Né à Pau en 1553 et assassiné à Paris en 1610 à l’âge de 57 ans, il fut d’abord roi de Navarre sous le nom d’Henri III de Navarre (1572-1610), puis roi de France et de Navarre sous le nom d’Henri IV (1589-1610), ce qui lui valut le double titre de roi de France et de Navarre. Mais l’histoire d’Henri IV ne s’achève pas avec sa mort : elle marque la Révolution et perdure jusqu’en 2013, et des questions restent sans réponse encore aujourd’hui.
Un héritage majeur de sa mère
De sa mère Jeanne III d’Albret, il hérita d’un vaste domaine dans ce qui est aujourd’hui le sud-ouest de la France : la Navarre au nord des Pyrénées, le Béarn, l’Albret, l’Armagnac, le Foix et, plus au nord, le Périgord ainsi que la vicomté de Limoges. À sa naissance, une légende raconte qu’il aurait été baptisé à l’ail et au vin de Jurançon de son grand-père, afin qu’il soit élevé « à la béarnaise et non à la française, mollement ».
Henri passa son enfance parmi les paysans du Béarn, vêtu et nourri comme eux, parlant leur langue, courant à leurs côtés et escaladant les montagnes pieds nus. Le futur roi reçut cependant une éducation moins négligée que certains ne le prétendent. Mais il acquit surtout une expérience du peuple et un contact direct avec lui, un empirisme qu’il appliqua tant dans la guerre que dans le choix des hommes qui l’entouraient.
Henri IV est aussi un descendant de la maison de Bourbon et du roi Saint Louis (Louis IX)
Antoine de Bourbon, son père, était un descendant mâle direct du roi Saint Louis (Louis IX) par son sixième et dernier fils, Robert de France, né vers 1256 et mort le 7 février 1317. Ce dernier était connu sous le nom de comte de Clermont, seigneur de Saint-Just et de Creil, et Chambellan de France. Le futur Henri IV était donc un descendant mâle du roi Saint Louis à la dixième génération.
Henri III de Navarre, futur Henri IV, devint le premier « Prince de Sang »
François Ier (1494-1547) eut trois fils. L’aîné, François, mourut en 1536. Le second, qui devint roi (Henri II) en 1547, fut mortellement blessé lors d’un tournoi le 30 juin 1559 et mourut dix jours plus tard dans d’atroces souffrances. Un éclat de lance lui perça l’œil et le cerveau. Son fils lui succéda (François II), mais il mourut l’année suivante en 1560, laissant la couronne à son frère Charles IX, qui décéda sans héritier en 1574. La couronne passa alors à son frère, quatrième et dernier fils survivant d’Henri II, qui prit le nom d’Henri III (de France).
Henri III de Navarre (futur Henri IV de France) devint le premier « Prince de Sang » en raison de son ascendance, tant qu’Henri III n’eut pas d’enfants. Selon la « loi salique », le « premier prince de sang » devient l’héritier naturel du roi régnant de France s’il meurt sans descendant mâle légitime. Henri III, qui n’avait pas d’enfant, fut assassiné le 1er août et mourut le 2 août 1589. Henri III (de France) fut donc le dernier souverain de la maison capétienne des Valois à régner sur la France (l’avènement des Valois remontait à 1328 avec Philippe VI de Valois).
Henri de Navarre (il portait alors le titre d’Henri III de Navarre) devint donc le roi légitime de France sous le nom d’Henri IV.
Une cascade d’assassinats
Le matin du 23 décembre 1588, Henri III crut rétablir son autorité par un « coup de majesté ». D’abord, il fit assassiner le duc de Guise (catholique et chef de la Ligue) puis, le lendemain, son frère, le cardinal de Guise, jugé tout aussi dangereux que lui.
Puis ce fut au tour d’Henri III de succomber aux coups d’un ligueur dominicain, Jacques Clément, le 1er août 1589.
Enfin, vingt ans plus tard, Henri IV mourut le 14 mai 1610, assassiné par Ravaillac, un esprit tourmenté élevé dans la haine des huguenots.
Henri IV : le roi de deux religions
Henri naquit dans la nuit du 12 au 13 décembre 1553 à Pau (sud-ouest de la France, à la frontière espagnole), alors capitale de la souveraineté de Béarn, au château de son grand-père maternel, Henri d’Albret, roi de Navarre. Selon la tradition rapportée par les chroniqueurs de l’époque, Henri, à peine né, fut placé entre les mains de son aïeul, qui lui frotta les lèvres avec une gousse d’ail et lui fit respirer une coupe de vin. Ce « baptême béarnais », pratique courante pour les nouveau-nés, visait à les prémunir des maladies. Il se perpétua les siècles suivants pour les baptêmes des enfants de la maison de France. Henri d’Albret lui offrit une coquille de tortue, toujours exposée dans une salle du château de Pau, qui, selon une tradition incertaine, aurait été la « chambre » d’Henri IV. Conformément à la coutume de la couronne de Navarre, il reçut le titre de prince de Viane en tant qu’aîné.
Le futur Henri IV fut baptisé dans la foi catholique le 6 mars 1554 dans la chapelle du château de Pau, par le cardinal d’Armagnac. Ses parrains furent les rois Henri II de France et Henri II de Navarre (d’où le choix du prénom Henri), et ses marraines, la reine de France Catherine de Médicis et Isabeau d’Albret, sa tante et veuve du comte de Rohan. Lors de la cérémonie, le roi de France Henri II était représenté par le cardinal de Vendôme, frère d’Antoine de Bourbon. Mais Henri de Navarre fut élevé par sa mère dans la religion réformée.
Il abjura le protestantisme en 1572, peu après son mariage avec Marguerite de Valois (catholique) et pendant le massacre de la Saint-Barthélemy. Il revint au protestantisme en 1576 après avoir réussi à s’échapper de la cour de France.
