Henri IV et la reconquête du trône – Jusqu’à Henri IV et ses autres maîtresses

Après avoir passé plus de trois ans comme otage à la cour de France, il profita des troubles de la cinquième guerre de Religion pour s’enfuir le 5 février 1576. Ayant rejoint ses partisans, il revint au protestantisme, cette fois en abjurant le catholicisme le 13 juin.

La cour de Nérac

En 1577, il participa timidement à la sixième guerre de Religion menée par son cousin le prince de Condé (huguenot).

Henri était désormais confronté à la méfiance des protestants, qui lui reprochaient son manque de sincérité religieuse. Il s’éloigna de la Béarn, alors fermement sous contrôle calviniste. Il subissait une hostilité encore plus grande de la part des catholiques. En décembre 1576, il faillit mourir dans un piège tendu dans la ville d’Eauze. Bordeaux, capitale de son gouvernement, lui refusa l’entrée. Henri s’installa le long de la Garonne, à Agen et Lectoure, qui avaient l’avantage d’être proches de son château de Nérac. Sa cour était composée de gentilshommes des deux religions. Ses conseillers étaient principalement protestants, comme Duplessis-Mornay et Jean de Lacvivier.

D’octobre 1578 à mai 1579, la reine mère Catherine de Médicis vint le voir pour achever la pacification du royaume. Dans l’espoir de le rendre plus docile, elle lui ramena son épouse Marguerite.

Pendant plusieurs mois, le couple de Navarre vécut dans le luxe au château de Nérac. La cour s’adonnait à la chasse, aux jeux et aux danses, au grand dam des pasteurs protestants. Henri lui-même se laissait aller aux plaisirs de la séduction – il tomba successivement amoureux de deux dames de compagnie de la reine : Mlle Rebours et Françoise de Montmorency-Fosseux.

Les événements entre 1580 et 1590 – Henri de Navarre devient l’héritier du roi Henri III

Cette période fut riche en rebondissements et en décisions pour Henri de Navarre.

Henri participa alors à la septième guerre de Religion, relancée par ses coreligionnaires. Lors de la prise de Cahors par son armée en mai 1580, il parvint à éviter le pillage et le massacre malgré cinq jours de combats de rue. Cela lui valut un grand prestige, tant pour son courage que pour son humanité.

Sur le plan personnel, entre 1582 et 1590, Henri de Navarre entretint une relation avec la catholique Diane d’Andoins, à qui il promit le mariage. Les aventures féminines du roi créèrent des dissensions au sein de son couple, toujours sans enfant. Le départ de Marguerite pour Paris (1585) scella leur rupture définitive.

En 1584, François d’Anjou et d’Alençon, frère cadet du roi Henri III de France, mourut sans héritier. N’ayant pas d’enfant, le roi Henri III envisagea de désigner Henri de Navarre comme son héritier légitime. Il envoya le duc d’Épernon pour l’inviter, en vain, à se convertir et à revenir à la cour.

Quelques mois plus tard, Henri III fut contraint de signer le traité de Nemours en gage de bonne foi à la Sainte Ligue, puis déclara la guerre aux protestants et les déclara hors-la-loi. La rumeur prétendit que, du jour au lendemain, la moitié de la future moustache d’Henri IV blanchit.

Rétabli dans sa foi protestante, il fut à nouveau excommunié par le pape, puis dut affronter l’armée royale, qu’il battit à la bataille de Coutras en 1587.

Une série de meurtres après 1588

L’année 1588 fut marquée par de nombreux revirements. Le 5 mars 1588, la mort soudaine du prince Henri de Condé plaça le roi de Navarre à la tête des huguenots.

Le 23 décembre 1588, dans un « coup de majesté », le roi de France fit assassiner le duc Henri de Guise (chef de la Ligue anti-protestante devenue trop puissante), ainsi que son frère, le cardinal Louis, le lendemain. Le changement de la situation politique poussa les souverains de France et de Navarre à se réconcilier par un traité signé le 30 avril 1589. Alliés contre la Ligue catholique, qui contrôlait Paris et une grande partie du royaume, ils parvinrent à assiéger la capitale en juillet de la même année – mais ne purent la prendre.

Le 1er août 1589, le roi Henri III est assassiné par Jacques Clément, un moine catholique fanatique. Avant de mourir le lendemain d’une blessure au bas-ventre, il reconnaît officiellement son beau-frère, le roi Henri III de Navarre, comme son successeur légitime, qui devient alors Henri IV, roi de France. Sur son lit de mort, Henri III lui conseille de se convertir à la religion de la majorité des Français.

Roi de France et de Navarre, un roi sans royaume

La longue reconquête du royaume par Henri IV commence alors, car les trois quarts de la population française refusent de reconnaître un noble protestant comme roi. De leur côté, les catholiques de la Ligue refusent de valider la légitimité de cette succession.

