Benjamin Franklin à Paris : le 1er représentant américain en France

Benjamin Franklin à Paris en tant qu’envoyé diplomatique des États-Unis pendant la Révolution américaine. Sa vie parisienne, de 1776 à 1785, fut marquée par son influence politique, ses contributions scientifiques et son succès dans la haute société française.

Benjamin Franklin : un homme bon en tout

Il commence sa carrière professionnelle comme imprimeur à l’âge de 12 ans. Avec le temps, il devient éditeur, écrivain, naturaliste, humaniste, inventeur, abolitionniste et homme politique américain. Un génie touche-à-tout.
Parmi ses nombreuses découvertes figurent l’existence de deux types d’électricité (positive et négative), la « force des pointes » et l’invention du paratonnerre. Il a cartographié le Gulf Stream le long des côtes américaines, inventé les verres bifocaux, adapté un cathéter urinaire, mis au point un poêle à combustion fermée et construit une armonica en verre.

Membre de la franc-maçonnerie, souvent impliqué dans des associations pour l’amélioration de la société et de ses concitoyens, il quitte le monde des affaires en 1748 à l’âge de 42 ans pour se consacrer à la politique et à la vie associative, tout en maintenant une activité de recherche intense et, dans un premier temps, ses fonctions officielles au service de la Couronne britannique jusqu’en 1775.

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Benjamin Franklin : un homme politique aguerri

Après avoir quitté le monde des affaires en 1748, il se tourne vers les associations et la politique :

Une pause pour voyager en Europe

Retour à Philadelphie

La guerre d'Indépendance (ou guerre d'Amérique)

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Dernière bataille de l'indépendance des États-Unis

Benjamin Franklin : d’abord un colon britannique convaincu – jusqu’en 1775

Benjamin Franklin ne s’est converti à l’idée des États-Unis d’Amérique qu’en 1775. Pour l’historien américain Gordon Wood, avant de devenir « le premier Américain », Franklin fut d’abord et avant tout le dernier colon. Pendant la majeure partie de sa vie, il s’est considéré comme Britannique et comme un sujet de l’Empire. Ce n’est qu’en 1775 qu’il s’est réinventé en militant américain.

En réalité, avant 1775, il était parfaitement en phase avec les Britanniques de son époque. Aujourd’hui, on qualifierait cela de racisme. Franklin ne considérait pas les Allemands comme des Blancs (à l’exception des Saxons, considérés comme les ancêtres des Britanniques). Les Suédois, les Russes, les Italiens, les Français ou les Espagnols étaient rangés dans le même sac. « Le nombre de personnes parfaitement blanches dans ce monde est très faible », déplorait-il dans un essai en 1751. Jusqu’en 1775, Franklin n’a jamais abandonné son rêve d’une Amérique peuplée uniquement de Britanniques. Ce n’est qu’en 1775, après bien des hésitations, qu’il s’est réinventé en militant américain.

Finalement, il a pris parti pour les partisans de l’indépendance, contrairement à son fils William, gouverneur du New Jersey depuis 1762. Il ne pouvait renier la conscience libre des Américains. Pourtant, il a condamné la Boston Tea Party comme un « acte violent d’injustice ». Malgré sa situation personnelle et familiale délicate, il a rejoint le mouvement indépendantiste.

En 1776, il a présidé la Convention constitutionnelle de Philadelphie. Membre de la Commission des Cinq, aux côtés de Thomas Jefferson, il a été chargé par le Deuxième Congrès continental de rédiger le texte de la Déclaration d’indépendance. Il en fut l’un des signataires, aux côtés des représentants des Treize Colonies.

Contexte de l’arrivée de Benjamin Franklin à Paris

En octobre 1776, Franklin s’embarque pour Paris afin d’y exercer la fonction d’ambassadeur officieux des États-Unis en France, accompagné de son ami et diplomate Silas Deane et du jeune diplomate Arthur Lee. Il avait alors 70 ans.

En décembre 1776, à son arrivée à Paris, les colonies américaines étaient en pleine guerre d’indépendance contre l’Angleterre. Sa mission consistait à convaincre la France de leur apporter un soutien militaire et financier.

Bien que Franklin fût déjà internationalement reconnu pour ses travaux scientifiques et ses inventions, il était aussi connu pour sa simplicité et son style vestimentaire modeste, qui lui valurent l’admiration des Français. Il gardait ses lunettes, son bonnet de fourrure de philosophe américain et sa simple canne de marche. Sans épée ni perruque poudrée, l’ambassadeur républicain vêtu simplement fit sensation. Le savant, qui parlait le français avec un accent et une lenteur, voire des difficultés, s’engagea alors dans une carrière diplomatique des plus réussies.

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Le savant est toujours présent en lui. Il traverse l’Atlantique à bord du navire Reprisal, malgré les vaisseaux de la marine britannique. En plongeant un thermomètre dans l’eau, il cherche des indices d’un puissant courant marin chaud qui, selon les croyances des anciens navigateurs, mène aux côtes de l’Europe.

Rôle diplomatique et succès politiques

Le traité de Versailles de 1783, également appelé paix de Versailles ou paix de Paris, est un traité signé à Versailles le 3 septembre 1783, en même temps que le traité signé le même jour à Paris (traité de Paris) entre la Grande-Bretagne et les États-Unis.
Le traité de Versailles est « composé » de trois traités bilatéraux définitifs de paix et d’amitié signés par la Grande-Bretagne avec, respectivement, un traité avec la France pour mettre fin à la guerre franco-anglaise, un second traité avec l’Espagne pour mettre fin à la guerre anglo-espagnole, et enfin, en 1784, un troisième traité avec les Provinces-Unies pour mettre fin à la quatrième guerre anglo-néerlandaise.