Henri de Navarre finit par se convertir solennellement au catholicisme le 25 juillet 1593, lors d’une cérémonie à la basilique Saint-Denis, ce qui lui permit d’être sacré roi de France en 1594, non pas à Reims mais à Chartres. La tradition veut qu’il ait alors déclaré : « Paris vaut bien une messe » – bien que de nombreux historiens estiment peu probable qu’il ait prononcé cette phrase controversée dans le contexte tendu de l’époque.
Henri de Navarre dans sa prime enfance
Durant ses premières années dans les campagnes de son Béarn natal, au château de Coarraze, Henri passait du temps avec les paysans lors de ses parties de chasse et acquit le surnom de « meunier de Barbaste ». Fidèle à l’esprit du calvinisme, sa mère Jeanne d’Albret veilla à l’élever dans une morale stricte, selon les préceptes de la Réforme.
Lorsque le roi Charles IX monta sur le trône en 1561, son père Antoine de Bourbon emmena son fils Henri, alors âgé de 8 ans, vivre à la cour de France. Là, il côtoya le roi et les princes de la maison royale de son âge. Ses parents divergeaient sur le choix de la religion : sa mère souhaitait poursuivre son éducation dans le calvinisme, tandis que son père penchait pour le catholicisme.
Guerres de Religion et accession au trône de France
Entre 1562 et 1598, huit guerres de Religion ont opposé, dans le Royaume de France, les partisans du catholicisme à ceux du protestantisme (les « huguenots ») lors d’opérations militaires. Les catholiques bénéficiaient généralement du soutien du pouvoir royal et de son armée, mais chaque camp disposait de ses propres forces, avec une noblesse française divisée entre les deux confessions, y compris parmi les grands seigneurs.
La huitième guerre de Religion fut particulièrement longue et violente. Dès 1584 (cinq ans avant l’assassinat d’Henri III de France), la faction catholique, devenue un parti organisé (la Ligue catholique), tenta d’empêcher Henri de Navarre, chef de la faction protestante, de monter sur le trône à la mort d’Henri III, qui n’avait pas d’enfant. Le roi Henri III et Henri de Navarre unirent alors leurs forces pour combattre la Ligue catholique.
Cependant, après l’assassinat du roi Henri III de France en 1589 par un moine mendiant, le roi protestant Henri IV accéda au trône avec l’appui d’une partie de la noblesse catholique. Ce n’est qu’après sa conversion au catholicisme (1593) et après neuf années de combats que les derniers rebelles se rendirent : après avoir vaincu le duc de Mercœur retranché à Nantes le 28 mars 1598, Henri IV promulgua en avril le huitième édit de tolérance, l’édit de Nantes, qui fut cette fois respecté.
Henri III de Navarre pendant les premières guerres de Religion (1562 – 1571)
Lors de la première guerre de Religion (1562), Henri fut placé sous la protection de Renée de France, princesse engagée dans la réforme protestante, à Montargis. Il n’avait alors que 11 ans.
Après la première guerre de Religion et la mort de son père (1562), Henri de Navarre (devenu Henri III de Navarre le 9 juin 1572, puis Henri IV de France le 2 août 1589) fut retenu à la cour de France comme garant de l’entente entre la monarchie française et sa mère, Jeanne d’Albret, reine de Navarre et huguenote. Celle-ci obtint de Catherine de Médicis (régente de France) le contrôle de l’éducation de son fils.
De 1564 à 1566, Henri de Navarre accompagna même la famille royale lors de son grand tour de France, au cours duquel il retrouva sa mère Jeanne d’Albret, qu’il n’avait pas vue depuis deux ans. En 1567, Jeanne d’Albret le ramena vivre auprès d’elle en Béarn.
Lorsque la troisième guerre de Religion éclata en 1568, Henri, âgé de 15 ans, participa en observateur à sa première campagne militaire en Navarre. Il poursuivit ensuite son apprentissage des armes. Sous la tutelle de l’amiral de Coligny (huguenot), il prit part aux batailles de Jarnac, La Roche-l’Abeille et Moncontour. Il combattit pour la première fois en 1570 – à seulement 17 ans – lors de la bataille d’Arnay-le-Duc.
Après la défaite huguenote du 16 mars 1569 à la bataille de Jarnac, le beau-frère de Jeanne d’Albret, Louis Ier de Bourbon-Condé, fut capturé puis assassiné. Gaspard de Coligny prit alors le commandement des forces huguenotes. Contre toute attente, le parti protestant tint bon. Une attaque catholique contre la Béarn fut repoussée (bataille d’Orthez en août 1569) et, malgré la défaite de Moncontour en octobre, Jeanne d’Albret refusa de se rendre. Mais au début de 1570, elle dut céder à la volonté de ses coreligionnaires de négocier. Elle quitta La Rochelle (ville protestante) en août 1571 pour rentrer dans ses terres.
Le mariage arrangé d’Henri III de Navarre pour mettre fin aux guerres de Religion
L’accord matrimonial
Jeanne d’Albret fut la principale architecte de la négociation de la paix de Saint-Germain-en-Laye (près de Paris), qui mit fin à la troisième guerre en août 1570 après l’épuisement financier de l’armée catholique.
Cette même année, dans le cadre des conditions prévues par le traité de paix, un mariage de convenance, que Jeanne accepta à contrecœur, fut arrangé entre son fils Henri de Navarre et la sœur du roi Charles IX, Marguerite de France (1553-1615), troisième fille de Catherine de Médicis. En échange, les huguenots obtinrent le droit d’occuper des charges publiques en France, un privilège qui leur était jusqu’alors refusé.
Finalement, les deux femmes parvinrent à un accord. Jeanne prit congé de Catherine de Médicis après la signature du contrat de mariage entre Henri et Marguerite, le 11 avril 1572. Le mariage était prévu pour le 18 août 1572. Jeanne arriva à Paris le 16 mai et s’installa à l’hôtel Guillard, mis à sa disposition par le prince de Condé, afin de préparer les noces.