Roi de France et de Navarre, mais seul face à la Ligue

En 1589, conscient de ses faiblesses, Henri IV doit d’abord rallier les esprits. Les royalistes catholiques exigent qu’il renonce au protestantisme, lui qui avait déjà changé de religion trois fois avant ses dix-neuf ans. Il refuse, mais dans une déclaration publiée le 4 août (trois jours après l’assassinat d’Henri III), il indique qu’il respectera la religion catholique. Beaucoup restent réticents à le suivre, et des protestants comme La Trémoille quittent même l’armée, qui passe de 40 000 à 20 000 hommes.

Affaibli, Henri IV doit lever le siège de Paris, les seigneurs rentrant chez eux, refusant de servir un protestant. Pourtant, il remporte une victoire sur Charles de Lorraine, duc de Mayenne, le 29 septembre 1589 à la bataille d’Arques. Les 10 000 hommes du roi écrasent les 35 000 ligueurs, une victoire comparée à celle de David sur Goliath.

Outre le soutien des nobles, les huguenots et les politiques rassurés par ce chef de guerre solide et humain, s’ajoutent ceux de Conti et Montpensier (princes du sang), Longueville, Luxembourg et Rohan-Montbazon, ducs et pairs, les maréchaux Biron et d’Aumont, ainsi qu’un grand nombre de nobles (Champagne, Picardie, Île-de-France).

Il échoue ensuite à reprendre Paris, mais s’empare de la ville de Vendôme. Là encore, il veille à ce que les églises restent intactes et que les habitants ne souffrent pas du passage de son armée. Grâce à cet exemple, toutes les villes entre Tours et Le Mans se rendent sans combat. Il bat à nouveau les Ligueurs et les Espagnols à Ivry le 14 mars 1590, où naît le mythe de la plume blanche. Selon Agrippa d’Aubigné, Henri IV aurait crié : « Ralliez-vous à ma plume blanche, vous la trouverez sur le chemin de la victoire et de l’honneur ».

La religion revient en force

Les protestants lui reprochent de ne pas leur accorder la liberté de culte. En juillet 1591, par l’édit de Mantes (à ne pas confondre avec l’édit de Nantes de 1598), il rétablit les dispositions de l’édit de Poitiers (1577), qui leur octroie une liberté de culte très limitée.

Le duc de Mayenne, alors en guerre contre Henri IV, convoque les États généraux en janvier 1593 dans le but d’élire un nouveau roi pour remplacer Henri IV. Mais il échoue : les États négocient avec le parti d’Henri IV, obtiennent une trêve, puis sa conversion.

Encouragé par l’amour de sa vie, Gabrielle d’Estrées, et conscient de l’épuisement des forces en présence, tant sur le plan moral que financier, Henri IV, fin politique, choisit d’abjurer sa foi calviniste. Le 4 avril 1592, dans une déclaration dite de l’« expédient », il annonce son intention de s’instruire dans la religion catholique.

Henri IV abjure solennellement le protestantisme le 25 juillet 1593 à la basilique Saint-Denis, où il est baptisé par Jacques Davy du Perron. On lui prête à tort la phrase « Paris vaut bien une messe » (1593), même si le fond de ces mots semble tout à fait sensé.

Abjuration et sacre du roi

Pour accélérer le ralliement des villes et des provinces (et de leurs gouverneurs), il multiplia les promesses et les cadeaux, pour un total de 25 millions de livres. L’augmentation des impôts qui en résulta (une multiplication par 2,7 de la taille) provoqua une révolte dans les provinces les plus fidèles au roi : le Poitou, la Saintonge, le Limousin et le Périgord.

Début 1594, Henri IV prit avec succès le siège de Dreux, avant d’être sacré roi dans la cathédrale de Chartres le 27 février 1594. Il fut l’un des trois seuls rois de France à être sacrés en dehors de Reims et de Paris, villes alors tenues par l’armée de la Ligue. Il fit cependant son entrée à Paris le 22 mars 1594, où il distribua des édits proclamant son pardon royal, et obtint enfin l’absolution du pape Clément VIII le 17 septembre 1595. L’ensemble de la noblesse et le reste de la population se rallièrent progressivement à Henri IV – à quelques exceptions près, comme Jean Châtel, qui tenta de l’assassiner le 27 décembre 1594 à l’hôtel du Bouchage, près du Louvre.

Il défit définitivement l’armée de la Ligue à Fontaine-Française.

Henri IV enfin roi à part entière

La guerre contre l’Espagne et la Savoie

En 1595, Henri IV déclara officiellement la guerre à l’Espagne. Les derniers ligueurs français, soutenus financièrement par Philippe II d’Espagne, devinrent alors des « traîtres ».

Mais Henri IV eut beaucoup de mal à repousser les attaques espagnoles en Picardie. La prise d’Amiens par les Espagnols et le débarquement de troupes hispaniques en Bretagne, où le gouverneur Philippe-Emmanuel de Lorraine, duc de Mercœur, refusait toujours de reconnaître Henri IV, le placèrent dans une situation périlleuse. Ce dernier était cousin de la famille de Guise et beau-frère du défunt roi Henri III.