Vie mondaine et reconnaissance dans les cercles parisiens quelques années avant la Révolution française

Benjamin Franklin à Paris était extrêmement populaire dans cette société pré-révolutionnaire. Sa simplicité de vie et son esprit vif étaient très appréciés des philosophes et intellectuels français, qui voyaient en lui un modèle de l’esprit des Lumières.

À son arrivée en France, il choisit de s’installer dans une vaste demeure à Passy, desservie par une nombreuse domesticité, et entretint une douce amitié avec quelques beautés, comme Mesdames Helvétius et Brillon.
Sa vie était ainsi partagée entre les bons mots français et les rapports scientifiques, entre les promenades dans le bois de la Muette et les études dans son cabinet avec ses secrétaires. Il recevait à dîner aussi bien ses voisins que les personnalités les plus en vue du royaume. De 1777 à 1785, il s’installa à l’hôtel de Valentinois à Passy.

Contributions scientifiques et inventions

Benjamin Franklin à Paris poursuivit ses travaux scientifiques. Bien que célèbre pour ses expériences sur l’électricité, il s’intéressait aussi à la météorologie, à la médecine et à l’aérostation.

Le retour de Benjamin Franklin aux États-Unis

En 1785, Franklin quitte la France pour rentrer aux États-Unis, où il continue d’exercer une influence politique et intellectuelle majeure. Sa mission en France est un succès, obtenant un soutien décisif pour la cause américaine.
Son séjour parisien laisse une empreinte durable. Il renforce non seulement les liens diplomatiques entre la France et les États-Unis, mais introduit aussi des idées républicaines qui influenceront la Révolution française quelques années plus tard.

Une autre conséquence de la mission réussie de Benjamin Franklin : la Révolution française

La France a directement dépensé près de deux millions de livres pour son expédition militaire en faveur des États-Unis, soit douze fois moins que son financement indirect, via les douze millions de livres qu’elle a prêtés aux Américains et les douze autres millions qu’elle leur a offerts pour la guerre.

Après la guerre, la France avance six millions de livres aux États-Unis pour aider à la reconstruction du pays. Les historiens Jean Tulard et Philippe Levillain estiment que le coût du soutien français à l’indépendance américaine a « précipité la chute de Louis XVI ».

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Dans la première décennie suivant la guerre d’Indépendance américaine, les exportations par habitant des États-Unis chutent de près de moitié, rendant le remboursement des prêts contractés pendant la guerre plus difficile.
Cela affaiblit à son tour la position de la France en tant que créancière. Pierre Goubert écrit qu’en France, les États généraux se réunissent en 1789 « parce que la banqueroute totale semblait inévitable ; elle fut provoquée à la fois par les dépenses colossales de la guerre d’Amérique et par le refus de l’aristocratie entière (mais aussi des banquiers) de contribuer sérieusement au soutien financier de l’État français ».

Le remboursement de la dette américaine pendant la Révolution française

Cette énorme dette américaine a été progressivement remboursée et/ou réaménagée sur plusieurs années.

La ville de Paris honore Benjamin Franklin

La rue Benjamin-Franklin se situe dans le 16e arrondissement de Paris. C'est une longue rue sinueuse, en pente raide vers la Seine, qui se termine place du Costa Rica. Elle commence avenue Paul-Doumer, à 50 mètres de la place du Trocadéro. La rue Franklin, puis Benjamin-Franklin, porte le nom du politicien, diplomate et l'un des pères fondateurs des États-Unis, mais aussi en mémoire de son ancien séjour à Passy.

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En 1777, il fut accueilli à l'hôtel de Valentinois, une belle propriété dominant la Seine et appartenant à Jacques-Donatien Le Ray de Chaumont, grand-maître des eaux et forêts et partisan de la cause américaine. L'hôtel de Valentinois, en partie détruit au début du XXe siècle, se trouve aujourd'hui rue Raynouard, à quelques centaines de mètres de la rue Benjamin-Franklin. Les vestiges de l'hôtel portent une plaque commémorant l'installation du premier paratonnerre de Paris, conçu par le savant américain.

La mort du grand homme à Philadelphie en 1790 entraîna trois jours de deuil national en France, décrété par l'Assemblée constituante installée en 1789. En 1791, la rue Neuve fut rebaptisée rue Franklin en l'honneur de l'homme qui avait honoré la France par sa présence.

Au bout de la rue se dresse une magnifique statue en bronze. Son piédestal porte des inscriptions votives et deux bas-reliefs en bronze. La sculpture est une copie de celle réalisée par John J. Boyle et installée à Philadelphie. Elle a été offerte par un banquier américain, John H. Haryes, en 1906. Le socle présente deux bas-reliefs de Frédéric Brou : l’un illustre la réception de Benjamin Franklin à la cour de France, lorsqu’il fut présenté au roi Louis XVI à Versailles en 1778, l’autre montre la signature du traité de Paris en 1783.

Sur la face avant du piédestal, une citation de Mirabeau du 14 juin 1790 célèbre la mémoire de Benjamin Franklin : « Ce génie qui a affranchi l’Amérique et versé des torrents de lumière sur l’Europe, le sage que deux mondes réclament… ».

En 1983, au pied de la statue, une plaque a été apposée en mémoire du bicentenaire des traités de Paris et de Versailles, qui ont consacré l’indépendance des États-Unis d’Amérique. Offerte à la Ville de Paris par les « Daughters of the American Revolution », elle porte cette citation de Benjamin Franklin : « l’œuvre la plus belle : celle de faire la paix. »