La mort de sa mère Jeanne d’Albret avant le mariage
Le 4 juin 1572, deux mois avant la date prévue pour le mariage, Jeanne rentra d’une de ses sorties en se sentant mal. Le lendemain matin, elle se réveilla fiévreuse et se plaignit de douleurs dans la partie supérieure droite de son corps. Elle mourut cinq jours plus tard.
Le mariage d’Henri de Navarre et de Marguerite de Valois eut lieu le 18 août 1572. Marguerite, catholique, ne pouvait se marier que devant un prêtre, tandis qu’Henri de Navarre ne pouvait entrer dans une église : leur union fut donc célébrée séparément. Le marié resta sur le parvis de Notre-Dame.
Un mariage grandiose dans une atmosphère empoisonnée
Le mariage, célébré le 18 août 1572, fut l’occasion de festivités grandioses auxquelles furent conviés tous les grands du royaume, y compris les protestants, dans un esprit de concorde et de réconciliation.
Un grand nombre de gentilshommes protestants vinrent escorter leur prince. Mais Paris se révéla une ville farouchement anti-huguenote, et les Parisiens, catholiques jusqu’à l’extrême, refusèrent leur présence. Sous l’influence des prédicateurs, en particulier les capucins et les dominicains, le mariage d’une fille de France avec un protestant, fussent-il un prince du sang, leur était odieux. De plus, le peuple parisien était très mécontent : les récoltes avaient été mauvaises, la hausse des prix et le luxe étalé lors du mariage royal avaient attisé leur colère.
Les rivalités entre les grandes familles resurgirent également. Les Guise n’étaient pas prêts à céder face aux Montmorency. François, duc de Montmorency et gouverneur de Paris, ne parvint pas à maîtriser l’agitation urbaine. Cédant à la menace qui pesait sur Paris, il préféra quitter la ville quelques jours après le mariage.
Cinq jours de répit avant le massacre de la Saint-Barthélemy et la reprise de la guerre civile
La tentative d’assassinat du huguenot Coligny
La tentative d’assassinat de l’amiral Coligny, chef des huguenots, fut l’élément déclencheur du massacre de la Saint-Barthélemy. Quatre jours après le mariage, peu avant midi le 22 août 1572, un coup de mousquet, attribué à un certain Maurevert, fut tiré sur Gaspard de Coligny alors qu’il quittait le Louvre pour se rendre à son hôtel, rue Béthizy.
L’amiral en réchappa avec l’index de la main droite arraché et le bras gauche labouré par une balle qui resta logée dans sa chair. Les soupçons se tournèrent rapidement vers des proches de la famille de Guise (parti catholique) et la complicité de la reine mère, Catherine de Médicis, fut évoquée (probablement à tort). Pourquoi cet attentat ? Peut-être pour saboter le processus de paix. Mais les plus exaltés y virent une punition divine…
Le massacre de la Saint-Barthélemy
Le soir du 23 août 1572, le roi réunit ses conseillers (le « conseil étroit ») pour décider de la marche à suivre. Étaient présents le duc d’Anjou, le garde des Sceaux René de Birague, le maréchal de Tavannes, le baron de Retz et le duc de Nevers.
C’est très probablement ce conseil qui décida de recourir à une « justice extraordinaire » et d’éliminer les chefs protestants (bien qu’aucun document ne permette d’affirmer avec certitude que cette décision fut prise lors de cette réunion). L’idée était d’assassiner les capitaines de guerre protestants, tout en décidant d’épargner les jeunes princes du sang, à savoir le roi de Navarre et le prince de Condé.
Dans la nuit du 23 août 1572, le massacre des chefs protestants débuta.
Dimanche 24 août : la situation échappe à tout contrôle. Le massacre de tous les protestants commença, sans distinction d’âge, de sexe ni de condition sociale. Le carnage dura plusieurs jours, malgré les tentatives du roi pour l’arrêter.
Mardi 26 août : Charles IX s’exprime devant le parlement de Paris. Il assume la responsabilité de l’assassinat des chefs protestants. Il déclare vouloir : « empêcher l’exécution d’une funeste et détestable conspiration ourdie par ledit amiral [Coligny], auteur et instigateur de celle-ci, ainsi que ses complices et partisans contre la personne du roi, son État, la reine sa mère, Messieurs ses frères, le roi de Navarre, les princes et seigneurs qui les entourent. »
Les villes de province se livrèrent à leurs propres massacres. Le 25 août, le carnage atteignit Orléans (où l’on estime que près de 1 000 personnes périrent) et Meaux ; le 26, La Charité-sur-Loire ; les 28 et 29, Saumur et Angers ; le 31, Lyon, et ainsi de suite.
Henri de Navarre et le massacre de la Saint-Barthélemy
Épargné par le massacre en raison de son statut de prince, Henri fut contraint de se convertir au catholicisme quelques semaines plus tard. Assigné à résidence à la cour de France, il s’engagea politiquement aux côtés du frère du roi, François d’Alençon, et participa au siège de La Rochelle (1573) contre les huguenots.
Après avoir pris part aux complots des Malcontents*, il fut emprisonné avec le duc d’Alençon dans les cachots de Vincennes (avril 1574). Le duc d’Alençon, frère du roi, mourut prématurément de tuberculose en 1584, faisant de Henri de Navarre l’héritier officiel de la couronne de France à sa mort. À l’avènement d’Henri III, il obtint un nouveau pardon du roi à Lyon et participa au sacre d’Henri III à Reims le 13 février 1575, ce qui lui évita la peine de mort, mais il demeura retenu à la cour.