Autre difficulté : à l’instar de La Trémoille et de Bouillon, la noblesse protestante se tint à l’écart des combats, choquée par la conversion d’Henri IV au catholicisme. Les protestants, en pleine déroute, accusèrent le roi de les avoir abandonnés. Ils se réunissaient régulièrement en assemblée pour réactiver leur organisation politique. Ils allèrent même jusqu’à s’emparer de l’impôt royal pour leur propre compte.

Mais Henri IV reprit les choses en main. Après avoir soumis la Bretagne française, ravagé la Franche-Comté et repris Amiens aux Espagnols, il signa l’édit de Nantes en avril 1598, établissant une paix entre protestants et catholiques.
Nantes était le siège du gouverneur de Bretagne, le duc de Mercœur. Il fut aussi le dernier des rebelles. Au total, les ralliements de la noblesse coûtèrent 35 millions de livres tournois.

Les deux armées étant épuisées, la paix de Vervins entre la France et l’Espagne fut signée le 2 mai 1598. Après des décennies de guerre civile, la France était enfin en paix.

Mais ce n’était pas la fin pour Henri IV. Il mena une « bataille de l’édit de Nantes » pour obtenir l’acceptation de l’édit par les différents parlements du royaume. Le dernier d’entre eux fut celui de Rouen, en 1609.

Cependant, l’article du traité de Vervins concernant le duc de Savoie fut à l’origine d’une nouvelle guerre. Le 20 décembre 1599, Henri IV reçut Charles-Emmanuel Ier de Savoie à Fontainebleau pour régler le différend.
En mars 1600, le duc de Savoie demanda un délai de réflexion de trois mois, puis regagna ses États. Une fois ce délai écoulé, Henri IV convoqua Charles-Emmanuel pour connaître ses intentions. Le prince répondit qu’une guerre lui serait moins dommageable qu’une paix telle que celle qui lui était proposée. Henri IV lui déclara la guerre dès le 11 août 1600, ce qui aboutit au traité de Lyon* en 1601.

*Traité de Lyon, 17 janvier 1601.
Il s’agissait d’un échange territorial entre Henri IV et Charles-Emmanuel Ier, duc de Savoie : ce dernier céda à la France la Bresse, le Bugey, le pays de Gex et le Valromey, possessions du duché de Savoie depuis plusieurs siècles, mais obtint en échange le contrôle du marquisat de Saluces, en Italie.

Le mariage d’Henri IV avec Marie de Médicis

En 1599, Henri IV approchait de la cinquantaine et n’avait toujours pas d’héritier légitime. Depuis plusieurs années, Gabrielle d’Estrées partageait sa vie, mais, n’appartenant pas à une famille régnante, elle ne pouvait prétendre au titre de reine. Sa mort soudaine dans la nuit du 9 au 10 avril 1599, probablement due à une éclampsie puerpérale, permit au roi d’envisager d’épouser une nouvelle épouse digne de son rang.

En octobre 1599, il fit annuler son mariage avec la reine Marguerite, puis, le 17 décembre 1600, il épousa Marie de Médicis, fille de François Ier de Médicis et de Jeanne d’Autriche, nièce de Ferdinand Ier, grand-duc de Toscane. Ce mariage fut doublement bénéfique : la dot effaça une année entière de dettes, et Marie de Médicis donna naissance au dauphin Louis (futur Louis XIII) le 26 septembre 1601, assurant ainsi l’avenir de la dynastie Bourbon.

Henri IV et ses autres maîtresses

Mais Henri IV reste Henri IV. Il compromet son mariage et sa couronne par ses aventures extraconjugales. D’abord, Henriette d’Entragues, jeune femme ambitieuse, fit chanter le roi pour légitimer les enfants qu’elle avait eus de lui. Lorsqu’il refusa ses demandes, Henriette d’Entragues multiplia les complots contre son royal amant. En 1602, alors qu’Henri IV venait présenter sa filleule, Louise de Gondi, au prieuré Saint-Louis de Poissy, où elle deviendrait prieure en 1623, il remarqua la beauté de Louise de Maupeou, qu’il courtisa.

En 1609, après d’autres liaisons, Henri s’éprit de la jeune Charlotte-Marguerite de Montmorency. Cette année-là, elle entra au service de la reine Marie de Médicis, épouse d’Henri IV. C’est lors d’une répétition de ballet qu’elle séduisit le roi, alors âgé de 56 ans. Elle n’avait que 14 ans. En mai 1609, Henri IV rompit les fiançailles de Charlotte avec le marquis de Bassompierre et la maria à un prince du sang, Henri II de Bourbon-Condé. Henri IV comptait sur la complaisance de son cousin, réputé pour préférer les hommes. Son époux, en revanche, ne supporta pas ses avances insistantes et quitta la cour avec elle. Henri IV les suivit dans les provinces et tenta de l’approcher sous divers déguisements. Pour lui échapper, Condé emmena son épouse à Bruxelles, capitale des Pays-Bas espagnols.

La guerre qu’Henri IV avait prévue de déclencher le 17 mai 1610 fut-elle un prétexte pour « libérer » Charlotte ? Ou était-ce l’inverse ?