Réformes financières :
    • Sully réduit la dette nationale en déclarant des banqueroutes partielles et en renégociant les dettes (par exemple, celle envers les Suisses, réduite de 36 à 16 millions de livres).
    • La taxe de la « paulette » (1604) rend les charges administratives héréditaires moyennant un paiement annuel.
    • Une répression des faux nobles est engagée dès 1598.
  • Violence sociale persistante
    • Les soldats démobilisés forment des bandes armées qui pillent les campagnes.
    • La violence nobiliaire reste élevée : 4 000 morts par duel sont recensés en 1607.
    • Les enlèvements de jeunes femmes en âge de se marier déclenchent des guerres privées nécessitant l’intervention royale.

Pour gouverner, Henri IV s’appuie sur des ministres et conseillers compétents comme le baron de Rosny, futur duc de Sully, le catholique Villeroy et l’économiste Barthélemy de Laffemas.

Les années de paix remplissent les caisses de l’État. Henri IV fait construire la grande galerie du Louvre, reliant le palais aux Tuileries. Il lance plusieurs campagnes pour agrandir et décorer les grands châteaux royaux de Fontainebleau et de Saint-Germain-en-Laye, faisant appel à de nombreux sculpteurs talentueux (Pierre Biard l’Aîné, Pierre Franqueville, Mathieu Jacquet, Barthélemy Prieur, Jean Mansart) et peintres français et flamands (Toussaint Dubreuil, Ambroise Dubois, Jacob Bunel, Martin Fréminet).

Il met en place une politique d’urbanisme moderne. Il poursuit la construction du Pont Neuf, entamée sous son prédécesseur. Il fait édifier deux nouvelles places à Paris, la Place Royale (aujourd’hui Place des Vosges) et la Place Dauphine, sur l’île de la Cité. Il projette également la création d’une place semi-circulaire, la « Place de France », au nord du Marais, mais ce projet ne voit jamais le jour.

Pour rassurer les anciens partisans de la Ligue, Henri IV favorisa également l’entrée en France des jésuites, qui, pendant la guerre, avaient appelé à l’assassinat du roi, et créa une « caisse des conversions » en 1598. Il se réconcilia avec Charles III, duc de Lorraine, et maria sa sœur Catherine de Bourbon au fils de ce dernier. Henri IV était un catholique fervent – bien que pas particulièrement dévot – et encouragea sa sœur ainsi que son ministre Sully à se convertir, mais aucun des deux ne le fit.

Assassinat du roi Henri IV et succession

Persuadé que son armée était prête à reprendre le conflit qui venait de s’achever dix ans plus tôt, Henri IV s’allia aux protestants allemands de l’Union évangélique. Le 25 avril 1610, François de Bonne de Lesdiguières, représentant d’Henri IV en France, signa dans le château de Bruzolo, dans la vallée de Suse, le traité de Bruzolo avec Charles-Emmanuel Ier, duc de Savoie.

Le déclenchement d’une guerre européenne ne plaisait ni au pape, soucieux de la paix entre les princes chrétiens, ni aux sujets français, inquiets pour leur propre tranquillité. Incapables d’accepter une alliance avec des princes protestants contre un souverain catholique, certains prêtres attisaient les esprits des anciens ligueurs par leurs prêches. Henri IV constatait aussi l’existence, au sein même de l’entourage de la reine, d’un parti opposé à sa politique. Le roi se trouvait dans une position fragile, d’autant que les protestants cherchaient à préserver leurs privilèges politiques au titre de l’édit de Nantes.

Une guerre qui n’aura pas lieu

Les dernières années du règne d’Henri IV furent marquées par des tensions avec les Habsbourg et par la reprise des hostilités contre l’Espagne. Henri IV intervint dans le différend successoral opposant l’empereur catholique aux princes protestants allemands, dont il soutenait la cause, dans la succession de Clèves et de Juliers. Le 25 avril 1610, François de Bonne de Lesdiguières, représentant d’Henri IV en France, signa dans le château de Bruzolo, dans la vallée de Suse, le traité de Bruzolo avec Charles-Emmanuel Ier, duc de Savoie.