*La Conjuration des Malcontents fut un complot manqué visant à faire évader François d’Alençon (frère du roi) et Henri de Navarre (futur roi Henri IV) de la cour de France. Il fut mené à deux reprises fin février et début avril 1574 par un groupe de nobles catholiques et protestants mécontents de la politique gouvernementale.
Les conjurés avaient pour objectif de soustraire le pouvoir à Catherine de Médicis, renverser le gouvernement et faire de François d’Alençon l’héritier du trône de France à la place de son frère aîné Henri d’Anjou, devenu roi de Pologne l’année précédente (et qui deviendrait plus tard roi de France sous le nom d’Henri III). La conspiration s’inscrivait dans la foulée du tollé suscité par le massacre de la Saint-Barthélemy et marqua le début de la Cinquième guerre de Religion (1574-1576).
La fuite d’Henri III de Navarre de la cour de France
Après avoir passé plus de trois ans comme otage à la cour de France, il profita des troubles de la cinquième guerre de Religion pour s’enfuir le 5 février 1576. Rejoint par ses partisans, il revint au protestantisme, abjurant cette fois le catholicisme le 13 juin.
La cour de Nérac
En 1577, il prit timidement part à la sixième guerre de Religion menée par son cousin le prince de Condé (huguenot).
Henri était désormais confronté à la méfiance des protestants, qui lui reprochaient son manque de sincérité religieuse. Il s’éloigna de Béarn, fermement contrôlé par les calvinistes. L’hostilité des catholiques envers lui était encore plus grande. En décembre 1576, il échappa de justesse à un piège tendu dans la ville d’Eauze. Bordeaux, capitale de son gouvernement, lui refusa l’entrée. Henri s’installa alors le long de la Garonne, à Agen et Lectoure, villes qui avaient l’avantage d’être proches de son château de Nérac. Sa cour réunissait des gentilshommes des deux religions. Ses conseillers étaient principalement protestants, comme Duplessis-Mornay et Jean de Lacvivier.
D’octobre 1578 à mai 1579, la reine mère Catherine de Médicis vint le voir pour parfaire la pacification du royaume. Espérant le rendre plus docile, elle lui ramena son épouse Marguerite.
Pendant plusieurs mois, le couple de Navarre vécut dans le luxe au château de Nérac. La cour s’adonnait à la chasse, aux jeux et aux danses, au grand dam des pasteurs protestants. Henri lui-même se laissait aller aux plaisirs de la séduction : il tomba successivement amoureux de deux dames de compagnie de la reine, Mlle Rebours et Françoise de Montmorency-Fosseux.
Les événements entre 1580 et 1590 – Henri de Navarre devient l’héritier du roi Henri III
Cette période fut riche en rebondissements et en décisions pour Henri de Navarre.
Il participa alors à la septième guerre de Religion, relancée par ses coreligionnaires. Lors de la prise de Cahors par son armée en mai 1580, il parvint à éviter le pillage et le massacre malgré cinq jours de combats de rue. Cela lui valut un grand prestige, tant pour son courage que pour son humanité.
Sur le plan personnel, entre 1582 et 1590, Henri de Navarre entretint une relation avec la catholique Diane d’Andoins, à qui il promit le mariage. Ses aventures féminines, dont celle du roi, créèrent des dissensions au sein de son couple, toujours sans enfant. Le départ de Marguerite pour Paris (1585) scella leur rupture définitive.
En 1584, le frère cadet du roi Henri III, François d’Anjou et d’Alençon, mourut sans héritier. N’ayant pas d’enfant, le roi Henri III envisagea de désigner Henri de Navarre comme son héritier légitime. Il envoya le duc d’Épernon pour l’inviter, en vain, à se convertir et à revenir à la cour.
Mais quelques mois plus tard, Henri III fut contraint de signer le traité de Nemours en gage de bonne volonté envers la Sainte Ligue : il déclara la guerre aux protestants et les déclara hors-la-loi. La rumeur veut que, du jour au lendemain, la moitié de la future moustache d’Henri IV ait blanchi.
Retombé dans l’hérésie, il fut de nouveau excommunié par le pape, puis dut affronter l’armée royale, qu’il battit à la bataille de Coutras en 1587.
Une série de meurtres après 1588
L’année 1588 fut marquée par de nombreux revirements. Le 5 mars 1588, la mort subite du prince Henri de Condé positionna clairement le roi de Navarre à la tête des huguenots.
Le 23 décembre 1588, dans un « coup de majesté », le roi de France fit assassiner le duc Henri de Guise (chef de la Ligue anti-protestante devenue trop puissante), ainsi que le lendemain son frère, le cardinal Louis. Ce bouleversement politique incita les souverains de France et de Navarre à se réconcilier par un traité signé le 30 avril 1589. Alliés contre la Ligue catholique, qui contrôlait Paris et une grande partie du royaume, ils tentèrent de mettre le siège devant la capitale en juillet de la même année – mais sans parvenir à s’en emparer.
Le 1er août 1589, le roi Henri III fut assassiné par Jacques Clément, un moine catholique fanatique. Avant de mourir le lendemain des suites d’une blessure au bas-ventre, il reconnut officiellement son beau-frère, Henri de Navarre, comme son successeur légitime, qui devint alors Henri IV, roi de France. Sur son lit de mort, Henri III lui conseilla de se convertir à la religion de la majorité des Français.
Roi de France et de Navarre, un roi sans royaume
Henri IV entama ainsi une longue reconquête du royaume, alors que les trois quarts de la population française refusaient de reconnaître un noble protestant comme souverain. De leur côté, les catholiques de la Ligue refusaient catégoriquement de valider cette succession.
Roi de France et de Navarre, mais seul face à la Ligue
En 1589, conscient de ses faiblesses, Henri IV devait d’abord rallier les foules. Les royalistes catholiques exigeaient qu’il renonce au protestantisme, lui qui avait déjà changé trois fois de religion avant l’âge de dix-neuf ans. Il refusa, mais dans une déclaration publiée le 4 août (trois jours après l’assassinat d’Henri III), il affirma qu’il respecterait la religion catholique. Beaucoup restèrent réticents, et des protestants comme La Trémoille quittèrent même l’armée, qui passa de 40 000 à 20 000 hommes.
Affaibli, Henri IV dut lever le siège de Paris, les seigneurs rentrant chez eux, refusant de servir un roi protestant. Pourtant, il remporta une victoire éclatante sur Charles de Lorraine, duc de Mayenne, le 29 septembre 1589 à la bataille d’Arques. Ses 10 000 hommes écrasèrent les 35 000 ligueurs, une victoire comparée à celle de David contre Goliath.
Outre le soutien des nobles, des huguenots et des politiques rassurés par ce chef de guerre solide et humain, il bénéficiait de l’appui de Conti et Montpensier (princes du sang), Longueville, Luxembourg et Rohan-Montbazon, ducs et pairs, des maréchaux Biron et d’Aumont, ainsi que d’un grand nombre de seigneurs (Champagne, Picardie, Île-de-France).
Il échoua ensuite à reprendre Paris, mais s’empara de la ville de Vendôme. Là encore, il veilla à ce que les églises restent intactes et que la population ne subisse pas le passage de ses troupes. Grâce à cet exemple, toutes les villes entre Tours et Le Mans se rendirent sans combat. Il battit à nouveau les Ligueurs et les Espagnols à Ivry le 14 mars 1590, où naquit le mythe de la plume blanche. Selon Agrippa d’Aubigné, Henri IV aurait crié : « Ralliez-vous à ma plume blanche, vous la trouverez sur le chemin de la victoire et de l’honneur ».
La religion reprend de plus belle
Les protestants lui reprochaient de ne pas leur accorder la liberté de culte. En juillet 1591, par l’édit de Mantes (à ne pas confondre avec l’édit de Nantes de 1598), il rétablit les dispositions de l’édit de Poitiers (1577), qui leur octroyait une liberté de culte très limitée.
Le duc de Mayenne, alors en guerre contre Henri IV, convoqua les États généraux en janvier 1593 dans l’espoir d’élire un nouveau roi pour remplacer Henri IV. Mais il échoua : les États négocièrent avec le parti d’Henri IV, obtinrent une trêve, puis sa conversion.
Encouragé par l’amour de sa vie, Gabrielle d’Estrées, et parfaitement conscient de l’épuisement des forces en présence, tant sur le plan moral que financier, Henri IV, fin politique, choisit d’abjurer sa foi calviniste. Le 4 avril 1592, par une déclaration connue sous le nom d’« expédient », il annonce son intention de se faire instruire dans la religion catholique.
Henri IV abjure solennellement le protestantisme le 25 juillet 1593 en la basilique Saint-Denis, où il est baptisé par Jacques Davy du Perron. On lui prête à tort la phrase « Paris vaut bien une messe » (1593), même si le fond de ces mots semble tout à fait sensé.
Abjuration et sacre du roi
Pour hâter le ralliement des villes et des provinces (et de leurs gouverneurs), il multiplie promesses et cadeaux, pour un total de 25 millions de livres. L’augmentation des impôts qui en résulte (une hausse de 2,7 fois de la taille) provoque une révolte dans les provinces les plus fidèles au roi : le Poitou, la Saintonge, le Limousin et le Périgord.
Début 1594, Henri IV prend d’assaut Dreux avant d’être sacré roi en la cathédrale de Chartres le 27 février 1594. Il est l’un des trois seuls rois de France à être sacrés hors de Reims et de Paris, cette dernière ville étant alors aux mains de l’armée de la Ligue. Il fait cependant son entrée à Paris le 22 mars 1594, où il distribue des lettres exprimant son pardon royal, et obtient enfin l’absolution du pape Clément VIII le 17 septembre 1595. Toute la noblesse et le reste de la population finissent par rallier Henri IV – à quelques exceptions près, comme Jean Châtel, qui tente de l’assassiner le 27 décembre 1594 à l’hôtel du Bouchage, près du Louvre.
Il écrase définitivement l’armée de la Ligue à Fontaine-Française.
Henri IV enfin roi à part entière
La guerre contre l’Espagne et la Savoie
En 1595, Henri IV déclare officiellement la guerre à l’Espagne. Les derniers ligueurs français, soutenus financièrement par Philippe II d’Espagne, deviennent alors des « traîtres ».
Mais Henri IV peine à repousser les attaques espagnoles en Picardie. La prise d’Amiens par les Espagnols et le débarquement de troupes hispaniques en Bretagne, où le gouverneur Philippe Emmanuel de Lorraine, duc de Mercœur, refuse toujours de reconnaître Henri IV comme roi, le placent dans une situation périlleuse. Il est en effet cousin des Guise et beau-frère du défunt roi Henri III.
Autre difficulté : à l’instar de La Trémoille et de Bouillon, la noblesse protestante se tient à l’écart des combats, scandalisée par la conversion d’Henri IV au catholicisme. Les protestants, en pleine déroute, lui reprochent d’avoir abandonné leur cause. Ils se réunissent régulièrement en assemblée pour réactiver leur organisation politique. Ils vont même jusqu’à s’emparer de l’impôt royal.
Mais Henri IV reprend la main. Après avoir soumis la Bretagne française, ravagé la Franche-Comté et repris Amiens aux Espagnols, il signe l’édit de Nantes en avril 1598, instaurant une paix entre protestants et catholiques.
Nantes était le siège du gouverneur de Bretagne, le duc de Mercœur. Il était aussi le dernier des rebelles. Au total, les ralliements de la noblesse ont coûté 35 millions de livres tournois.
Les deux camps épuisés, la paix de Vervins entre la France et l’Espagne est signée le 2 mai 1598. Après des décennies de guerre civile, la France est enfin en paix.