Les dissensions entre Henri IV et le premier prince du sang, Henri II de Condé (marié à Charlotte-Marguerite de Montmorency), poussèrent ce dernier à se réfugier à Bruxelles pour soustraire son épouse aux avances pressantes du roi. Ces tensions servaient de moyen de pression et pouvaient offrir un prétexte à une intervention extérieure du roi de France, face à l’Espagne (maison de Habsbourg) qui contrôlait Bruxelles.

Finalement, la campagne était prévue pour le 17 mai, et comme le roi comptait partir à la tête de ses troupes, il décida de faire sacrer son épouse, Marie de Médicis.

Le sacre de Marie de Médicis et l’assassinat d’Henri IV

Pour assurer la stabilité du gouvernement en son absence, Henri IV fit sacrer officiellement Marie de Médicis à Saint-Denis le 13 mai 1610. Le lendemain, 14 mai, Sully étant souffrant, le roi décida de traverser Paris pour lui rendre visite à l’Arsenal (près de la Bastille). Alors que le carrosse royal passait rue de la Ferronnerie, aux numéros 8 à 10, le roi fut poignardé à trois reprises par François Ravaillac, un catholique fanatique. Henri IV fut ramené en hâte au palais du Louvre, où il mourut de ses blessures. Il avait 57 ans. L’enquête conclut qu’il s’agissait de l’acte isolé d’un fou. La campagne de Flandre contre les Habsbourg était annulée.

Ravaillac fut condamné à mort par le Parlement de Paris pour le meurtre du roi. Il fut écartelé le 27 mai 1610 place de Grève, à Paris. L’éviscération était la peine réservée aux régicides.

Après une autopsie et l’embaumement du défunt roi, qui avait promis sa relique royale au collège jésuite de La Flèche, son cœur fut placé dans une urne de plomb contenue dans un reliquaire d’argent envoyé à l’église Saint-Louis de La Flèche. Son corps fut ensuite exposé dans une salle de parade au Louvre, suivi de son effigie dans la Salle des Cariatides.

Henri IV fut enterré à la basilique Saint-Denis le 1er juillet 1610, après plusieurs semaines de cérémonies funéraires qui avaient déjà commencé à forger la légende du bon roi Henri. Lors du lit de justice du 15 mai 1610, son fils aîné, le jeune roi Louis XIII, alors âgé de neuf ans, proclama la régence de la reine Marie de Médicis, veuve d’Henri IV.

Henri IV après sa mort : une pertinence qui traverse les siècles

L’ouverture des sépultures royales de Saint-Denis en 1793

La décision concernant le sort des tombes et des corps royaux à Saint-Denis fut prise pendant la Terreur, lors de la séance du 31 juillet 1793 de la Convention nationale, par Barère, pour célébrer la prise des Tuileries le 10 août 1792 et attaquer les « cendres impures » des tyrans sous prétexte de récupérer le plomb des cercueils.

Cette profanation eut lieu en août, septembre et octobre 1793 – et s’acheva le 18 janvier 1794. Les révolutionnaires jetèrent les cendres de quarante-deux rois, trente-deux reines, soixante-trois princes, dix serviteurs de l’État, ainsi qu’une trentaine d’abbés et divers religieux, « entre des lits de chaux », dans des fosses communes situées dans l’ancien cimetière des moines, au nord de la basilique.

Le 12 octobre 1793, le cercueil de chêne d’Henri IV fut brisé à coups de marteau, et son cercueil de plomb ouvert au ciseau. Selon les témoins : « Son corps était bien conservé, et ses traits parfaitement reconnaissables. Il resta dans le passage des chapelles basses, enveloppé dans son suaire tout aussi bien conservé. Chacun pouvait le voir jusqu’au lundi matin 14 octobre, date à laquelle il fut transporté dans le chœur, au pied des marches du sanctuaire, où il demeura jusqu’à quatorze heures, avant d’être inhumé au cimetière de Valois. Plusieurs personnes prélevèrent de petites « reliques » (un ongle, une mèche de barbe). La rumeur selon laquelle un délégué de la Commune aurait pris un moulage de son visage, modèle des futurs masques mortuaires du roi, relève sans doute d’une légende. De même, aucun document ni archive ne confirme que la tête du roi aurait été tranchée et volée. Au contraire, tous les témoins évoquent le corps d’Henri IV jeté en entier dans une fosse commune, puis recouvert par ceux de ses descendants.