Mais ce n’est pas la fin pour Henri IV. Il mène une « bataille de l’édit de Nantes » pour faire accepter le texte par les différents parlements du royaume. Le dernier à céder est celui de Rouen, en 1609.
Cependant, l’article du traité de Vervins concernant le duc de Savoie fut à l’origine d’une nouvelle guerre. Le 20 décembre 1599, Henri IV reçut Charles-Emmanuel Ier de Savoie à Fontainebleau pour régler le différend.
En mars 1600, le duc de Savoie demanda un délai de réflexion de trois mois et retourna dans ses États. Une fois ce délai écoulé, Henri IV convoqua Charles-Emmanuel pour connaître ses intentions. Le prince répondit qu’une guerre lui serait moins dommageable qu’une paix comme celle qui lui était proposée. Henri IV lui déclara la guerre le 11 août 1600, ce qui aboutit au traité de Lyon* en 1601.
*Traité de Lyon, 17 janvier 1601.
Il s’agissait d’un échange territorial entre Henri IV et Charles-Emmanuel Ier, duc de Savoie : le duc céda à la France la Bresse, le Bugey, le Pays de Gex et le Valromey, possessions du duché de Savoie depuis plusieurs siècles, mais obtint en échange le contrôle du marquisat de Saluces en Italie.
Le mariage d’Henri IV avec Marie de Médicis
En 1599, Henri IV approchait de la cinquantaine et n’avait toujours pas d’héritier légitime. Depuis plusieurs années, Gabrielle d’Estrées partageait sa vie, mais n’appartenant pas à une famille régnante, elle ne pouvait prétendre au titre de reine. Sa mort soudaine dans la nuit du 9 au 10 avril 1599, probablement due à une éclampsie puerpérale, permit au roi d’envisager de prendre une nouvelle épouse digne de son rang.
En octobre 1599, il fit annuler son mariage avec la reine Marguerite, et le 17 décembre 1600, il épousa Marie de Médicis, fille de François Ier de Médicis et de Jeanne d’Autriche, ainsi que nièce de Ferdinand Ier, grand-duc de Toscane. Ce mariage fut doublement bénéfique : la dot effaça une année entière de dettes, et Marie de Médicis donna naissance au dauphin Louis (futur Louis XIII) le 26 septembre 1601, assurant ainsi l’avenir de la dynastie des Bourbons.
Henri IV et ses autres maîtresses
Mais Henri IV reste Henri IV. Il compromet son mariage et sa couronne par ses aventures extraconjugales. D’abord, Henriette d’Entragues, une jeune femme ambitieuse, fit chanter le roi pour légitimer les enfants qu’elle avait eus de lui. Lorsqu’il refusa ses demandes, Henriette d’Entragues multiplia les complots contre son amant royal. En 1602, alors qu’Henri IV venait présenter sa filleule, Louise de Gondi, au prieuré Saint-Louis de Poissy, où elle deviendrait prieure en 1623, il remarqua la beauté de Louise de Maupeou, qu’il courtisa.
En 1609, après d’autres liaisons, Henri s’éprit de la jeune Charlotte-Marguerite de Montmorency. Cette année-là, elle entra au service de la reine Marie de Médicis, épouse d’Henri IV. C’est lors d’une répétition de ballet qu’elle séduisit le roi, âgé de 56 ans. Elle n’avait que 14 ans. En mai 1609, Henri IV rompit les fiançailles de Charlotte avec le marquis de Bassompierre et la maria à un prince du sang, Henri II de Bourbon-Condé. Henri IV comptait sur la complaisance de son cousin, réputé pour préférer les hommes. Son époux, en revanche, ne supporta pas ses avances insistantes et quitta la cour avec elle. Henri IV les suivit dans les provinces et tenta de l’approcher sous divers déguisements. Pour lui échapper, Condé emmena son épouse à Bruxelles, capitale des Pays-Bas espagnols.
La guerre qu’Henri IV avait prévue de lancer le 17 mai 1610 était-elle un prétexte pour « libérer » Charlotte ? Ou était-ce l’inverse ?
Reconstruction et pacification du royaume
Après les guerres de Religion, la France entama sa reconstruction. En 1610, la production agricole était revenue à son niveau de 1560. Un désir de paix généralisé favorisa la reprise économique, notamment dans le Languedoc et les régions du Nord.
- Henri IV et son ministre Sully voyaient les arts comme un levier essentiel pour la relance économique :
- Des ateliers de tapisserie furent créés pour réduire les coûteuses importations flamandes – ce qui donna naissance à ce qui deviendrait la Manufacture des Gobelins.
- Des artistes et artisans furent installés au Louvre, transformé en un pôle artistique.
- Développement de l’industrie de la soie : Avec le soutien de figures comme Laffemas et Traucat, inspirés par l’agronome Olivier de Serres, des millions de mûriers furent plantés dans les Cévennes et d’autres régions pour développer la production de soie.
- Grands projets d’infrastructures : Le canal de Briare, reliant la Seine à la Loire, fut le premier grand canal intérieur français à relier deux fleuves. Conçu par Hugues Cosnier en 1604, il servit de modèle pour les canaux ultérieurs, dont le canal de Panama.
- Symbole de prospérité : Le poulet au pot. Henri IV devint célèbre pour son idéal selon lequel chaque paysan devrait avoir un poulet au pot le dimanche – symbole de prospérité et de bien-être.
- Réformes financières :
- Sully réduisit la dette nationale en déclarant des faillites partielles et en renégociant les dettes (par exemple, les dettes suisses passèrent de 36 à 16 millions de livres).
- La taxe de la « paulette » (1604) rendit les charges administratives héréditaires moyennant un paiement annuel.
- Une répression des faux nobles fut engagée dès 1598.
- Violence sociale persistante
- Des soldats démobilisés formèrent des bandes armées, semant la terreur dans les campagnes.
- La violence nobiliaire resta élevée : 4 000 morts par duel furent recensés en 1607.
- Les enlèvements de jeunes femmes en âge de se marier déclenchaient des guerres privées nécessitant l’intervention royale.
Pour gouverner, Henri IV s’appuya sur des ministres et conseillers compétents comme le baron de Rosny, futur duc de Sully, le catholique Villeroy et l’économiste Barthélemy de Laffemas.
Les années de paix remplirent les caisses de l’État. Henri IV fit construire la grande galerie du Louvre, reliant le palais aux Tuileries. Il lança plusieurs campagnes d’agrandissement et de décoration des grands châteaux royaux de Fontainebleau et de Saint-Germain-en-Laye, faisant appel à de nombreux sculpteurs talentueux (Pierre Biard l’Aîné, Pierre Franqueville, Mathieu Jacquet, Barthélemy Prieur, Jean Mansart) ainsi qu’à des peintres français et flamands (Toussaint Dubreuil, Ambroise Dubois, Jacob Bunel, Martin Fréminet).
Il mit en place une politique d’urbanisme moderne. Il poursuivit la construction du Pont Neuf, entamée sous son prédécesseur. Il fit édifier deux nouvelles places à Paris : la Place Royale (aujourd’hui Place des Vosges) et la Place Dauphine, sur l’île de la Cité. Il envisagea également la création d’une place semi-circulaire, la « Place de France », au nord du Marais, mais ce projet ne vit jamais le jour.
Pour rassurer les anciens partisans de la Ligue, Henri IV favorisa l’entrée en France des Jésuites, qui, pendant la guerre, avaient appelé à l’assassinat du roi, et créa en 1598 une « caisse des conversions ». Il se réconcilia avec Charles III, duc de Lorraine, et maria sa sœur Catherine de Bourbon au fils de ce dernier. Henri IV était un catholique fervent – bien que pas bigot – et encouragea sa sœur ainsi que son ministre Sully à se convertir, sans succès.
Assassinat du roi Henri IV et succession
Henri IV, croyant son armée prête à reprendre le conflit qui s’était terminé dix ans plus tôt, s’allia aux protestants allemands de l’Union évangélique. Le 25 avril 1610, François de Bonne de Lesdiguières, représentant d’Henri IV de France dans le château de Bruzolo, dans la vallée de Suse, signa le traité de Bruzolo avec Charles-Emmanuel Ier, duc de Savoie.
L’éclatement d’une guerre européenne ne plaisait ni au pape, soucieux de la paix entre les princes chrétiens, ni aux sujets français, inquiets pour leur propre tranquillité. Incapables d’accepter une alliance avec des princes protestants contre un souverain catholique, certains prêtres attisaient les passions des anciens Ligueurs par leurs prêches. Henri IV constatait aussi une opposition à ses politiques au sein même de l’entourage de la reine. Le roi se trouvait dans une position fragile, et pas seulement face aux catholiques, puisque les protestants cherchaient à préserver leurs privilèges politiques sous l’édit de Nantes.
Une guerre qui n’aura pas lieu
La fin du règne d’Henri IV fut marquée par des tensions avec les Habsbourg et la reprise des hostilités contre l’Espagne. Henri IV intervint dans le différend successoral opposant l’empereur catholique aux princes allemands protestants, dont il soutenait la cause, dans l’affaire de Clèves et Juliers. Le 25 avril 1610, François de Bonne de Lesdiguières, représentant d’Henri IV de France dans le château de Bruzolo, dans la vallée de Suse, signa le traité de Bruzolo avec Charles-Emmanuel Ier, duc de Savoie.
Les tensions entre Henri IV et le premier prince du sang, Henri II de Condé (marié à Charlotte-Marguerite de Montmorency), qui vit ce dernier se réfugier à Bruxelles pour soustraire son épouse aux avances pressantes du roi, servirent de moyen de pression et de prétexte potentiel à une intervention extérieure du roi de France, face à l’Espagne (famille des Habsbourg) qui contrôlait Bruxelles.
Enfin, la campagne était prévue pour le 17 mai, et comme le roi comptait partir avec ses troupes, il décida de faire sacrer officiellement son épouse Marie de Médicis.
Le sacre de Marie de Médicis et l’assassinat d’Henri IV
Pour assurer la stabilité du gouvernement en son absence, Henri IV fit sacrer Marie de Médicis à Saint-Denis le 13 mai 1610. Le lendemain, 14 mai, Sully étant souffrant, le roi décida de traverser Paris pour le visiter à l’Arsenal (près de la Bastille). Alors que le carrosse royal passait rue de la Ferronnerie, entre les numéros 8 et 10, le roi fut poignardé à trois reprises par François Ravaillac, un catholique fanatique. Henri IV fut ramené en hâte au palais du Louvre, où il mourut de ses blessures. Il avait 57 ans. L’enquête conclut qu’il s’agissait de l’acte isolé d’un fou. La campagne de Flandre contre les Habsbourg fut annulée.
Ravaillac fut condamné à mort par le Parlement de Paris pour régicide. Il fut écartelé le 27 mai 1610 sur la place de Grève, à Paris. L’éviscération était la peine réservée aux assassins de rois.
Après une autopsie et l’embaumement du défunt roi, qui avait promis sa relique royale au collège jésuite de La Flèche, son cœur fut placé dans une urne de plomb contenue dans un reliquaire d’argent envoyé à l’église Saint-Louis de La Flèche. Son corps fut ensuite exposé dans une salle du Louvre, suivi de son effigie dans la salle des Cariatides.
Henri IV fut inhumé à la basilique Saint-Denis le 1er juillet 1610, après plusieurs semaines de cérémonies funèbres qui avaient déjà commencé à forger la légende du bon roi Henri. Lors du lit de justice du 15 mai 1610, son fils aîné, le jeune Louis XIII, alors âgé de neuf ans, proclama la régence de la reine Marie de Médicis, veuve d’Henri IV.