La réparation de Louis XVIII

Sous la Seconde Restauration, Louis XVIII (frère de Louis XVI) fit exhumer les restes de ses prédécesseurs le 19 janvier 1817, après une semaine de recherches. Ils furent retrouvés le 18 janvier, grâce au marbrier François-Joseph Scellier. Ces restes furent placés ensemble (la chaux ayant empêché leur identification individuelle, sauf pour « trois corps retrouvés sans leur partie supérieure », comme le notèrent les commissaires) dans un ossuaire de la crypte de la basilique Saint-Denis, composé d’une dizaine de coffres scellés par des plaques de marbre portant les noms des monarques. Le roi fit également rapatrier les restes de son frère Louis XVI et de Marie-Antoinette depuis le cimetière de la Madeleine, et les fit inhumer à Saint-Denis lors d’une grande cérémonie funèbre le 21 janvier 1815 (anniversaire de la mort de Louis XVI).

Tête momifiée d’Henri IV ?

L’armoire des cœurs royaux du caveau des Bourbon, où sont renfermés, dans des boîtes de plomb et de vermeil, des fragments plus ou moins authentiques des corps royaux.

La controverse autour du crâne d’Henri IV (2010-2013)

En 2010 et 2012, une équipe de scientifiques dirigée par le médecin légiste Philippe Charlier parvient à authentifier la tête momifiée du roi, qui aurait été séparée de son corps lors de la Révolution française – bien qu’aucun document d’archives ne vienne étayer cette affirmation. Le corps d’Henri IV, exposé deux jours au public, fut ensuite jeté dans une fosse commune avec ceux des autres rois. Au début du XXe siècle, un collectionneur affirmait détenir la tête momifiée du souverain. Ce n’est qu’au quadricentenaire de l’assassinat du roi, en 2010, que des analyses scientifiques furent menées sur cette prétendue relique.

Une première étude révéla trente points de concordance confirmant que la tête embaumée était bien celle du roi Henri IV, avec, selon les auteurs de l’étude, « une certitude de 99,99 % ». Cette conclusion fut confirmée en 2012 par une seconde étude menée à l’Institut de biologie évolutive de Barcelone, qui parvint à extraire de l’ADN et à le comparer avec celui présumé de Louis XVI (issu d’un mouchoir censé avoir été trempé dans le sang du roi lors de son exécution). À l’annonce des résultats, une reconstitution virtuelle en 3D du visage royal fut présentée au public.

Cette authentification est contestée par de nombreux historiens, généticiens, médecins légistes, archéologues, paléoanthropologues et journalistes, parmi lesquels Joël Cornette, Jean-Jacques Cassiman, Maarten Larmuseau, Geoffroy Lorin de la Grandmaison, Yves de Kisch, Franck Ferrand, Gino Fornaciari et Philippe Delorme.

En décembre 2010, le prince Louis de Bourbon sollicita le président Nicolas Sarkozy afin de demander la réinhumation de la tête présumée de son aïeul dans la nécropole royale de la basilique Saint-Denis. Selon Jean-Pierre Babelon, Nicolas Sarkozy envisageait initialement une cérémonie pour mai 2012. Cependant, la polémique entourant la relique et la campagne présidentielle reportèrent l’événement, et le projet fut finalement abandonné par François Hollande, devenu président de la République après Nicolas Sarkozy.

Le 9 octobre 2013, un article scientifique publié dans l'*European Journal of Human Genetics*, coécrit par les généticiens Maarten Larmuseau et Jean-Jacques Cassiman de l’université catholique de Louvain, ainsi que par plusieurs historiens, révélait que le chromosome Y de trois princes actuels de la maison de Bourbon différait radicalement de la signature ADN retrouvée dans la tête et le sang analysés lors de l’étude de 2012. L’article émet l’hypothèse que les échantillons auraient pu être contaminés, et qu’une analyse du chromosome Y du cœur de Louis XVII, fils de Louis XVI, déjà identifié, pourrait lever tout doute. Mais aucune démarche n’a été engagée dans ce sens.