Henri IV après sa mort : une pertinence qui traverse les siècles
L’ouverture des sépultures royales à Saint-Denis en 1793
La proposition de décider du sort des tombes et des corps royaux à Saint-Denis fut formulée pendant la Terreur, lors de la séance du 31 juillet 1793 de la Convention nationale, par Barère, pour célébrer la prise des Tuileries le 10 août 1792 et attaquer les « cendres impures » des tyrans sous prétexte de récupérer le plomb des cercueils.
Cette profanation eut lieu en août, septembre et octobre 1793 – et s’acheva le 18 janvier 1794. Les révolutionnaires jetèrent les cendres de quarante-deux rois, trente-deux reines, soixante-trois princes, dix serviteurs de l’État, ainsi qu’une trentaine d’abbés et divers religieux, « entre des couches de chaux », dans des fosses communes situées dans l’ancien cimetière des moines, au nord de la basilique.
Le 12 octobre 1793, le cercueil de chêne d’Henri IV fut brisé à coups de marteau, et son cercueil de plomb ouvert au ciseau. Selon les témoins : « Son corps était bien conservé, et ses traits parfaitement reconnaissables. Il resta dans le passage des chapelles basses, enveloppé dans son suaire également bien conservé. Chacun pouvait le voir jusqu’au lundi matin 14 octobre, date à laquelle il fut transporté dans le chœur, au bas des marches du sanctuaire, où il demeura jusqu’à quatorze heures, avant d’être inhumé au cimetière de Valois. Plusieurs personnes prélevèrent de petites « reliques » (un ongle, une mèche de barbe). La rumeur selon laquelle un délégué de la Commune aurait pris un moulage de son visage, modèle des futurs masques mortuaires du roi, relève sans doute de la légende. De même, aucun document ni archive ne confirme que la tête du roi aurait été tranchée et volée. Au contraire, tous les témoins évoquent le corps d’Henri IV jeté intact dans une fosse commune, puis recouvert par ceux de ses descendants.
La réparation de Louis XVIII
Sous la Seconde Restauration, Louis XVIII (frère de Louis XVI) fit exhumer les restes de ses prédécesseurs le 19 janvier 1817, après une semaine de recherches. Ils furent retrouvés le 18 janvier grâce au marbrier François-Joseph Scellier. Ces ossements furent rassemblés (la chaux ayant empêché leur identification individuelle, sauf pour « trois corps privés de leur partie supérieure », comme le notèrent les commissaires) dans un ossuaire de la crypte de la basilique Saint-Denis, répartis dans une dizaine de coffres scellés par des plaques de marbre portant les noms des monarques. Le roi fit également rapatrier les restes de son frère Louis XVI et de Marie-Antoinette depuis le cimetière de la Madeleine, et les fit inhumer à Saint-Denis lors d’une cérémonie solennelle le 21 janvier 1815 (anniversaire de la mort de Louis XVI).


La polémique autour du crâne d’Henri IV (2010-2013)
En 2010 et 2012, une équipe de scientifiques dirigée par le médecin légiste Philippe Charlier parvient à authentifier la tête momifiée du roi, qui aurait été séparée de son corps lors de la Révolution française – bien qu’aucun document d’archives ne le confirme. Le corps d’Henri IV, exposé deux jours au public, est ensuite jeté dans une fosse commune avec ceux des autres rois. Au début du XXe siècle, un collectionneur affirme détenir la tête momifiée du souverain. Ce n’est qu’à l’occasion du quadricentenaire de l’assassinat du roi, en 2010, que des analyses scientifiques sont réalisées sur cette prétendue relique.
Une première étude révèle trente points de concordance confirmant que la tête embaumée est bien celle du roi Henri IV, avec, selon les auteurs de l’étude, « une certitude de 99,99 % ». Cette conclusion est confirmée en 2012 par une seconde étude menée à l’Institut de biologie évolutive de Barcelone, qui parvient à extraire de l’ADN et à le comparer à celui présumé de Louis XVI (issu d’un mouchoir prétendument trempé dans le sang du roi au moment de son exécution). À l’annonce des résultats, une reconstitution virtuelle en 3D du visage royal est présentée au public.
Cette authentification est contestée par de nombreux historiens, généticiens, médecins légistes, archéologues, paléoanthropologues et journalistes, dont Joël Cornette, Jean-Jacques Cassiman, Maarten Larmuseau, Geoffroy Lorin de la Grandmaison, Yves de Kisch, Franck Ferrand, Gino Fornaciari et Philippe Delorme.
En décembre 2010, le prince Louis de Bourbon s’adresse au président Nicolas Sarkozy pour demander la réinhumation de la tête présumée de son aïeul dans la nécropole royale de la basilique Saint-Denis. Selon Jean-Pierre Babelon, Nicolas Sarkozy envisageait initialement une cérémonie en mai 2012. Cependant, la polémique entourant la relique et la campagne présidentielle reportent l’événement, et le projet est finalement abandonné par François Hollande, qui succède à Nicolas Sarkozy à la présidence de la République.
Le 9 octobre 2013, un article scientifique publié dans l’European Journal of Human Genetics, coécrit par les généticiens Maarten Larmuseau et Jean-Jacques Cassiman de l’université catholique de Louvain, ainsi que par plusieurs historiens, révèle que le chromosome Y de trois princes de la maison de Bourbon vivants diffère radicalement de la signature ADN retrouvée dans la tête et le sang analysés lors de l’étude de 2012. L’article émet l’hypothèse d’une possible contamination des échantillons et suggère qu’une analyse du chromosome Y du cœur de Louis XVII, fils de Louis XVI et déjà identifié, pourrait lever les doutes. Mais aucune démarche n’a été entreprise dans ce sens.